RAPPORTS DE LA VILLA ET DE LA TRES BRETONNE
Il y avait aussi d’ailleurs en pays breton des villas du même genre que celles de Fait, de Bolcatman, de Grandchamp, c’est-à-dire composées de biens appartenant à divers maîtres, enfermés sous les limites d’une vaste circonscription dépendante d’un gros village qui lui servait de centre : c’était les sections de certains plous, auxquelles, nous l’avons dit, on appliquait ce terme de villa, par exemple, la uilla Jarmanac en Bain, la villa Dobrogen et la villa Etwal en Rufiac, aussi nommées Treb-Dobrogen , Treb-Etwal et même villa Treb-Etwal (1).
En général les villages dont le nom commence par le préfixe treb, même quand ils n’étaient pas chefs-lieux d’une section de plou, avaient une importance particulière, aussi la plupart du temps nos actes du IX* siècle les qualifient villa ; entre autres, Treb Arail dit aussi Villa Arhaël en Carantoir (2), Treb Nowid en Rufiac, Treb Hinoi en Plessé, Treb Moëtcar, en Bain (3), Treb Winiau en Pluherlin, — nom qui s’offre à nous sous une triple forme. Villa, Treb et Ran Winiau : Ran désigne spécialement le chef-lieu du domaine. Villa et Treb le domaine entier. Quant Rethwalart, machtiern de Pluherlin, donna ce domaine, en 833, à la naissante communauté de saint Conwoion. il arracha du sol de Ran Winiau une motte de gazon et alla la déposer — pour faire la tradition ou livraison réelle de celte terre — sur l’autel du monastère de Redon (4). — Notons encore en Rufiac la villa Crohon ou Crocon , qui embrassait dans ses limites un menehi ou minihi, c’est-à-dire un territoire consacré comme asile religieux. La Treb Wokamoê en Bain contenait aussi un asile dit Menehi Wokamoë (5).
En résumé, dans nos actes du IX* siècle, le terme de Villa s’applique à des lieux de nature très diverse, à des biens d’une consistance très variable. On peut dire néanmoins que, dans l’usage normal et légitime, il était réservé à des circonscriptions étendues et à des domaines d’une notable importance.
2* Le Manse. (Mansas, Massas, Mansa et Massa/. — Le manse a une origine germanique. On croit que chez les Germains, à l’origine de leur formation sociale, l’homme libre, dans chaque tribu, recevait un terrain à cultiver, un domaine d’une étendue déterminée. Primitivement, selon certains érudits, le manse aurait été cette portion de terre affectée à l’homme libre. Cette origine germanique explique pourquoi, dans nos chartes du IX* siècle, il en est rarement mention en pays breton. Pourtant il faut distinguer. Au IX* siècle, bien entendu, il n’est plus question du lot attribué primitivement à l’homme libre. Le mot mansas ou massas, dans nos actes de cette époque, a deux significations : la plus restreinte en fait le synonyme de mansio, c’est-à-dire
(1) Voir ci-dessus p. 177 et 180.
(2) c Ran Judwallon et Ran Comalton, in pago Broweroch, in condita pleht Carantoerinse, in loco compoto Bachin, in villa quœ vocatur Treb Arail,,. Factum est hoc in loco villa Arhaël • (Cartul. de Redon, n® 91 , p. 69-70).
(3) Cartul. de Red., n®* U9 et 162, pp. 114 et 125; Gesl. SS, Roton. I, 4, dans D. Morice Preuves I,
(4) En 833 : c Villam quœ vocatur Winiau, cum mansis et manentibus, cum terris, pratis, pascuis, aquis, etc. Rethwalart (testis) qui donavit terram Ran Winiau... in die dominico in loco Roton, prœsente populo, donante illo Rethwalatro cespitem super altare de ilia supradicta Ran Winiau sita in plebe nuncupante Plebe Huiernin » {Ibid., n® 7, p. 7-8).
(5) Villa Crohon ou Crocon, Menehi Crocon, Cartul. de Red., n®* 141, 142, p. 107, 108. — Treb Wocamoê, Menehi Wokamoê, Ibid., n®* 181, 182, 183, p. 140, 141, 142.