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LE MANSE EN BRETAGNE AU IX” SIÈCLE

simplement une maison d’habitation ; dans le sens le plus large , c’est c une sorte de ferme ou une habitation rurale, à laquelle est attachée, à perpétuité, une quantité de terre déterminée, et, en principe, invariable (1). > Il y avait des manses de plusieurs sortes, savoir, le manse dominant ou manse seigneurial, possédé, administré directement par le propriétaire on par ses agents, et qui avait souvent sous lui des manses secondaires, payant au propriétaire cens ou redevance et tenus par des colons.

En 830, dans la condita de Lusanger, au pays Nantais, un particulier nommé Aicus vend aux époux Wandefred et Âustroberte son manse héréditaire (2) situé sous les limites de la villa Botcatman, comprenant un groupe de bâtiments qu’avait habités le père du vendeur, immédiatement entouré d’une pièce de terre labourable et d’une prairie, plus loin une grande culture appelée le champ de Pulverne et un pré qui en dépend (3).

En 833, le diacre Gustus ou Gusto vend aux époux Fredebert et Lanthilde, en la villa Martius, au territoire de Grandchamp dans le pagus Nantais, son manse composé de loges (casis), de maisons, de bâtiments divers, avec une vigne, un verger rempli de pommiers, des terres labourables comportant 6 muids de semence : le tout vendu 120 sols (4). En 842 ou 843, Lanthilde donna ce manse à l’abbaye de Redon ; elle l’avait, semble-t-il, un peu accru, car l’acte de vente accuse 10 muidsde semence (5).

Notons encore dans le pagus Nantais, en 848, en la condita de Savannac (Savenai), le manse de la Fontaine- Abion, qui comprenait, outre les bâtiments, des prés, des vignes, des labours et des friches, en tout 10 juncH de terre; le tout en 848 vendu 125 sols (6).

Dans le pagus Rennais, c’était aussi un manse sans aucun doute, cette terre du Mont-Alabart, en la vicairie de Pancé sur les bords du Samnon, donnée à Redon en 860 ou 866 par le roi Salomon, et qui avait dans ses dépendances des villages et des manses secondaires (7).

En pays breton, ou plutôt récemment bretonisé, nous trouvons la description, et encore fort incomplète, d’un seul manse, celui de Laugon, donné aux moines de Redon en 837. Il était considérable, car il comprenait, on le sait, tout le bourg de Langon; dans son domaine il avait des vignes, sans doute aussi des terres

(1) Guérard, Polyptyque de Vabbé Irminon, Prolégomènes, p. 678.

(2) « Quem de parte genitoris mei (dit le vendeur) mihi quondam l^bns obvenit » (Cartul. de Redon, n» 229, p. 177).

(3) « Mansum meum cum toto ædificio suo ubi genitor meus visas fuit commanere, necnon et petiolam de terra mea et prato ad ipsum alodum pertinente, et alium campum nuncupantem Pulwemo, cum ipso prato qui ad ipsum campum pertinet » (Ibid.),

(4) c Mansum meum quod est in villa Marcio, cum casis et domibus et œdificüs, et vinea, et terra cum pomariis, et cum ipsa terra quœ ad ipsum mansum pertinet, et est plus minus satio modios vi. i (Ibid., n« 43, p. 35.) Voilà l’une des plus anciennes mentions de la culture du pommier en Bretagne.

(5) Ibid., n» 214, p. 186.

(6) c Mansionem nostram quœ dicitur ad illam Fontanam Abione, cum prato et vinea, inter cultum et incultum plus minus Junctos x, et resedit in condita Savannaco > (Ibid., n^ 209, p. 161). Le junctus on Juctus était (selon le Polyptyque de l’abbaye de Fleuri) le synonyme d'aripennis, et suivant certains auteurs anciens l’arpent avait 120 pieds de large sur 170 pieds de long. (Voir Du Gange, aux mots Juctus, Arapennis); mais quelle était au juste la valeur de ce pied ?

(7) « Montem Alahart, cum omnibus manentibus, massis et villariis (et non oigilarüs qui est une feute)... Factum est in vegaria Panzego super ^manum» (Cartul. de Redon, Append., n» 48, p. 373).

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