LE RANN, SIGNIFICATION DE CE MOT
labourables, des prés, des bois, des pacages, mais malheureusement Textrait de la charte de donation venu jusqu’à nous est fort incomplet; il nous apprend toutefois que quatre manentes, c’est-à-dire quatre ménages de colons avaient des tenues dépendantes de ce manse (1).
De 851 à 855, le roi Erispoë donna à l’abbaye de Redon le plou de Caer au diocèse de Vannes qui est aujourd’hui Locmariaker, et spécialement les manses qu’il y possédait comme comte de Broweroc, savoir, Avaêllon, Clidès, Vilata, qui avaient de beaux prés et de belles vignes, et l’Ile au Moine {Enes Manac) renommée alors pour ses moissons de fèves (2). — En 878, le roi Alain le Grand donnant ou plutôt restituant à Redon le plou d!Ardon Rowis, c’est-à-dire d’Arzon en Ruis, spécifia aussi que cette restitution comprenait les manses de ce plou appartenant au comte de Vannes (3).
Enfin, dans nos chartes du IX^ siècle, beaucoup d’actes de vente ou de donation faits en pays breton stipulent formellement la transmission de la terre avec toutes ses appartenances, entre autres, avec les manses qui en dépendent et les tenanciers qui les habitent, cum massis et manentibus; et ici probablement le mot massas (ou mansus) désigne à la fois et la demeure et la tenue du colon (4).
§4. — Suite du précédent. Le Ran ou Rann,
En breton, le mot ran ou rann (nous le rappelons) signifie division, partage. On a émis l’idée que <i le ran des Bretons » serait (comme fut, croit-on, le manse des Germains et le boel des Scandinaves) t la portion de terre affectée primitivement à l’homme libre (5). » Dans les actes du IX® siècle rien n’autorise à lui attribuer ce sens; l’équivalent latin est le plus souvent pars terrœ, parfois aussi pars hœreditatis (6) ; et à notre avis la fonction essentielle de ce terme est d’indiquer une part d’héritage, idée importante à spécifier dans une société où les frères, les cousins restaient souvent dans l’indivision, et où il n’était pas rare de voir des collatéraux se prévaloir d’un tel usage pour venir, après plusieurs générations, élever à tort ou raison sur le bien de leurs parents éloignés des revendications rétrospectives. Ce qui est sûr, c’est qu’en pays breton, dans les
(1) Voir ci-dessus p. 133 note 3, p. 134 note 2. p. 135 note 2.
(2) « Dédit Erispoë illam plebem quœ vocatur Chaer, cum massis et manentibus, id est, Avaêllon, Clides, Vilata, cum vineis et pratis et insula Grialeis, id est, Enes Manach, ad fabas, monachis S. Salvatoris • (Cartul. de Redon, n« 70, p. 55). Les ruines de la ville gallo-romaine qui bordait la pointe fermant vers TOuest le golfe du Morbihan firent donner à ce territoire le nom de Caer, c'est-à-dire la Ville, la Cité ; plus tard on y construisit une église et un petit monastère sous l’invocation de la Vierge, lequel s’appela tout naturellement Locmaria de Caer, dont par la réunion des deux mots s’est formé le nom actuel, Locmaria-Kaer ou Locmariaker,
(3) « Alan provinciæ Warrochiæ cornes gratia Dei... ego tradidi S. Salvatori illam plebiculam quœ appellatur Ardon Rowis... cum massis et manentibus » etc. (Ibid,, n» 235, p. 183).
(4) Cartul, de Redon, p. 2, 3, 6, 7, 17, 22, 30, 39 40, 42, 43, 82, etc. Voir la table du Gartulaire aux mots Mansi et Massi.
(5) Carlulaire de Redon, Prolégomènes, p. ccxcix.
(6) c Partem de ma hœredidate, videlicet Ran Cornou » {Ibid., n» 266, p. 216). — Les chartes de Redon écrivent presque toqjours ran, orthographe que nous respecterons dans les noms propres et la citation des textes ; par ailleurs nous écrirons rann, qui est l’orthographe actuelle et représente exactement la prononciation.