CONTENANCE DU RANN EN TERRE LABOURABLE
chartes du IX® siècle, c’est de beaucoup le mot le plus usité pour qualifier les propriétés territoriales possédées, données, vendues ou engagées par les Bretons, et il est certain encore qu’en dehors du pays breton on ne le trouve point. Elssayons de déterminer la valeur de ce terme, la nature et l’importance de ce bien, au moyen des renseignements tirés de nos chartes.
1® Contenance, étendue et composition du Rann. — La contenance du rann est ou parait être fréquemment exprimée par la quantité de blé nécessaire pour ensemencer ce domaine. Exemples : en 834, « Je Broin ai donné aux moines de » Redon une part de terre (partem terrœl appelée Ran Woionan, c’est-à-dire » 8 muids de brace de semence, d — En 844 : « Au prêtre Winhoiarn acheteur, » je Haitlon vendeur ai vendu un objet m’appartenant, savoir, en terre, 2 muids » de brace de semence appelés Ran Haëlwal (en Carantoir) d (1). Dans toutes les clauses du même genre on indique constamment ce grain de brace comme celui dont on devait ensemencer le rann. Selon les anciens glossaires, cette brace était employée pour faire la bière, et plusieurs savants y croient reconnaître une espèce de froment particulière, appelée aussi épeautre. Mais ce qui est singulier, c’est qu’en dehors de ces formules il n’est nulle part question de brace dans les actes bretons du IX® siècle ; on y trouve assez souvent des redevances en froment, en seigle, en avoine, jamais en brace (2). Cette culture, apparemment très en vogue aux siècles antérieurs, avait alors disparu du sol ; les notaires seuls la conservaient précieusement dans les formules traditionnelles de leur protocole.
Quand on relève avec soin les diverses clauses relatives à l’ensemencement des rann mentionnés dans nos actes, on voit que la plupart d’entre eux employaient 4 muids de semence (3), certains vont jusqu’à 6 muids (4), quelques autres en petit nombre jusqu’à 8, comme Ran Woionan (5). Par contre, on en trouve qui exigent seulement 2 ou 3 muids (6); même il en est un qui se contente d’un demi-
(1) « Ego Broin donavi partem terrœ quæ vocatur Ran Woionan, id est, viii. modios de brace, » (Ibid,, n° 9, p. 9). — « Vendidi rem proprietatis meœ, hoc est, de terra modios ii. de brace nnncupantes Ran Haëlwal » {Ibid, n» 112, p. 85). Etc.
(2) Hors de Bretagne on trouve brace désignant, non des grains de blé naturels et ordinaires, mais des grains que l’on avait fait tremper dans l’eau et germer puis dessécher, pour les employer dans la &brication de la bière. Là où il est prouvé que l’on faisait la bière avec de l’avoine, par exemple, sur les bords du Rhin (voir Guérard, Polypt, Prolégom. p. 711, 712), la brace pouvait être de l’avoine. Mais en Bretagne rien de pareil, et si brace y avait désigné de l’avoine, ce blé aurait eu dans nos chartes deux noms différents dont on n’indique nulle part la synonymie, ce qui serait tout à fait anormal.
(3) En 821 : « Ran Riantcar, iiiFr modios de brace » (Cart. de Red., n» 146, p. 112). De 840 à 850 : c un. modios de brace, nuncupantes Ran Worocan » {Ibid., n» 153, p. 117). Voir encore les n^»* 37, 55, 64, 67, 102, 173, 174 du Cartul. de Redon, p. 30, 44, 51, 53, 77, 133, 134, etc.
(4) En 833 : c Ran Catoîen, vi. modios de brace » {Ibid., n» 8, p. 8).
(5) En 820 ou 826 : « De terra viii. modios de brace, nuncupantes Partem (Ran) larnwiu, id est, dimidium Botsarphin » (Ibid., n^ 255, p. 205). Ainsi la terre de Botsarphin (en Pleucadeuc) comprenait deux rann de 8 muids de semence chacun. — Vers 867 : a Dédit Artbuvius demidium Ran Tomaioc, lin. modios de brace de terra » (Ibid., n» 157, p. 121) ; ce Ran Tomaioc complet avait donc 8 muids de semence. — Voir sur Ran Woionan la note 1 ci-dessus. Loutinoc qualifié tantôt oilla et tantôt c Ran Loudinoc, » avait aussi 8 muids de semence (n»* 146 et 155, p. 112 et 119). 11 en était de même de plusieurs autres domaines qui devaient être des rann, bien que les actes où ils sont mentionnés ne leur donnent pas ce titre, comme Foubleid, Bron Antrcar, Wrmoêt (n<» 138, 160, 196, p. 105, 123, 152). Toutes ces terres sont en Rufiac.
(6) En 866 : c un. modios de brace, id est, Ran Baiai et Ran Wivan » {Ibid., n» 65, p. 52). Donc 4 muids à partager entre 2 rann; cf. note 1 ci-dessus relative à Ran Haëlwal. ~ a ni. modios de brace de terra de Ran Mewin j» {Ibid,, n^’ 143 et 144, p. 109 et 110).