BATIMENTS ET DÉPENDANCES DU RANN
muid (1). Pour arriver de là à la contenance superficielle de nos divers rann, il faudrait savoir quelle étendue de terrain on ensemençait alors avec un muid de brace. Un acte de 833, concernant la condita de Lusanger, dit bien que dans deux journaux de terre on jetait 2 muids 4 setiers (c’est-à-dire 2 muids 1/4) de semence (2). Comme on n’a aucune donnée sur la mesure exacte du journal de Lusanger, on ne peut tirer de là aucune lumière. Il faut donc chercher une autre voie. L’un des grands maîtres de l’érudition française au XIX® siècle, feu M. Guérard, a par de savants calculs fixé à 68 litres la contenance du muid au IX* siècle sous Louis le Débonnaire (3). D’autre part, en Bretagne (quoique l’usage du semoir tende à réduire ce chiffre), on jette encore souvent dans un hectare de terre 150 litres de semence, c’est-à-dire le dixième environ de la récolte. Au IX® siècle, pour bien des causes, le rendement des terres était certainement moins fort qu’aujourd’hui et ne devait point dépasser 1300 ou 1350 litres par hectare. Si la même proportion entre la récolte et la semence était alors observée, 2 muids de semence, c’est-à-dire 136 litres, suffisaient à ensemencer un hectare. Sans se dissimuler ce qu’il y a d’hypothétique dans cette conclusion, on peut — à défaut de mieux — s’en servir. — Le rann d’un demi-muid de semence eût été microscopique (25 ares), les autres de 2, 4, 6, 8 muids auraient eu environ 1,2, 3, 4 hectares de superficie — ce qui pour les plus forts est bien modeste.
Bien que les rann ne fussent pas en général de très grandes terres, ces dimensions sont certainement trop restreintes. Mais — quoique nul jusqu'ici n’en ait fait la remarque — cette évaluation de la semence nécessaire pour la culture annuelle ne peut évidemment se rapporter qu’à l’étendue de la terre labourable faisant partie du rann. Or il y avait dans le rann autre chose que des terres à grain; il y avait aussi des prés, des pacages, des friches ou des landes, très souvent des bois, des pièces d’eau, des eaux courantes; les actes ont bien soin de mentionner ces dépendances et de stipuler qu’elles sont vendues ou données avec la terre labourable évaluée en muids de semence (4), et à laquelle elles s’ajoutent. Ces dépendances devaient dépasser beaucoup en superficie la terre labourable attachée au rann.
Toujours aussi il existait sur le rann un groupe de constructions, que l’on apl^elait le plus souvent villaris, le village, et qui comprenait une maison d’habitation, mansio, domus, et des bâtiments de service, œdificia (5), habituellement
(1) En 868 : c Somodium de brace, id est, Ran Bistlin » {Ibid., 21, p. 18). On trouve même un rann ou pars terrœ qui n'aurait tenu que 2 setiers de semence, c'est-à-dire le huitième d’un muid, mais il faut lire sans doute c n. modii » au lieu de « ii. sextarii, » car ce ran est chargé d'une rente annuelle de 6 setiers de froment, 2 muids d’avoine, 4 pains de froment, 1 bélier de2d. (Ibid., n<>281, p. 227).
(2) ff Ego Agonildis vendidi petiolam de terra mea in condita Lubiacinse , jurnales duo, et est
satione modios ii. et sextarios iiii. » {Ibid., n» 232, p. 179). '
(3) Voir Polypt. d’Irminon, Prolégom. p. 185. Le muid d’Aquitaine tenait Jusqu'à 138 litres. Ibid.
(4) Par exemple : c Ran Riantcar (en Rufiac) cum massis et manentibus, cum terris cultis et incultis, silüis, pratis, pascuis, aquis, et cum omnibus appendiciis suis » {Ibid., n® 149, p. 114). — t iiii. modios de brace, nuncupantes Ran Worocan, cum suis terris cultis et incultis, heredibus, silvis, pratis, pascuis, aquis, aquarumve decursibus » (n® 153, p. 117). — Ailleurs : « Cum omnibus circumadjacentiis » (p. 75). 11 y a dans le Cartul. de Redon une foule de clauses de ce genre exprimant, avec de légères variantes mais sous une forme analogue, les dépendances attachées aux divers rann.
(5) De 833 à 867, en Carentoir : « Ran Tuduaêl, Ran Cunwas,. cum duobus oillariis Macoêr » {Cartul. de Redon, n«83, p. 63). — Vers 867, en Rufiac : « RanTomaioc et suum uil/are jnxta ecclesiam Rufiac » (n® 45, p. 36). c iiii. modios de brace, hoc est, partem Wicanton (Ran Wicanton) cum suo