‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 156 sur 392 · COLONS ET TENANCIERS ÉTABLIS SUR LE RANN · texte numérisé non relu

COLONS ET TENANCIERS ÉTABLIS SUR LE RANN

à Tusage du propriétaire. Souvent encore, outre les constructions formant le villaris ou le centre du domaine, le rann portait d’autres logis pour les tenanciers qui le cultivaient; beaucoup d’actes nous montrent en effet très explicitement des rann vendus ou donnés cum mansis (ou massis) et manentibas, c’est-à-dire avec les manses qu’ils contenaient et les colons qui les occupaient (1). Le mot mansus ou massas désigne certainement ici le logement occupé par un tenancier et probablement aussi sa tenue; ce mot étant au pluriel dans les clauses dont je viens de citer le texte et dans presque toutes les autres analogues, il y avait donc la plupart du temps sur un rann plusieurs colons et plusieurs tenues. Certains actes en indiquent les noms ou le nombre précis ; le chiffre le plus fréquent est celui de trois colons sur un rann, c’est-à-dire de trois familles ou de trois ménages de colons (2).

Sous le roi Erispoê (851-857), un habitant de Rufiac, Wrdoital, donne à son ami Maenweten, moine de Redon, un domaine de 3 muids de semence, dit Ran Mewin, a: avec son colon héréditaire nommé larngrin, ses deux fils Gleudain et ^ Wetenkain, et toute la postérité qui leur viendra (3). Il y a là une seule famille mais trois ménages, puisqu’on prévoit, pour les fils, une prochaine progéniture. — En 833, la terre de Ran Winiau en Pluherlin est donnée à Redon « avec les » manses et les colons, au nombre de trois, qui les occupent, savoir, Condeloc, » Herpin, Drewobri. Même année, en Carentoir, don de la terre de Ran Catoien « avec trois colons, Kewirgar, Haêlocar, Lowencar. En 876, Pascweten donne Ran Hocar, en Guérande c avec les colons qui demeurent sur cette terre et qui se » nomment Tanetcar, Hirdcar et Woretan (4). » — Les colons n’étant point tenus au célibat, les noms donnés dans les actes sont évidemment ceux des chefs de famille. — D’autres rann étaient occupés par quatre colons. Le roi Salomon, en 866, en donna deux à Redon pour le salut de sa chère Wenbrit, tous deux, ce semble, situés en Plélan, l’un, Ran larnedan oc avec ses manses et les colons

viUare » (n^ 173, p. 133). — En 878, en Caro : « Ran Ananmonoc, Ran Morenoc, Ran Woranau, Ran Roch, cum domibus et œdificiis » (n» 269, p. 218). Etc.

(1) En 860 ou 866, en Plélan ; c Ego Oieumonoc donavi Bot Deurec et Ran Dobrocar, ubi mansio mea est, cum massis et manenlibus » (Ibid, n» 50, p. 40). — De 832 à 867 : « Ran Conmorin et Ran Hinwal, cum massis et manentibas » (n» 27, p. 22). En 852, « Ran Macoêr Aurilian et Ran Budwere, cum massis et manentibas » (n» 20, p. 17). En 864, en Rafiac, « Ran Riantcar cum massis et manentibus > (no 149, p. 114) ; c Ran Santan, cum massis et manentibas » (n» 36, p. 30). En 871, Ran larnwalt, cum massis et manentibas » (n» 248, p. 199). Voir encore p. 6, 7, 39, 40, 42, 43, 82, etc. — Noos avons prouvé plus haut (p. 126, note 1) que les manentes sont des colons.

(2) Pour se convaincre que les noms de colons donnés dans nos actes du IX* siècle désignent toigours des chefs de familles ou de ménages, il suffit de lire les formules suivantes très fréquentes dans le Cartulaire de Redon : « Partem Ran Tarw in plebe Alcam, cum colonis manentibas supra, puis Dreworet et semine eorum % (Cartul. de Redon, n» 99, p. 75). — « Les fils de Dreworet et îeur postérité, » cela signifie la famille de chacun de ces fils. » — Et encore (en Anast ou Maure : « Ran Roêtlon cum massis et colonis supra manentibas Wrdricon et Worandor cum toto semine eorum et qui naii sunt et qui nascentur » (Ibid., n* 245, p. 196). Sur ce rann, il n’y a pas seulement les deux colons ici nommés, il y a avec eux tous les membres de la famille de chacun d’eux, nés ou à naître.

(3) € III. modios de terra, de Ran Mewin, cum suo herede nomine larngrin et pliis ejus Gleudain et Wetenkain et quod ex eis procreatum fuerit » (Ibid., n* 143, p. 109). Sur la synonymie d'heres et de colonus, voir ci-dessus, p. 125. — En 813 ou 814 : c Partem Roêtanau et dimidiam partem Ensurgid et très viros super eam, hi sunt, Tiarnoc et filii ejus, Cowalin et Worethemel » (n® 135, p. 102).

(4) Sur Ran Winiau, voir Cart. de Redon, n® 7, p. 7 ; sur Ran Catoîen, n® 8, p. 8 ; sur Ran Hocar, n® 260, p. 209. — En 876, t in plebe Gabla » (Péaulle, anciennement Pléaule, Morbihan), terre de Ran Garanton : « Colonus qui illam terram colit vocatur Woretan cum fratribus » (n® 260, p. 210). 11 y avait donc là encore au moins trois colons.

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