‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 157 sur 392 · LE R ANN ÉTAIT GÉNÉRALEMENT ASSEZ ÉTENDU · texte numérisé non relu

LE R ANN ÉTAIT GÉNÉRALEMENT ASSEZ ÉTENDU

» qui les occupaient, savoir, Riwr, Roiantwallon, Menwallon, Detwidhaêl ; » Fautre Ran Inislowen, possédé aussi par quatre colons ou manenies (1). En 860, nous voyons le quart d’un rann occupé par un colon; ce qui en suppose quatre sur ce domaine (2).

Certains rann, il est vrai, étaient occupés par un ou par deux colons seulement (3) ; on aurait tort sur ce seul fait de conclure qu’ils fussent moindres que les autres : un rann de 8 muids de semence, par exemple, n’a qu’un colon (4) ; à côté de lui un autre en a trois avec 3 muids de semence seulement. Un propriétaire à qui il plaisait de tenir et de cultiver directement la plus grande partie de son domaine, y créait ou maintenait tout au plus une petite tenue pour avoir un auxiliaire dans ses travaux ; souvent même probablement il occupait le domaine tout entier. Voici par exemple, en Caro (en 878), quatre rann appartenant au même maître et qui semblent à peu près de la même force, très diversement traités au point de vue de l’occupation coloniaire. Le premier, Ran Anaumonoc, a 3 colons, Anaumonoc et ses fils Drecon et Rietoc ; le second, Ran Morenoc, en a un ; le troisième, Ran Woranau en a quatre, dont le premier se nomme Woranau ; le dernier rann, dit Ran Roch, n’en a aucun (5).

De tous ces faits une conclusion ressort. La plupart des rann avaient 4 muids de semence, la plupart aussi portaient trois tenues, trois ménages coloniaires, sinon quatre. Si ces rann n’avaient été que des domaines très exigus d’un ou deux hectares à peine (6), on n’aurait pas eu besoin de tant de monde pour mettre en valeur ces petits coins de terre, qui d’ailleurs n’eussent pas suffi à nourrir tous ces colons. Donc, le nombre des colons établis sur le rann, d’une part, de l’autre les clauses descriptives citées plus haut relatives aux dépendances du rann (cum massis, silois, pratis, pascuis, etc.), prouvent nettement que l’évaluation en muids de semence concerne exclusivement les champs cultivés en céréales, auxquels venaient s’ajouter d’amples appartenances en prés, bois, pacages, dont l’étendue dépassait beaucoup celle des terres labourables et qui donnaient aux colons les moyens de vivre par la coupe et l’exploitation des bois, par l’élève du bétail, des chevaux, des troupeaux, etc.

On pourrait objecter à cette conclusion la médiocrité des prix du rann

(1) Cartul. de Redon, 49, p. 39.

(2) Ibid., no 163, p. 126.

(3) Exemples : « en Pleucadeuc, « Ran Winaê cum duobus hominibus, nomine Judlowen et Run » {Ibid., no 14, p. 14). — c In Bene (auj. Besné) Ran Garvan cum duobus manentibus • (no 85, p. 64). — « Ran Scamanbaih, t. iiii. modios de brace cum uno colono, cum terris et heredibus suis » (n» 64, p. 51), cf, no 25, p. 21, D. Morice, Preuves I, 272, etc. — Nos actes mentionnent deux rann cultivés par des serfs, tous deux en Rufiac, savoir, en 821, « Ran Riantcar, iii. modios de brace, cum mancipiis, Aroimin et semine ejus » {Cart. de Red., no 146, p. 112), — et de 840 à 848, « Ran Sulhoêl, cum mancipiis, et nomina mancipiomm larnhoêl et Winmonoc » {Ibid., no 265, p. 214).

(4) En 833 : c Partent terrœ quœ vocatur Ran Woionan, id est, viii. modios de brace, cum manente Wetenwoion, cum terris, pratis, pascuis, aquis, cultis et incultis, cum omnibus appendiciis suis i {Cartul. de Redon, n° 9, p. 9). Le rann de 3 modii qui avait 3 colons est Ran Mewin mentionné ci-dessus, p. 197 note 3. Ces deux rann étaient situés en RuGac.

(5) Cartul. de Redon, n^ 269, p. 218.

(6) L'éditeur du Cartulaire de Redon dit en parlant du rann : « Ce petit domaine n^était pas » ordinairement d*une contenance de plus d’un hectare (quatre muids de semence). » {Cartul. de Redon, Prolégom.. p. cccxxxv). L’éditeur contredit là ce qu’il avait afOimié plus haut (p. cccxii note et p. CGCXiii), que 2 muids et 4 setiers de semence (153 litres) répondent à la semence jetée (en 1863) dans un hectare de terre. D’après cela, un rann de 4 muids de semence aurait eu 481 ares de super- Ûcle, c’est-à-dire tout près de 2 hectares.

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