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SOUVENT PAYÉS EN NATURE, SURTOUT EN CHEVAUX

muid de semence (soit environ 1/2 hectare) varie dans nos actes de 2 sols à 7 s. 1/2 (1) et monte même, mais une seule fois et très exceptionnellement, à 11 sols 8 deniers. En appliquant sur ces chiffres la valeur actuelle assignée plus haut au sol carolingien, tant aux environs de Paris (50 fr. environ) qu*en Bretagne (pouvant aller parfois presque au double), on verra les résultats, — que d’ailleurs nous ne prétendons nullement infaillibles.

Les prix du rann s’élèvent aussi, par une échelle ascendante, de 7 s. à 30 s. On tenait compte dans ces prix de la qualité et de la bonne culture des terres de labour autant ou plus que de leur étendue, car nous voyons des rann de 4 muids de semence vendus à des prix divers, soit 15 s., 17 s. 4 d., 24 s., 30 s. — tandis que les rann de 8 modii se vendent en général 20 sols. Il y a même un rann, ou plutôt une fraction du jRon Santan en Rufiac, contenant 2 muids 1/2 de semence en terre labourable, et qui fut vendue 29 s. 3 d. (2). Nous ne pouvons nous attarder à disseiier sur ces prix ; signalons toutefois quelques paiements d’un genre spécial, qui confirment notre opinion sur la disette de numéraire en pays breton, car ils sont faits en nature.

En l’an 827, un Breton du nom de Wrgost vendit à Maêlon et au prêtre Maêncomin deux « parts de terre, partes terrœ, » c’est-à-dire deux rann sis dans le plou de Molac, dits Ran Ronhoiarn et Ran Hoccretan. Les acheteurs, pour solder le prix de cette acquisition donnèrent d’abord au vendeur 15 s. 5 d. en numéraire, puis 2 bœufs, 2 vaches, 2 drio (qu’on croit être des boucs?), 1 brebis et un pallium, c’est-à-dire un manteau ou peut-être une pièce de fine étoffe (3). Un bœuf (on le sait par les actes de Redon) valait 3 sols, une vache peut être évaluée à moitié moins; un bouc 2 deniers, une brebis probablement même prix; le pallium, impossible de l’estimer ; mais le reste valant environ 9 s. 6 ou 7 d., cela porte le prix de ces deux rann à 25 sols, plus le pallium.

Voici un autre cas, où le vendeur provoqua lui-même le paiement en nature. Vers l’an 830 le plou de Giliac (auj. Guillac) sur l’Out avait un prêtre (nous dirions aujourd’hui recteur ou curé) nommé larnhitin qui, dans les beaux pâturages arrosés par sa jolie rivière, se livrait à l’élève des chevaux ; il en avait un entre autres parfaitement beau et bon, qui excita la convoitise d’un machtiern voisin appelé Trihoiarn. Celui-ci supplia le prêtre de le lui vendre, et le prêtre ne s’y refusa point, mais il eu demanda si cher que le machtiern, fort mal garni d’argent monnayé comme tous les Bretons, se vit contraint, pour satisfaire sa

(1) En passant, entre ces deux chiffres, par toute une série d'intermédiaires : 2 s. 3 d. — 2 s. 6 d. — 3 s. — 3 s. 5 d. — 4 s. 4 d. — 6 s. — 6 s. — 6 s. 6 d. — l’éditeur du Cartulaire de Redon a relevé dans ses Prol^oménes (p. cccxxvii à cccxxxi) toutes les variétés de prix qu'on trouve dans les actes ; mais il n'a pas eu le soin de réduire chacun de ces prix à l'unité du modius ou muid de semence.

(2) En 8^ (et non en 851 comme porte l'édition du Cartul. de Redon) : c Modios ii. brace et vi. (alias VIII.) sextarios, partes duo Ran Santan, cum pratis et aquis et silvis et rivis et pascuis, pro solidis xxviiii. et denariis ni. » (Ibid., n« 172, p. 133). — Voir dans les Prolégom. du Cartul. de Redon (p. GGGxxvii à GGGxxxi) la table chronologique des Prix des terres, qui contient, avec ceux d'autres sortes de biens, les prix des rann; mais l’^iteur n'a pas toujours eu soin de bien distinguer les rann des autres terres. Ainsi, p. gggxxix, les 2*, 3* et 10« articles, datés de 838, 840, 844, concernent Ran Riantcar, Ran Wicanton et Ran Haêlwal. A la page suivante, le 10* article, daté de 851 , regarde précisément ce Ran Santan auquel se rapporte le texte cité dans la présente note.

(3) « Ego Wrgost... accepi pretium sicut mihi bene complacuit, hoc est, duos boveset duas vaccas, et duo drio (sicj, et unam ovem, et pallium, et xv. solidos, denarios v. b (Car/, de Redon, n» 252, p. 203).

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