REVENU DE LA TERRE EN BRETAGNE AU IX® SIÈCLE
parfaire le prix d’acquisition, un bœuf estimé 3 sols (1). — Tous ces faits démontrent de plus en plus l’extrême rareté du numéraire en Bretagne, déjà signalée par nous.
Il serait fort intéressant de pouvoir déterminer le revenu normal ou tout au moins habituel de la terre en Bretagne au IX® siècle ; les. efforts tentés pour y arriver n’ont eu jusqu’ici aucun résultat sérieux (2). Tant qu’on ne découvrira pas sur cette époque de nouveaux documents — et l’on n’y peut guère compter — le problème sera insoluble. Il faudrait avoir des rôles rentiers indiquant d’une pari les cens et redevances diverses payés par les tenanciers, surtout par les colons, de l’autre la contenance de leurs tenues. Or cela manque tout à fait. Les chartes de Redon donnent le chiffre d’un certain nombre de rentes imposées à des censives, à des précaires, à des bénéfices tenus par des honxmes libres, à des manses, des rann ou autres terres tenues par des colons ; mais elles n’indiquent nullement la contenance des tenues chargées de ces rentes : dqnc nul moyen de déterminer le rapport entre le fonds et le revenu. D’ailleurs en ce qui touche les censives, les précaires, les bénéfices, d’après la manière dont furent constituées ces tenures, on dut souvent régler les charges d’après des convenances et des considérations de personne plutôt que d’après l’exacte valeur du fonds (3). Nous ne tenterons donc point, ni pour les rann ni pour les autres sortes de biens, une recherche qui n’aboutirait pas. Nous nous bornerons à citer, à titre de documents agricoles, les cens et descriptions de rentes qu’on trouve çà et là dans nos actes du IX® siècle , -- sauf à embrasser plus tard dans une vue d’ensemble les divers genres de redevances et de services imposés aux biens ruraux. En ce qui touche le rann dont nous nous occupons actuellement, nous avons déjà cité divers cens et rentes portant sur ce genre de biens (4) ; nous allons y ajouter quelques indications de même nature.
En 852, le prince Pascweten donna à l’abbaye de Redon une terre située en Caranloir ^ désignée par un double nom , Ran Lis et Bot Cuach , sans doute
(1) c Bovem iii. solides valentem » (Ibid. n« 181, p. 140).
(2) L’éditeur du Cartulaire de Redon rapporte (Prolégomènes, p. cccxxxiii, cccxxxiv) une douzaine d’exemples de revenus de terre tirés de ce cartulaire, mais qui ne sont pas tous de même nature, car on y trouve des rentes coloniaires mêlées à des rentes censives. Puis il conclut sans hésitation que c le revenu de l’hectare dans les paroisses voisines de Redon était (au IX« siècle) plus » élevé qu’aux environs de Paris, • attendu que, d’après le Polyptique d'irminon, c dans les domaines Y de Saint-Germain des Prés , un manse contenant à peu près 4 hectares de terre labourable rendait
> un cens annuel de 2 sous , b tandis que , près de Redon , un rann de 4 muids de semence c qui
> (selon l’éditeur) ne contenait pas plus d’un hectare , b payait aussi < une redevance à peu près fixe B de 2 sous par an b {Cartul. de Redon, Prolégom. p. cccxxxv, cccxxxvi) : ce qui eût effectivement constitué un revenu quatre fois plus fort que celui des environs de Paris. — Malheureusement, toutes les bases de cette conclusion sont fausses, car : !<> le rann de 4 muids de semence contenait en réalité, on l’a vu, non pas un hectare, mais deux, et encore cette contenance, ne s’appliquant qu’aux terres labourées, laissant de côté toutes les dépendances en bois, prés, etc., n’indique en aucune façon l’étendue ni la valeur du rann ; — dans les douze exemples de revenus de terres recueillis par l’éditeur, il n’y en a que deux où l’on voie un rann payer une rente de 2 sous : base trop étroite pour y asseoir une conclusion aussi large et aussi importante ; de plus on ignore entièremeut l’étendue de ces deux rann, on ne sait même pas le nombre des muids de semence exigés par leurs labours. — Donc cette conclusion ne repose absolument sur rien.
(3) c Venit Alunoc ad monachos Rotonenses propter suam tegrannam de Bot Louernoc, ut moderare posset retrihutum illius terrœ, quod et fecerunt, id est, très modios frumenti in kl. octobris consenserunt propriis ooluntatibus per singulos annos reddere b {Cartul. de Redon, n» 48, p. 38).
(4) Et aussi sur quelques autres; voir ci-dessus p. 126, 128-129, 131, 183, 187, 188, 191, 196 note 1.