REDEVANCES IMPOSÉES A DIVERS RANN
parce qu’il s’y trouvait deux groupes de maisons, qu'habitaient, deux par deux, les quatres colons — Risan, Rianau, Dréanau, Haelbert — qui avec leurs familles occupaient ce rann. Nul renseignement dans la charte sur la contenance ni sur la quantité de grain exigée pour les semailles. Mais voici ce que les tenanciers devaient servir annueilemeot au maître du fonds : 10 muids d’avoine, 8 de froment, 2 de seigle, 52 pains, 1 porc du prix de 12 deniers, un plus jeune valant seulement 2 deniers, 2 moutons et 2 agneaux (non appréciés), et en monnaie 12 deniers pour la redevance appelée manaheda{l).
Vers l’an 860, un Breton nommé Howen, qui habitait Sixt ou Renac, protesta avec violence , ainsi que son fils Torithgen , contre une donation faite à l’abbaye de Redon par une nièce de cet Howen (2). An cours de ces débats, à la suite de quelque dispute entre les hommes du monastère et ceux d’Howen, celui-ci tua un colon de l’abbaye du nom de Wobrian. Il était moins grave sans doute de faire périr un colon qu’un homme libre, mais encore fallait-il, au moyen du galanas on composition, désintéresser la famille et le maître de la victime. Au mois d’août 860, pour dédommager les moines de la perte de ce colon, Howen leur en donna un autre, l’un des siens, avec la tenue occupée par lui et la rente annuelle qu’il avait jusque-là payée à Howen. Ce côlon s’appelait Woretmebin, il cultivait le quart d’une vergée de terre (virgada), c’est-à-dire d’un rann (car nous prouverons tout à l’heure la parfaite synonymie de ces deux termes), rann situé en l'ile de Plaz, qui émergeait alors du milieu des marais de la Vilaine en face de l’église de Plaz ou Placet (3). Pour prix de la jouissance de cette tenue il payait chaque année 8 deniers argent, 5 pains et un setier de miel (4). — C’est, croyons-nous, le seul exemple d’une redevance en miel dans les actes bretons du IX^ siècle, et il n’est point étonnant de la rencontrer dans le voisinage de Redon, car les moines de cette abbaye se livraient avec succès à l’apiculture.
En 866, un particulier appelé Oremus donna à Redon la moitié d’un rann dit Ran Winibert situé en l’ile de Baf, c’est-à-dire au territoire de Batz près Guérande ; sur ce demi-rann il y avait plusieurs colons qui payaient, pour la moitié de la rente , 18 deniers, 1 mouton et 15 pains (5).
Le 8 janvier de l’an 876, peu de temps après la mort de sa femme Prostlon, fille du roi Salomon, qui avait été inhumée à Redon, le prince Pascweten, alors souverain de la moitié de la Bretagne, vint dans ce monastère prier sur la tombe
(1) Mot dont on n*a point donné de bonne explication. — Ce texte se termine ainsi : « Duos multones et duos agnos ; in manaheda xii. denarios » {CartuL de Redon , n^ 35 , p. 29). L'éditeur du Cart. de Redon a compris que les 2 moutons et les 2 agneaux étaient fournis pour acquitter le droit dit manaheda et valaient ensemble 12 deniers. C'est là une erreur, car une autre charte du Cartul. de Redon prouve que le droit de manaheda était justement d'un sol et se payait en argent, il est ainsi exprimé : c Unum solidam qui appellatur manaheda » (n^ 260, p. 309). — Pour justifier la situation de Ranlis en Carantoir cf. Ibid, p. 123 et p. 8.
(2) Voir Cartul. de Red., n® 29, p. 23.
(3) Représenté aigourd’hui par le village de la Blandinaie sur la rive droite de la Vilaine, à un kilomètre au-dessous du bourg de Brain ; voir notre tome 1®^, p. 332 note 2.
(4) c Quartam partem virgadœ unius, cum manente supra et cum tota renda sua, id est, sestarium mellis, denarios viii. et v. panes » {Cart. de Redon, n« 163, p. 126).
(5) « Dimidiam partem terræ quæ vocatur Winibert, cum hominibus, cum pascuis, aquis, etc., et est sita in insula Baf, et solvitur de ilia parte terræ denarios x. et vin. et unum multonem et panes xv. » (Ibid., n« 98, p. 74.)