‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 164 sur 392 · RAPPORT NORMAL DU RANN AVEC LA VILLA · texte numérisé non relu

RAPPORT NORMAL DU RANN AVEC LA VILLA

en 831, dans un acte de vente où son propriétaire le décore de ce titre sans doute pour en tirer plus d’argent (1). II y a même un rann qui a une villa dans ses dépendances ; c’est Ran Riantcar en Ruflac, contenant, nous dit-on, 4 muids de semence et en outre c des bois, des prés, des eaux, des pacages, la villa de Kelliwenhan, des esclaves i pour mettre tout cela en valeur, et qui en 838 fut vendu 24 sols (2). Toutefois, dans la règle, c’était au contraire la villa, supérieure au rann en importance, qui contenait elle-même plusieurs rann. Telle la villa Dinwocon (3) donnée à Redon par Nominoë en 842 < avec ses manses et les » hommes qui les occupaient, savoir Ran Hocar, Ran Wetenhocar, Ran Winhaël » et Ran Puz. » Telle encore, vers 860, la villa Solom dans le plou de Sulniac, au bord de la mer, qui contenait, entre autres dépendances, Ran Ergli et Ran Gacu (4) ; — en 895, la villa Priel, en Marzin (auj. Marzan), sous laquelle était compris le domaine de Ran Cornon, occupé par un serf agricole avec toute sa famille (5).

Si l’on donnait parfois le titre de villa aux rann dont on voulait relever l’importance, — à ceux qui n’en avaient pas ou auxquels on n’en voulait pas reconnaître on prodiguait volontiers les épithètes légèrement dédaigneuses de < parcelle, portioncule, petite pièce de terre, particula, portiimcula , petiola de terra (6). » On est allé jusqu’à donner le nom de champ » à des rann, ou si l’on préfère, le nom de rann à de simples champs. Dans la délimitation d’une terre du plou de Ruhac, de 830 ou 834, il est question d’un d campus Ran Gratias; » à Molac, en 849, on trouve un champ ou campus dit Ran Budweret (7). •— Campus, il est vrai, à moins de quelque indication contraire, est toujours une pièce de terre de grande étendue.

Au demeurant, le rapport normal du rann avec la villa semble déterminé par ce fait, que dans plusieurs de nos actes le rann est assimilé au mansus. Tout à l’heure, on vient de le voir, parmi les manses dépendant de la villa Dinwocon, quatre portent ouvertement le titre de rcmn. Ailleurs, vers 854, nous voyons un petit monastère donné à Redon pareillement « avec ses manses et les tenanciers 1» qui les occupent, b Et comment s’appellent ces manses? On nous en nomme quatre, qui sont Ran Mab-Encar, Ran Mab-Discebiat, Ran Mab-Achibui, Ran Mab-Omni (8). Donc, ici encore, entre manse et rann parfaite synonymie. Or, nous l’avons vu plus haut par la description de Bignon, de Cléguer, de Colworetan, une villa normale, bien constituée, a pour centre le manse du maître du fonds ou manse seigneurial, autour duquel rayonnent ceux des tenanciers. Telle était aussi le rôle, la place du rann dans la villa, dont il était une partie, un des

(1) Cartulaire de Redon, 146 et 155, p. 112 et 119.

(2) Ibid., no 148, p. 113.

(3) Et non pas Olinwocon, comme l’imprime à tort l’éditeur du Cartulaire, qui date mai cet acte de 841 au lieu de 842. Voir Ibid., Append., 13, p. 358.

(4) Ibid., Append., no 49, p. 373. Sulniac, par faute d’impression, est devenu ici Sulinac.

(5) t Partem Ran Cornou quœ sita est in villa Priel, in plebe Marzin, et servum qui est super eam, Gleumonoc, et semen ejus post se (Ibid, n» 266, p. 216).

(6) « Ran Conmorin et aliam portiunculam quæ dicitur Ran Hinwal » (Car lui. de Redon, n" 27, p. 22). — f Petiolam de terra nuncupantem Ran Cunmarch » (Ibid., n® 112, p. 86). — « Particulam terrœ de Ran Carian » (n* 132, p. 100). Etc.

(7) Ibid., n®® 196 et 251, p. 152 et 202.

(8) Ibid., Append., n® 45, p. 371-372.

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