LE TIGRANN EST UNE VARIÉTÉ DU RANN
éléments constitutifs. Mais il existait aussi des rann, comme des manses, assez importants pour vivre par eux-mêmes d’une existence propre et sans sujétion à la villa.
4® Le Tigrann et le Cowenrann. — Le tigrann et le cowenrann sont deux variétés du rann. On a sur le premier d’assez nombreux renseignements, mais fort peu sur le second. — Dans les chartes du IX*’ siècle, on écrit presque indifféremment tigron, tigrann ou tegran, tegrann, cependant la première de ces formes est la plus fréquente (1). Le préfixe ajouté à rann, le mot breton tig veut dire maison ; le tigrann est donc un rann décoré d’un logis de quelque importance, évidemment destiné à la résidence du maître. Sur le genre du mot il y a partage : un acte lui donne en latin la forme féminine tegranna ; trois ou quatre autres la désinence masculine, tigrannas ou tegrannus. Dans l’usage du IX» siècle, le masculin semble donc avoir prévalu.
Que le tigrann soit une variété du rann, le fait est prouvé par le témoignage formel des chartes, qui donnent le nom de rann au tigrann. Ainsi (de 839 à 867), cc Urmoed, quand il fit entrer son fils Calwotal au monastère de Redon, donna » aux moines, avec lui, toute la part de terre [partent/ formant le tigron de » Ran Alarac (2). » — En 866, les prêtres Hinwalart et Maënweten donnèrent à Redon une part de terre (c’est-à-dire un rann) de 4 muids de semence, qui » leur appartenait et qui s’appelait Let Tigron, autrement dit Ran Drewolou,
dans le pion de Rufiac (3). ^ En 867 et 871, les chartes nous montrent en Anast (Maure) une terre de Bronboiach ou Bronboiat, qualifiée tantôt tigron, tantôt üirgada, c’est-à-dire rann (ci-dessus p. 205). — De même encore tigranis Bislin et Ran Bislin ou Bistlin, en Médréac, etc. (4).
Un tigrann devait être un rann d’importance notable; aussi n’est-il point étonnant de le voir assez souvent qualifié villa, par exemple le tigrann Erginiac en Sixt, donné à Redon en 834 par le bon tiern Ratuili, et qui dans les Actes des Saints de Redon devient la villa Erchiniac (5). Telle encore la villa ou tigrann de Taëllac ou Tallac, en Pipriac, avec son gai ruisseau courant à travers les prés et sa couronne de grands arbres, duquel le prêtre Worcomin détacha en faveur de Redon un manse occupé par un colon avec toute sa famille (6).
Ailleurs, le tigrann est assimilé au manse, mais au manse dominant placé au centre d’une terre et entouré des manses secondaires qui en dépendent. On a
(1) On la trouve dans treize chartes et l’autre (tegran/ dans neuf.
(2) c Totam partent tigran Ran Alarac » (Cartul. de Redon, n» 51, p. 41). Partent, nous l’avons vu (p. 204) n’est que la traduction de rann. Ce tigrann était dans la partie du plou de Sixt qui forme aujourd’hui Saint-J ust.
(3) c Partent terrœ, i. e. iiii. modios de brace, quæ vocatur Let tigran, quœ alio nomine nnncupatur Ran Drewolou, sitam in plebe Rufiac. » {Ibid., n® 62, p. 49.) Let-Tigran, l}em\-tigrann, voir J. Loth, Chrestomathie bretonne, p. 144.
(4) « Totam partem uirgadœ Bronboiat » — « Partem tegran Bronboiach » {Ibid., n®« 102 et 247, p. 77 et 197). Seigneurie de Brambéat jusqu’en 1789, auj. village dit Brantbéac, ce lieu et ce nom subsistent encore, à 4 kilom. N. -O. du bourg de Maure. — Pour tigranis Bislin, voir n«* 18, 189 et 254,
(5) Cf. Cartul. de Redon, n® 4, p. 4 ; et Gesta SS. Rot., I, 4, dans D. Morice, Preuves I, 234.
(6) « Ego Worcomin... donavi eis, de tegran Tallac, unum massum in eadem villa et nnum manentem nomine Weitbien et snos filios, super terram quœ est ultra ripam rivi, per medium viœ ad pratellos et arbores. » {Ibid., n® 219, p. 168.)
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