LE TIGRANN EST UN DOMAINE IMPORTANT
peut-être oublié le procès de Cam dou Pont en Langon, vers 840 ; mais on peut s’y reporter (ci-dessus p. 130 et 135-136). Ce litigieux a Champ du Pont » était revendiqué par saint Conwoion comme ayant fait originairement partie de la terre appelée le tigrann d’Acim ou Agon. Cet Âgon, fils d’Anau, avait recueilli en entier l’héritage de son père qui, par son domaine direct et par les tenues de ses colons, possédait tout le bourg et les entours de Langon (ci-dessus p. 133). En 837 ou 838, Âgon s’étant retiré à Redon donna à ce monastère tout cet héritage qu’il appelle dans l’acte de donation c mon manse, ^ duquel dépendaient, entre autres, quatre manses coloniaires occupés par quatre tenanciers, des prés, des vignes, etc. (1). Or c’est de ce manse qu’avait fait partie le champ litigieux de Cam dou Pont, c’est ce manse que l’on appelle dans ce procès le tigrann d'Agon : terre, on le voit, fort importante.
En 827, dans le plou de Molac, le tigrann d’Wrgost comprend au moins deux rann (2) ; en 834, en Avizac (Avessac) le tigrann Pencoit a, entre autres dépendances, un manse et un vignoble ; le tigrann d’Ambon, en Plaz (Brain), en 838, des prés, des pacages, une écluse sur la Vilaine, un colon, Haêlhoiarn, avec toute sa famille (3). — Le tigrann Bot Louernoc en Augan, donné à Redon en 833 par le machtiern Riwalt, fut un des premiers bénéfices créés par saint Conwoion qui en investit un Breton nommé Alunoc, sous l’obligation de payer une rente de 3 muids de froment le 1®' octobre et surtout de rendre bon et loyal service, de garder entière fidélité au monastère ; le possesseur de ce bénéfice était donc un des dévoués clients et des zélés défenseurs de l’abbaye ; la jouissance d’une belle terre ne pouvait trop payer ce dévouement. — En 872, cette abbaye reçut du prêtre Catwotal le tiers du tigrann de Bistlin situé dans le plou de Médréac ; ce tiers était occupé par un colon, ce qui implique sur le tigrann tout entier trois familles coloniaires (4) ; du reste, on l’a vu plus haut, à Langon, sur le tigrann d’Agon il y en avait quatre.
Tous les renseignements fournis par les actes du IX® siècle concourent donc à nous montrer dans le tigrann un rann d’une importance spéciale, caractérisée tout à la fois par de notables constructions (selon l’étymologie du mot) et par des dépendances considérables (5).
Le cowenrann, nous le connaissons bien moins : rien d’étonnant à cela, dans les actes do IX® siècle ce terme se présente deux fois seulement ; d’àutre part l’étymologie ne nous offre jusqu’à présent aucune lumière satisfaisante. On peut affirmer pourtant que le cowenrann était, comme le tigrann, une variété du rann,
(1) Voir ci-dessus p. 135 note 2.
(2) « Partem Ronhoiarn et partem Hoccretan, de tigranno Wrgosto » (Ibid., n® 252, p. 203).
(3) « Ego Urblon donavi massam et vineam meam et totam Ulam tegran quœ vocatur Pencoit » (D. Morice, Preuves I, 270). — « Terram nuncupantem tegrann Ambonn, cum terris, pratis, pascuis, aquis, exclusa in Visnoniam etc. cum colono uno nomine Haelhoiarno et semine ejus » (Cartulaire de Redon, n® 58, p. 46).
(4) Ibid., n®» 48 et 254, p. 38 et 204.
(5) Outre les tigrann au nombre d’une dizaine, nommés dans notre texte, il s’en rencontre à peu près autant dans le Cartulaire de Redon ; voici leurs noms et le chififre des pages où ils se trouvent : Tigrann de Torithien, de Bronsican, d’Wrlowen, en Sixt, dans la randrémès d’Alarac, p. 19 et 24 ; — tigrann de Lis et de Lis-Iarnwocon, en Plélan, p. 60, 61 ; — tigrann de Bonafont et d’Ergentet ou Ergentel, en Cornou, p. 82; — tigrann Mellac, en Carantoir, p. 15; — tigrann Fabr, en Guer, p. 135.
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LE COWENRANN, AUTRE VARIÉTÉ DU RANN.
car dans sa donation aux moines de Redon de Tan 833, Riwalt machtiern d’Augan dit : « Je leur ai donné (à ces moines) le tigran de Bot Louernoc et le cowenran » de Ran Gleumin (1). » Donc ranz: cowenran. Mais quel était le trait, le caractère particulier de l’espèce de ran ainsi nommée ?
L’autre texte contenant ce terme n’est guère plus explicite que celui-ci. Il concerne ce procès de Cam don Pont, rappelé à la page précédente, dans lequel Conwoion tenait son droit d’Acun ou Agon qui avait donné à l’abbaye de Saint- Sauveur tout son domaine, manse ou tigrann de Langon, et le saint avait pour adversaire un rusé voleur nommé Fitmer qui, après s’être emparé par provision du champ contesté, prétendait se l’annexer définitivement. Mais malgré ses fraudes il fut battu, sur la déclaration de douze témoins légaux, attestant et jurant que le champ en question a appartenait plutôt au tigrann d’Agon qu’au cowenrann » de Fitmer (2). » Voilà tout ce que les chartes et les documents du IX® siècle nous apprennent du cowenrann. L’assimilation de ce terme au ran de Ran Gleumin, et ici son rapprochement avec le tigrann obligent assurément de reconnaître dans le cowenrann, comme dans le tigrann, un rann d’une espèce particulière. Quant à déterminer le caractère spécifique de cette variété, cela semble, jusqu’à nouvel ordre, impossible.
(1) « Cowenran quœ vocatur Ran Gleumin » (Cartul. de Redon, 6, p. 6). — A la p. 93, où cette charte se trouve répétée, le texte porte conweran au lieu de cowenran.
(2) « Quôd plus esset supradicta terra ex tigranno Acum in Lançon quam ad cowenran Fitmer » (Ibid., no 124, p. 94).
Salomon, roi de Bretagne.
(Statue do tombeau de S. Yyes, à Tréguer.)
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