DATE ET ORIGINE PROBABLE DE CASTEL-CRAN
lui-même fouillé avec soin, ont livré des objets antiques, trop rares sans doute mais curieux. Les plus curieux sont des armes, des sabres à lames très aiguës tranchant d*un seul côté, des couteaux ou poignards, des fers de lance de grande dimension (arme d’un cavalier plus que d’un piéton), plusieurs fers à cheval, une belle paire d’éperons, un frein d’un modèle très original, enfin, très bien conservée, longue de onze centimètres, bien aiguë encore et bien efBlée, la pointe d’une de ces légères javelines, arme de prédilection des Bretons au IX^ siècle, qui, hélas I trahit Morvan mais gagna avec Nominoë la merveilleuse bataille de Ballon.
Enfin on a découvert dans le donjon une obole de l’époque carolingienne frappée au Mans, dans laquelle M. de Keranflec’h reconnaît — et je crois, avec raison — le monogramme du roi breton Erispoë. Ce prince a certainement possédé le Mans, car il s’était emparé, nous l’avons vu plus haut (p. 80 et 81), de la plus grande partie de la Neustrie, comprenant — comme l’explique D. Lobineau — € le Maine, le Perche et tout le pays compris entre Chartres, Orléans et Tours » jusqu’à Angers ; il rendit, il est vrai, ce pays à Charles le Chauve en faveur d’un mariage projeté qui ne se réalisa pas, mais il avait eu tout le temps, avant cette cession , de battre monnaie au Mans.
Malgré la découverte de cette obole, ce n’est ni à Erispoë ni à son père que j’attribuerais — par conjecture — la construction de Castel-Cran. Malgré la médiocrité de sa maçonnerie, cette forteresse de pierre dans une position si forte, au cœur de la Bretagne et de la grande forêt centrale, indique une pensée stratégique et politique de haute portée, mais tournée vers l’intérieur non vers le dehors. La politique de Nominoë et de son fils ne s’inquiéta guère que de l’étranger. Salomon, tout en combattant aussi les Franks, eut d’autres visées; il s’efforça manifestement de développer à l’intérieur la force, la puissance de la royauté bretonne ; il voulut la mettre en état de dicter la loi aux tierns turbulents, pillards, batailleurs, et surtout aux comtes si fiers dont les moindres, comme Gurvant, le prenaient de haut avec le roi de Bretagne et lui mettaient sans façon le marché au poing (ci-dessus, p. 140-141). La création d’une forteresse, puissante pour l’époque, à l’extrémité du Poutrocoët domaine propre de Salomon, sur la limite de la Cornouaille et de la Domnonée, cette création était propre à tenir en bride tout ce fond de la Bretagne le plus éloigné du siège habituel de la royauté bretonne, c’est-à-dire du pays d’entre Vannes, Nantes, Rennes. Et sans doute quand Salomon, en 871, amenait toute sa cour à Penreth pour y être témoin de la sévère exécution du machtiern Alfrit (ci-dessus p. 112), le voisinage de Castel-Cran donnait à cet acte une portée plus ou moins menaçante pour tous, dont la signification ne devait échapper à personne.
§ 3. — Les jardins, les champs, les prés, V administration rurale.
Nos actes n’ont pas souvent occasion de parler des jardins, quoique sans doute il en existât partout. Toutefois on a mentionné (ci-dessus p. 153) le jardin du clerc Anau en Tréal, de belle étendue apparemment, car il renfermait, entre