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TROIS ESPÈCES DE GRAINS CULTIVÉES EN BRETAGNE AU SIÈCLE

apportés par lui à Tours et dédaignés par le Débonnaire (ci-dessus p. 36), que de sueurs ils lui avaient coûté I Pendant longtemps il n’avait pu avoir dans son jardin que quatre ruches. Mais le miel si parfumé, la cire si blanche qu’il en retirait faisaient l’admiration et l’envie de tous les gens d’alentour. Aussi une nuit, poussé par Tesprit malin, l’un d’entre eux, un paysan appelé Wrbri, escalade la clôture du jardin, s’empare d’une ruche (1), et se sauve — comme un voleur. Mais bientôt, bourrelé de remords, il s’égare et ne peut de toute la nuit retrouver le chemin de sa maison ; la ruche semble inséparablement collée à son épaule, il essaie en vain de l’en détacher. Bref le lendemain matin il vient confesser son crime, devant les moines, qui le débarrassent de son fardeau, lui donnent à boire, à manger (2), et font de lui ensuite — qui en doute ? — un habile apiculteur.

Les chartes bretonnes du IX* siècle fournissent fort peu de renseignements sur l’agriculture; quatre espèces de grains y sont mentionnées : le froment, le seigle, l’avoine, et la brace. Les rentes et redevances décrites par nos actes ne parlent jamais que des trois premières ; la brace ne flgure absolument que dans les formules des donations ou des ventes, pour indiquer, par le nombre de muids de semence, l’étendue de la terre labourable ; les trois premières espèces étaient donc seules cultivées au IX* siècle, et le nom de brace se perpétuait dans la langue notariale uniquement comme souvenir traditionnel d’une culture disparue ; — ou, si l’on adopte pour la Bretagne l’opinion de M. Guérard sur la signification du mot brace, ce serait un synonyme d’avoine : hypothèse peu vraisemblable, nous l’avons vu plus haut (p. 195 note 2). De toute façon cela ne fait que trois espèces de grains cultivées à cette époque en Bretagne — du moins au témoignage de nos chartes.

Quoique les tenues et les domaines de ce pays fussent généralement de moyenne étendue, ces domaines et tenues semblent avoir contenu souvent des pièces de terre de grande dimension. Voici par exemple devant le bourg de Moê (auj. Mouais près Fougerai), sur les bords de la Chère, une grande c culture, cultura ^ partagée en trois zônes ou trois divisions possédées par trois propriétaires différents : une dame franke, Austroberte, avait vendu la première de ces zônes à saint Conwoion, puis elle lui avait donné la seconde ; la troisième appartenait à un Breton du nom de Ratuili, qui au contraire refusa de la céder aux moines de Redon (3). — Les pièces de terre en culture sont d’habitude désignées dans nos chartes sous le nom de campus, champ. Ces campi étaient fort étendus : à Guer dans le Poutrocoët, à Derval dans le pays de Nantes, on en voit qui tenaient 12 muids de semence, plus que les rann les mieux dotés; un autre au pays de Rennes, à Laiilé, allait jusqu’à 30 muids (4). En certains cas,

(1) c Quidam vir rusticns, Wrbri nomine, videns vasa mellis, quœ quatuor tantum erant in horto monasterii, nnum eis per noctem fürto arripuit. » (Id., I, 5, Ibid., 236.)

(2) c Illi vero (monachi), Deo gratias agentes, receperunt quod fur abstulerat, sed ilium furem bene rémunérât! sunt, dantes illi cibum et potum, cum gratiarum actione. » (Id., ibid., col. 237.)

(3) c Requisivit Ratuili Conwoionem ablMitem de cultura quœ est ante Moê super Cairum flumen : cujus partent vendiderat Austroberta Conwoion abbati, altérant uero partent dederat in sua elemosina. Et Conwoion abbas reddidit tertiam partent illiu» cultura in manu Ratuili » (Cartul. de Redon, n» 215, p. 166) Acte de 848 à 868.

(4) Ibid., n»» 197, 228, p. 154, 176 ; - n® 125, p. 95.

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