ABONDANCE DE PRAIRIES ET DE PATURAGES
un seul campus composait à lui seul tout un rann; celui-là par exemple, en Rufiac, qu’on appelait indifféremment Ran Gratias ou Camp Gratias (1). Le campus Brontro, en Renac, était une grande plaine enclose entre la forêt d’une part, de l’autre une petite rivière, le Carnun (auj. le Canut de Renac), et partagée entre six propriétaires (2).
Ces campi étaient habituellement divisés en zones, en bandes plus ou moins larges, consacrées à des cultures diverses ; aujourd’hui dans certains cantons de la Bretagne on trouve encore des pièces de terre ainsi partagées, toujours de grande dimension ; on les appelle des champagnes (3). Dans les « champagnes » du IX^ siècle, à côté des céréales, il y avait souvent une assez large place pour la vigne, par exemple, dans le Champ Long /in campo longo) à Caer sur la Chère, dans le campus de Bot-Cuton près Redon (4), etc. — 11 existait pourtant aussi quelques pièces de terre de petite dimension, que l’on appelait des clos; elles devaient être assez rares, dans tout le Cartulaire de Redon on n’en trouve guère qu’un exemple (5).
Au IX^ siècle en Bretagne les prairies étaient nombreuses, dans toutes les descriptions de rann elles figurent parmi les dépendances; le rann est toujours donné ou vendu, non seulement avec ses manses et leurs tenanciers {cum massis et manentibus) , mais aussi avec ses prés, ses eaux pour l’arrosage des prairies, ses pacages (cum pratis, pascuis, aquis), etc. Point de manse ni de rann sans prairie, point de campus sans un pré à côté. Une maison d’habitation (mansioj un campus, grande pièce de terre labourable consacrée aux diverses cultures de grains, avec un coin assez souvent réservé à la vigne; enfin, un pratum ou fœnum, une prairie, une terre à foin, — telle était à cette époque la composition essentielle d’une tenue bretonne (6). La part du foin devait être dans la culture égale sinon supérieure à celle du grain, et tout campus était flanqué d’un pratum. Ainsi, en 830, Aicus vend son manse de Botcatman en Lusanger, savoir, la maison d’habitation, la pièce de terre à blé et le pré qui en dépendent immédiatement. Puis il ajoute un autre champ, le campus de Pulvern a avec le pré qui appartient à ce campus. » Un autre jour, il vend une pièce de 3 muids de semence située dans le campus Alainel et il ne manque pas d’y joindre, comme un complément indispensable, t le pré qui appartient à ce campus i» (7). La culture prairiale était donc fort en honneur en Bretagne ; là encore c’était Redon qui tenait la tête.
En face d’eux, sur l’autre rive de la Vilaine, les moines de cette maison avaient créé de vastes prairies cultivées avec grand soin. En été, la fenaison, le fanage, le transport des foins au monastère à travers la Vilaine, occupaient
(1) Ibid., n*’ 196, p. 152. Le « campus Unconc » encore en Rufiac, était vendu 6 sols et 1 denier, presque aussi cher que certains rann (n^ 198, p. 154).
(2) Ibid., no« 38, 39, 40, 82, p. 31, 32, 63.
(3) Du bas latin campania, plaine.
(4) Cartul. de Redon, n®» 75, 92, p. 59, 70.
(5) « Dédit larnworet claudum, unum jurnalem, Conwoiono abbati pro xii. denariis. i» (Ibid., n® 81, p. 62.)
(6) Voir entre antres, ce qui regarde la terre de Branscean en Carantoir, Ibid., n® 166, p. 129.
(7) « Ego Aicus vendidi... alium campum nunenpantem Pulwerno, cum ipso prato qui ad campum pertinet » ... Et terram satione modiorum iii. in campo Alainel, cum ipso pratello qui ad ipsum campum pertinet » {Ibid., n®» 229, 230, p. 177, 178).