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LES PRAIRIES DES MOINES DE REDON

une bonne partie de la communauté. A la tête de ce service était Riwen ou Rihowen, un vénérable moine, qui sans avoir fait partie des six premiers fondateurs de Redon, les avait suivis de bien près, en apportant pour sa dot à Tabbaye, dès le mois de janvier 834, la belle terre de Loutinoc, en Rufîac, bien garnie de prés (1). Il était donc très familier avec ce travail et s*y donnait de tout cœur. Un jour, au fort de Tété, il avait de grand matin traversé en bateau la Vilaine avec une escouade de frères pour aller faner les foins coupés de la veille (2) ; dans sa hâte de se mettre à Tœuvre et de profiter du beau temps, il était parti sans dire la messe. Après toute la matinée passée à l’ouvrage, le soleil montant et brûlant Rihowen de ses rayons, lui rappela que l’heure de midi approchait : alors se tournant vers ses compagnons :

— Mes frères, dit-il, permettez-moi de retourner au monastère pour offrir à Dieu le saint sacrifice, je reviendrai ensuite.

— Allez, mon frère, répondirent les autres. Dieu soit avec vous et daignez lui adresser pour nous vos prières.

Le bon moine retourne vers la rivière au lieu où le matin on avait laissé le bateau ; il ne le trouve pas ; il va, vient, revient sur ses pas, s’avance quelque peu dans l’eau sans découvrir la barque ; puis tout à coup ayant encore marché et se retournant vers ses compagnons, à sa grande stupéfaction il s’aperçoit que la Vilaine est derrière lui, qu’il l’a traversée sans s’en douter, il ne put jamais dire comment. Au monastère on demeura persuadé que, commejadis saint Pierre, il avait marché sur l’eau à pied sec. — Jugez si par les soins de ce saint homme les prairies de Redon pouvaient manquer de produire des montagues d’excellent foin.

Aussi était-ce plaisir de donner à ces habiles praticulteurs (pardon du néologisme) de bonnes terres à foin à mettre en valeur. Tels étaient en général les bords de la Vilaine, et surtout en face du bourg de Plaz, où le fleuve se divisant en une foule de petits canaux formait un véritable archipel, dont les pluies de l’hiver faisait ensuite un vaste marais. La belle herbe y poussait à foison, mais trop mêlée de joncs et de roseaux pour être un bon pâturage. Il eût fallu dénoyer ce terrain. Les moines seuls étaient aptes à de tels travaux. Aussi le roi Erispoê songea-t-il à leur donner toutes ces îles ; il y fut fortement encouragé par son cousin Salomon, qui était alors, du moins en apparence, au mieux avec lui :

— t Vous et votre père Nominoê (dit-il) vous avez donné aux moines de Redon » ce qui est nécessaire pour leur nourriture ; donnez-leur maintenant de quoi » nourrir leurs troupeaux (3). »

Erispoê se rendit volontiers à cette invitation; c’était un beau don, le roi

(1) € Loutinoc, id est, terram, pratum, aquam,... circumcinctam de uno latere flumine Imwor... de quarto vero fronte pratum sic conclaudit » {Ibid,, n® 12, p. 12) ; cf. n®« 155 et 156, p. 119 et 120.

(2) c Quadam, die, secundum morem exierunt quidam de fratribus una cum venerabili presbytero (Riwenno), ad obedientiam fœnum siccare ultra fluvium Visnoniœ, transmeaveruntque amnem cum parva navicula, fueruntque ibi usque ad mediam fere diem. Gumque sol in altum conscenderet et fervor nimius eos decoqueret » etc. (Gesta SS, Roton,, lib. 11, cap. 2, dans D. Morice, Preuves I, col. 244-245).

(3) c Ego Erispoê donavi omnes insulas plebiculœ Plaz adjacentes, sicut vêtus Visnonicum cingit, rogante me venerabili abbate Gonwoione... et interveniente consobrino meo Salomone simulque consilinm dante atque hoc ipsum verbum dicente : «c Ut qui monachis alimentum dederat , daret c etiam fœnum pecoribus eorum » fCartul, de Redon, Âppend. n® 44, p. 371). Acte de 852 à 855. Sur la situation de Plaz, voir notre tome 1®', p. 332, note 2.

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