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PRIX DU BÉTAIL EN BRETAGNE AU IX*" SIÈCLE

y mit comme condition deux messes et un psautier tous les jours pour son salut et celui de son père Nominoë. — L’historien de la fondation de Redon, le biographe contemporain de saint Convoion et de ses premiers disciples s’extasie devant la beauté des prairies de l’abbaye, <i toutes parées d’un vert gazon, arro- > sées par des eaux abondantes, fournissant pour la nourriture des troupeaux » une joyeuse et excellente récolte; » il n’oublie point non pluslesjardinsdubon frère Condeloc et y relève même un trait que j’ai omis plus haut, c’est qu’il joignait à l’utile l’agréable et encadrait ses légumes d’embaumantes bordures de fleurs (1), qui faisaient la joie de ses chères abeilles.

Les paroles du prince Salomon prouvent que les moines de Redon se livraient à l’élève du bétail, conséquence toute naturelle de leurs cultures prairiales. L’abondance du bétail correspond toujours dans un pays à l’abondance des prés et des pâturages. Il en était ainsi en Bretagne. On a déjà vu (ci-dessus p. 201, 202) que les chevaux n’y étaient pas rares, même les chevaux de tout prix, depuis 6 sols (300 à 400 francs) jusqu’à la valeur moyenne de deux rann , soit environ 40 sols (2 à 3,000 francs). Dans nos actes du IX® siècle relatifs aux rentes fournies par diverses terres de Bretagne ou à certains prix payés en nature, on trouve des mentions du gros bétail, chevaux, bœufs, vaches; plus souvent encore du petit, moutons, béliers, brebis, agneaux, pourceaux et porcelets. Quant aux prix de ce gros et petit bétail, voyez pour les chevaux (2) ce qui en a été dit plus haut (p. 201, 202); pour le reste voici ce qu’on trouve.

Espèce bovine. — En 833, à Bain, un bœuf est estimé 3 sols. A Molac, en 827, nous voyons des bœufs ^ des vaches sans estimation : on peut assimiler les bœufs à celui de Bain, et porter la vache aux deux tiers ou à moitié de la valeur du bœuf (3).

Espèce porcine. — Un pourceau, c’est-à-dire un porc gras, est estimé 12 deniers ou 1 sol à Carentoir en 852 et à Guérande en 876 (4), — 6 deniers seulement en Bain (?) de 841 à 851 , à Péaule iplebs Gàbla) en 876, à Marzan en 895 (5), ces derniers pourceaux sans doute moins bien en chair que les premiers dont le prix est double. — Quant aux jeunes porcs ou porcelets /porcelW, ils valent 2 d. en 852 à Carentoir, en 876 à Péaule, en 895 à Marzan (6). — Un acte contemporain de Nominoë (841 à 851) donne l’option à un tenancier, pour acquitter sa rente, entre la prestation d’un porc vif estimé 6 d. et celle d’un porc tué qui en vaudrait 8 (7). L’explication de cette clause est aisée : un porc vif de 6 d., susceptible de s’engraisser, en vaudra bientôt 8 et même 12; au contraire, la valeur de l’animal, dès qu’il est immolé, ne peut plus croître.

Espèce ovine. — En 876, à Guérande, un grand mouton {multo major) valait

(1) ff Istinc virentia prata graminibus, hinc hortorum odoriferi flores ; cuncta undique aquis irrigata, inclita cespis pastui pecorum congrua , fundens frugem lœtiferam. » {Gesta SS. Roton., lib. I , cap. 4, dans Mabillon, A. SS. O. S. B. Sœc. IV, part. 2, p. 197, — et dans D. Morice Preuves, l, 236.)

(2) Dans les Gesta SS. Roton. (lib. 1, cap. 8) on trouve un très bon cheval (optimus caballus) estimé 20 sols (D. Morice, Preuves, l, 238).

(3) Voir Cart. de Redon, n®* 181 et 252, p. 140 et 203.

(4) Ibid., n<« 36 et 260, p. 29 et 209.

(5) Ibid., n« 88, 260, 266, p. 66, 210, 216.

(6) Ibid., n®* 35 , 260 , 266, p. 29, 210, 216.

(7) Ibid., n® 88, p. 66.

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