DÉLIMITATION DES HÉRITAGES
6 deniers (1), — et 3 d. seulement à Péaule en 875 (2); mais ici, comme plus haut, pour les pourceaux, on ne peut douter que cette différence de prix ne tienne à une différence correspondante dans Tétât d’engraissement des animaux. — Un bélier, à Marzan en 895, est porté à 4 deniers, et ailleurs, en Tan 904, à 2 d. seulement (3). — Pour les agneaux ou petits moutons (multo minor, agnus, agnellas), dans nos actes, à Guérande et à Péaule en 876, nous ne trouvons qu’un prix, 1 denier 1/2 (4). — On rencontre à Molac, en 827, une brebis qui n’est point estimée (5), mais doit être prisée un peu au-dessous d’un mouton ordinaire, soit 2 deniers. Dans la même charte on croit que les mots < duo drio » désignent 2 boucs (6), dont la valeur, non appréciée, devait être à peu près la même que celle du second bélier ci-dessus, c’est-à-dire également 2 deniers (7).
Un trait qu’on ne doit point omettre, c’est le soin mis par les Bretons du IX® siècle à dresser ce que Ton pourrait appeler le cadastre de leurs biens. Prairies ou terres labourables, clos étroits ou grandes champagnes aux cultures variées et aux larges dimensions (ci-dessus p. 222-223), quelle que fût la nature de ces biens, leurs maîtres montraient un souci extrême d’en fixer l’étendue par des clôtures, des signes apparents, des limites faciles à reconnaître, et aussi de constater par écrit la direction de ces limites et l’existence de ces signes. Ces limites le plus souvent étaient marquées par des fossés, des routes, des cours d’eau. Voici, par exemple, une parcelle {petiola terrœ) de deux journaux, comprise dans le campas Maên qui faisait partie du Ran Vorgoël, en Plélan; on en indique les bornes avec précision et en deux mots : c Elle s’étend, dit-on, entre deux fossés, unchemin et un ruisseau (8). » C’est complet mais bref. D’habitude ces descriptions sont plus longues. Ainsi, le rann dit Ran Cunmarcb, en Carantoir, « est borné par un fossé qui va jusqu’aux » croix dites croix de Roênboiarn et jusqu’à la rivière de Keuril (9); la limite » suit cette rivière, puis le chemin public qui mène à l’église de Carantoir, » et par ce chemin elle revient aux croix. ï Le rann Loutinoc, en Rufiac, composé <i de prés, de pacages, de cours d’eau, de terres cultivées et de terres » incultes, est entouré d’un côté par la rivière d’Imwor ou Himhoir, sur l’autre
(t) Le texte, sans être embarrassant, a besoin d’être bien compris. Le rôle entier de la terre de Han Hocar porte , en ce qui touche le bétail : a Porcum unum valentem unum solidum , — et alium solidum qui appellatur manaheda, — multones duos msgores similiter, — et duos minores valentes iii. denarios j> (Cari, de Redon, n» 260, p. 209). Traduction : « Un porc valant 1 sol, un autre sol que l’on 9 appelle droit de manaheda, deux grands moutons de pareille valeur {similiter, c’est-à-dire valant » 1 sol), deux petits moutons valant (ensemble) 3 deniers. » D’où il résulte que chacun des grands moutons (multones majores) est estimé 6 deniers , chacun des petits (multones minores) 1 denier 1/2.
(2) Ibid., n® 260, p. 210.
(3) Ibid., n® 266, p. 216.
(4) Cart. de Redon, n® 260, p. 209, 210.
(5) Ibid., n® 252, p. 203.
(6) Ibid., Index onomasticus, p. 752, col. 1. — Sous toutes réserves.
(7) Voici les pages du Cartulaire de Redon où se trouvent mentionnées les diverses espèces de bétail. — Espèce chevaline, p. 88-89, 103, 105, 131-132. — Espèce bovine, p. 140, 203. — Espèce ovine, p. 29 , 203 , 209 , 210 , 212, 216 , 227. - Espèce porcine, p. 29 , 66 , 209 , 210 , 212 , 216,
(8) Petiolam de terra, id est, duos jurnales de campo Maén, de Ran Worgoêl, quœ jacet inter duas fossas et viam et rivum » (Cartal. de Redon, n® 94, p. 71).
(9) c Ad ripam Keurillam, » auj. ruisseau de Caurel (Ibid., n® 111 , p. 84, acte de l’an 843).