LIMITES NATURELLES ET LIMITES ARTIFICIELLES
face par les terres de Ran Riantcar, du troisième côté par un bois d'aunes, et D sur la dernière face c'est la prairie qui fait la clôture (1). i>
Autant que possible on se servait des limites naturelles qui sont les plus durables, surtout des cours d'eau, comme les rivières de Claie /Clés/ et d'Out (UltJ en Pleucadeuc, les ruisseaux d'Imhoir et d'Etwal en Rufiac (2), qualifiés fleuves, fluüius, flumen, dans le latin de nos chartes, mais réduits par le breton au titre plus modeste et plus exact de frot ou frut (3), par exemple Frot Gmuan en Carantoir, avec son pont (pontus pourrons Frot Guivan), et son marais, Luh Guivan (4). Les fontaines, les mares ou petits étangs, pull en breton (5), les marais et les vallées {nant, unnant en breton), figurent aussi comme limites naturelles, et encore les routes dont on distingue dans nos actes trois espèces : via publica, via, semila; celle-ci /semitaj c’est le sentier praticable seulement aux piétons; via, c'est une route particulière tracée sur une propriété privée; via publica, c'est le chemin public qui appartient à tout le monde ; parmi ces vice publicœ il y avait sans doute d'anciennes voies romaines, il y avait aussi des chemins tracés depuis la chute de l'Empire, car les épithètes spéciales affectées aux voies romaines dans les chartes du moyen-âge, via strata, calciata, (errata, ne se lisent point dans le Cartulaire de Redon.
On avait soin aussi de noter les arbres, surtout les arbres à fruit, plantés sur les confins du domaine. En Reminiac, la limite de Bot Riwaloë est marquée « à gauche par un poirier, puis par un chêne rouvre, puis par un autre poirier, » et les deux propriétés limitrophes partagent entre elles le fruit et le bois de » ces trois arbres (6). » Les poiriers reviennent — même sous la forme bretonne pirinou — dans plus d’une de ces descriptions, mais jamais les pommiers, — dont au reste on ne trouve le nom qu’une seule fois dans toute la partie antique du Cartulaire de Redon, et encore est-ce au pays nantais (7). Nous avons vu plus haut le bois d’aunes de Loutinoc, en Rufiac. En cette même paroisse, l’intersigne le plus notable de la limite du vaste campus Unconc était un gros buisson d’aubépine, bouquet splendide fleurissant le carrefour, d’où le chemin public bornant ce domaine descendait d’un côté vers une pêcherie sur le ruisseau d’Etwal (ou peut-être sur la rivière d’Out), et de l'autre vers une fontaine (8). — Quand un arbre bordant une pièce de terre avait, comme borne du domaine, une importance notable, on le marquait d’un signe particulier, ordinairement d'une croix gravée sur l’écorce (9).
On relevait aussi très soigneusement les créations de l’industrie humaine
(1) CartuL de Redon, 12 et 156, p. 12 et 120.
(2) Aujourd’hui ruisseaux de Guidecourt et des Arches. II est aussi question d’un certain « flumen Nonn, i> en Bain je crois, assez énigmatique (n« 15, p. 15).
(3) Froud, en breton actuel, signifie encore un ruisseau torrentueux.
(4) Délimitation de Bron Antrcar en 846, n® 160, p. 123. — Frot Eguinoc en Bain, p. 140, etc.
(5) Pull Gouidnet en Carantoir, p. 123, Pull Bili en Bain, p. 140.
(6) c A sinistra parte ad perarium, ad roborem, ad alium perarium, ut simul dividant et ligna et fiructus eoruih » (Ibid., n* 193, p. 49, acte de l’an 856). Voir aussi p. 15 et p. 108.
(7) A la villa Martius en Grandchamp, n® 43, p. 35. — a Arbores pirinou » est au n® 15, p. 15.
(8) c Finem habens a piscatura, a fonte... ad album spineam in quadrivium, per viam publicam usque ad piscaturam » (Ibid., n® 198, p. 155) — de 840 à 850 environ.
(9) En Avessac : « Campum qui vocatur Camp Hinccoét, circumcinctum ex uno latere et fronte de fossa, ex alio latere de via, ex alio fronte habens crucem in arbore » (Cartul. de Redon, n® 117, p. 89). Acte de l’an 843.