‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 182 sur 392 · MAIRES ET DOYENS RURAUX · texte numérisé non relu

MAIRES ET DOYENS RURAUX

marquant par leur place les limites d’un immeuble, entre autres, un pont, une pêcherie (on vient de le voir), une écluse, un port, etc. (1). Quand ces points de repère faisaient défaut ainsi que les limites et les marques naturelles, on prenait le parti d’en créer d’artificielles. Outre les fossés, mentionnés plus haut et qui étaient d’un fréquent usage, on plantait autour de la propriété des bornes avec des marques spéciales (2). En pays breton, ces bornes semblent n’avoir été que de grandes pierres brutes, dans le pays de Redon de grands palis de schiste plats, fichés en terre sur la ligne de la limite, quelquefois groupés trois par trois, le plus souvent égrenés un à un de distance en distance ; parfois en des lieux notables on élevait une ou plusieurs croix, comme ces croix de Roênhoiarn citées plus haut. — Voici, pour finir, une description où se trouvent employées nombre de bornes de diverses sortes, naturelles, artificielles, entre autres, les grandes pierres ci-dessus. Il s’agit du minihi Crocon, en Rufiac, dont a: la limite, dit D une de nos chartes, à partir de la fontaine d’Anauhoiarn suit la route jusqu’à » l’étang flinj, puis jusqu’aux trois pierres placées au bord de la terre de Worco- D met, d’où elle gagne les pierres fichées [lapides fixas! au bout du domaine de » Telerimels et ensuite celles qui sont à Cloikerian ; de là elle va au poirier » voisin, et prenant le chemin public, elle descend une vallée (unnanV, passe 9 encore devant d’autres pierres plantées et aboutit à la lande (3). »

Des hommes qui se plaisaient à établir avec une telle exactitude l’état et la situation de leurs biens ruraux, devaient aussi se préoccuper d’y entretenir une bonne administration, une bonne police. Disons un mot des officiers chargés de ce soin, mentionnés dans nos chartes du siècle. Nous en trouvons deux de titres différents, mais dont les fonctions différaient peut-être moins que le titre : le maire (major ou villicus en latin, maer ou mair en breton), et le doyen (decanus/. Le Cartulaire de Redon contient les noms de sept maires du siècle : le plus ancien est Howori dans le plou de Cadoc (Pleucadeuc) de 814 à 820, — puis Eppo dans le plou de Camliciac (Comblessac) en 819, — Worhatoui en Giliac (Guillac) de 830 à 835, — Haldebrand ou Hildebrand à Grandchamp en 838 et 846, — Cumiau en Sixt en 842, — Woletec en Carantoir en 843, — Bili en Molac en 849, — Raenbert en Saint-Dolai [ecclesia S. Ælvodij en 910 (4).

Lorsque, vers l’an 820, Worworet vint demander au machtiem larnhitin l’ancien la jouissance de l’ermitage qui avait été construit à Rosgal (auj. Roga) par son père Wrwelet (ci-dessus p. 147), il s’adressa aux agents (mediatores! du machtiern, c’est-à-dire à son chapelain Doitanau et à ^ Howori, maire dans le plan de Cadoc (5), d sur lesquels sans doute il essaya la séduction des deux bouteilles

(1) Voir Ibid., n® 15, p. 14-15.

(2) En 819, en Derval : a Campam circumcinctura per bodenas designatas » (Ibid., n® 228, p. 176). En 827, en Molac : « Per signa in circuitu » (n® 252, p. 203). En Laillé, 850 : « Per botinas fixas per loca designata » (n® 125, p. 95).

(3) Cartul. de Redon, n® 141, p. 107-108. Cette délimitation, par la foute du copiste du Cartulaire, se trouve coupée en deux : le commencement au bas de la p. 107 avant la liste des témoins, et le reste tout à la fin de l’acte, p. 108.

(4) On trouvera les noms de ces maires, dans l’ordre où ils sont rangés ici, au Cartulaire de Redon, p. 217, 358, 89, 34 (cf. 162 et 163), 360, 85, 203, 228. — On trouve aussi à Saint-Dolai en 910 (p. 228) un a Aelveu prœpositus b qui a bien l’air d’un juge rural (voir p. 229, note 2).

(5) « Howori mair in plebe Catoc » Ibid., n® 267, p. 217.

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