EN BRETAGNE — DIOCÈSE DE NANTES
Raisiné. Et, puisquil y avait, voilà plus de dix siècles, des vignes à Griciniac, il n’est pas bien étonnant d’y trouver aujourd’hui du raisin. Ce domaine fut donné aux moines de Redon par son propriétaire Cadalon, le 18 février 849 (1). — Sur la rive droite de l’Erdre, dans la vicairie de Grandcbamp, il existait beaucoup de vignes, mentionnées de 808 à 838, et dont nous avons déjà parlé (2).
Les autres vignes du pays de Nantes mentionnées dans les actes du IX" siècle étaient tout au Nord de cet évêché. Il y en avait en la condita de Rougé, sur les terres du manse dit Nigrorio, donné à Redon en l’an 851 ; de même en l’an 819, sur les dépendances de la villa Fait (Fai ou le Foi) en la condita de Lusanger (3). Au Nord-Ouest de Lusanger, sur la rive droite de la rivière de Chère dite Kaèr au IX® siècle, il existe encore (au S.-S.-O. du bourg de Fougerai) un village de Chère, qui au même siècle, sous le nom de Caër ou Kaêr, était une grande villa ou peut-être une petite plebs du diocèse de Nantes (4); cette plebs renfermait, entre autres domaines, la villa Conjuda appartenant à une famille gallo-franke, composée du père et de la mère, Donatus et Maria, et de leurs trois fils Ledinfred, Ghener et Armeinbert. De cette villa dépendait entre autres, une de ces grandes pièces de terre ou « champagnes » dont il a été question plus haut, laquelle s’appelait le Champ Long (Campus Longus) et était plantée d’une vigne, dont toute la famille de Donatus donna, vers 860, un arpent au monastère de Redon (5). De Caër descendant vers le Sud-Ouest, on arrive bientôt au plou d’Avizac (Avessac) qui touche Redon, la Vilaine entre deux; là dès 835 un Breton appelé Urblon donne à Conwoion son tigrann de Pencoit avec un manse et une vigne (6).
D’après les actes qui nous restent, malgré leur rareté et leurs lacunes, il y a lieu de croire que la culture de la vigne était pratiquée au IX" siècle dans toute la partie du diocèse de Nantes comprise entre la Loire, l’Erdre, la Vilaine et la vallée de la Chère (Rougé, Lusanger, Caër).
Du plou d’Avizac, où nous étions tout à l’heure, pour gagner le diocèse de Vannes il suffit de traverser la Vilaine : autour de Redon nous voyons immédiatement les belles vignes cultivées par les moines chargées de bourgeons plantureux : hinc vinearam abiindant butriones, dit l’historien de la fondation de Redon (7). L’exemple des moines fut suivi. A deux pas de l’abbaye, vers l’an 850, un particulier du nom de Sulmonoc donne aux moines, en un lieu dit Bot Cuton (auj. Bocudon, à la porte de la ville de Redon), une vigne qu’il avait lui-même
(1) « Ego Cadalun... ad monasterium S. Salvatoris donavi alodum juris mei qui vocatur Linis sive Griciniago, cum massis et luancipiis... cum domibus et ædificiis suis, cum oineis et terris... in pago Namnetico, in condita Coironinse » (Cariul. de Redon, n® 59, p. 47). Pour les vignes de Piriac et de Savenai , voir ci-dessus p. 189 note 1 et p. 193 note 6.
(2) Voir ci-dessus p. 210 et p. 211 note 3.
(3) Cartul. de Redon, n® 41 , p. 33 ; n» 226, p. 174.
(4) Voir Ibid., n®* 69 et 75, p. 54-55 et 58-59 cf. p. 179 ci-dessus. Ce Caër du diocèse de Nantes diffère entièrement du Caër du diocèse de Vannes (Locmaria-Ker) dont nous parlerons un peu plus loin.
(5) c Ego Donatus et uxor mea Maria, et fllii mei Ledinfredus et Genarius et Armeinbertus, dedimus S. Saivatori Rotonensi juctum unum vineœ in pago Namnetico, in villa nuncupante Conjuda, in Campo Longo... in villa Kaer » {Ibid., n® 75, p. 58-59). Les noms des témoins de cette donation sont germaniques; mais dans une autre charte, de Tan 859, relative à ce Caër nantais, il y a autant de noms bretons que de noms franks (n® 69 , p. 55).
(6) « Ego Urblon donavi massam et vineam meam et totam tegrann Pencoit. Âctum in ecclesia Âvisac » (D. Morice, Preuves, I. 270).
(7) Gesta SS. Roton., I, 4, Mabillon A. SS. O, S. B., Sæc. IV, part. 3, p. 197 ; D. Morice, Preuves, I,
LA VIGNE DANS LE VANNETAIS ET DANS LE DIOCÈSE d’ALETH.
plantée (1); et, vers Tan 840, quand Nominoê contraignit le tiern Illoc à payer à Conwoion la rente qu’il lui devait pour les terres de Trebmor et de Bronhitin en Bain, on voit figurer dans cette rente un tonneau de vin (2), preuve que ces domaines en produisaient.
A Langon, nous l’avons vu, il y avait des vignes donnant de bon vin et en abondance , puisque certains plaideurs pour gagner Nominoë à leur cause lui en avaient promis une charretée (3). On se rappelle aussi la vigne du clerc Anau ou Anavan à Tréal (ci-dessus p. 153-154). — La culture de la vigne s’étendait sur les bords de la mer, notamment sur les côtes du golfe morbihannais. Le point le plus occidental de la Bretagne où les actes du IX® siècle nous révèlent l’existence de cette culture, c’est le plou de Kaër (Locmaria-Ker), donné à l’abbaye de Redon par le roi Erispoë (de 851 à 855), et dont le territoire était alors couvert en grande partie de prés et de vignes (4).
Au diocèse d’Aleth, un acte de 839 nous montre la vigne cultivée sur la rive droite de l’AflF dans le plou de Wern, aujourd’hui Guer (5); — et l’histoire de la fondation de l’abbaye de Lehon près Dinan nous peint, vers 850, ce monastère comme une sorte de paradis tapi au fond de sa vallée, a sous l’abri d’un mont » et sur le bord de la Rance, entre des vignes fertiles, et des herbes odorantes, des » bois de pins et des vergers de pommiers (6). »
Des faits que nous venons de recueillir dans les textes trop peu nombreux conservés jusqu’à nous, on peut conclure que la culture de la vigne était assez répandue au IX® siècle dans la région Est de la péninsule bretonne, et probablement dans le diocèse de Rennes, comme dans ceux de Nantes, de Vannes et d’Aleth qui en étaient limitrophes. Aucun texte ne prouve explicitement l’existence de cette culture dans le pays rennais, mais les actes du IX® siècle concernant cette région étant beaucoup plus rares que pour les trois autres (7), leur silence ne peut former une preuve négative, — tandis que la présence de la vigne dans trois territoires enveloppant de trois côtés celui de Rennes, implique naturellement et même presque forcément son existence dans ce dernier.
Les Bretons du IX® siècle semblent avoir été zélés pour l’industrie salicole. Dans la région à laquelle se rapportent les chartes de Redon, cette industrie avait pour théâtre la presqu’île guérandaise, spécialement le plou de Wenran (Guérande) et le territoire appelé dans nos actes insula Baf (ile de Batz),
(1) c Dédit Sulmonoc campum in loco nuncupante Bot Cuton, qui ei in sua portione cum fratribus suis cesserat, cum vinea quam ipse Sulmonoc in ea plantaoerat (Cartul, de Redon, n» 92, p. 70). L’éditeur da^e cette charte très arbitrairement de 861 ; la date de 850, sans être certaine, est au moins aussi probable que 861.
(2) « III. solidos aut tonellam plénum de oino » (Ibid,, n« 88, p. 66).
(3) Voir ci-dessus p. 130, 135, 193494.
(4) « Plebem quæ vocatur Chaer, cum massis et manentibus ei pertinentibus, cum vineis et pratis » (Cartul de Redon, n® 70, p. 55) cf. ci>dessus p. 194 note 2.
(5) Voir ci-dessus p. 187 note 4.
(6) « Erat enim prefatus locus (Lehonense monasterium) quasi paradisus, situs in latere montis, super ripam fluminis, inter vineas fertiles, inter herbas bene olentes, inter piniferas et pomiferas arbores honorifice constitutus. « (Miracles de saint Magloire, dans Mémoires de la Soc. Archéol, des Côtes-du-Nord, 2» série, t. IV (1891), p. 244.)
(7) Dans le Cartulaire de Redon je n’en ai relevé que huit, concernant cinq ou six localités.
LES SALINES DE GUÉRANDE — BRON-ARIL, CANVEL, CONGOR, ETC.
répondant aux deux paroisses actuelles du bourg de Batz et du Croisic. Ces actes nous montrent là en pleine activité quinze à vingt salines, et sans doute il y en avait bien d’autres.
L’une des principales était celle de Bron-Âril dans le voisinage du village actuel de Clis, au Nord-Ouest de Guérande. Le prince Pascweten avait là un domaine assez considérable dit le Tertre-Aril {Mons Aril en latin, et en breton Bron-Aril); de son tertre ce domaine descendait jusqu’aux bords de la mer. En 854, le prince en détacha une pièce de terre qu’il donna aux moines de Redon pour faire une saline (1). Une saline isolée, sans terre ou sans logis à côté, propriété incommode : Conwoion le fit entendre à Pascweten, et quelques années plus tard, le 31 mai 859, ce prince étant dans la résidence royale de Clis {in aula Clis) donna à Redon tout le domaine sur un morceau duquel avait été installée la saline des moines, c’est-à-dire toute la terre de Bron-Âril a avec sa prairie, tous ses fossés, toutes ses dépendances, tous les emplacements commodes pour d bâtir des maisons, et le tiers des landes et des pâturages qui l’entouraient (2) j>. Ainsi accompagnée, la saline de Bron-Aril formait déjà un joli domaine; les moines se plurent à l’orner et le compléter. Une nouvelle largesse de Pascweten, un nouveau terrain qu’il leur donna au bord de la mer dans une situation favorable, leur permit d’établir là, tout près de la saline, une écluse de mer {exclasam in mare), c’est-à-dire une pêcherie à portes mobiles, qui s’ouvraient au flot montant pour laisser passer le poisson poussé par la marée et se fermaient ensuite pour le retenir. Le prince demanda seulement, pour prix de ses largesses, le huitième des produits de l’écluse. Les moines reconnaissants lui en attribuèrent le tiers, en se réservant toutefois les marsouins, les seiches et les autres poissons dont on pouvait tirer de l’huile pour les lampes de l’église (3).
Pascweten avait beaucoup de biens, beaucoup de salines dans le vaste plou de Wenran : entre autres, près du village de Canvel — qui existe encore à 6,400 mètres Nord-Ouest de Guérande près de la route allant de cette ville à Piriac — il possédait la villa de Bourbriu ayant dans ses dépendances une saline dite Barnahardisca ; en 857, cette saline et cette villa furent données par ce prince aux moines de Redon pour les indemniser du calice d’or de 67 solidi livré par eux aux Normands trois ans auparavant, pour parfaire la rançon du donateur (4). — En 859, Louhemel, prévôt de Redon, acheta pour l’abbaye une saline appelée Penlan, qui avait été créée, aménagée avec beaucoup de soin par un particulier nommé Omni, dont les fils ne voulurent pas la céder pour moins
(1) c Petiolam de terra in Monte Arill, ubi monachi feciant salinariam. Factum in Monte Arill, donante Fichet, misso Pascweten ad tradendam terram » (Cartul. de Redon, append. n® 39, p. 369) cf. Ibid., n® 22, p. 19.
(2) € Pascweten donavit totum Bron Aril , cum prato et cum omnibus fossis et omnibus appendiciis suis et locis ad mansiones &ciendas, et tertiam partem landæ et pascuæ quœ sunt in circuitu » {Ibid, n® 23, p. 20).
(3) e Dédit Pascweten locum, ad faciendam exclasam Juxta Bron Aril, Sancto Salvatori et ejus monachis, nisi octavam, quam petiit Pascweten, partem in ilia ad suum opus. Et tune dédit ei Leuhemel præpositus et Omni (qui tune erant missi monachorum) terciam partem, exceptis marsupiis et seplis et aliis qui ad luminaria ecclesiœ pertinent. » {Ibid, n® 72, p. 57) — acte de 859 à 869.
(4) « Ipse Pascweten dédit postea pro illo calice aureo et patena aurea salinam quœ vocatur Barnahardisca et villam Burbrii, in piebe Wenran, in loco nuncupante Canvel » {Ibid, n® 26, p. 21). Cf. ci-dessus p. 215 note 2.
SALINES DE BATZ, SALINES DE l’hOPITAL DE REDON.
de 46 sols; elle étail située près du village de Concor ou Congor qui existe encore à une demi-lieue au Sud de Guérande, et Pacte de vente fut dressé près d’un beau menhir toujours debout, connu au XIX<^ siècle, comme au IX^, sous le nom de pierre de Congor (1). — Un prêtre nommé Oremus donna jusqu’à cinq salines à l’abbaye de Redon, deux en 861 dites satina Chant (la saline Courbe) et satina Permet (la saline du Milieu); trois en 866, la saline Francailun, la saline du Milieu {satina Media) et la saline Ronde {satina Cron) ', toutes cinq dans l’ile de Baf, c’est-à-dire dans le territoire actuel du bourg de Batz (2). Le nom du donateur, Oremus, semblera peut-être singulier; mais il n’était pas rare alors, du moins en Bretagne, de voir des particuliers, laïques ou prêtres, prendre pour noms quelqu’un des mots qui reviennent souvent dans les prières de l’église et qui par là s’incrustaient dans la mémoire des fidèles ; on trouve au IX® siècle des Bretons nommés Dignum, Justum, Precamur, Exaudi, etc.
Louhemel, prévôt ou prieur de Redon, le bras droit de saint Conwoion, semble avoir eu un goût particulier pour les salines ; on l’a vu plus haut acheter en 859 la belle saline de Penlan; en 870, chargé de la direction de Vhospitate pauperum de Redon, il fit une nouvelle acquisition de ce genre. Cet hospitate pauperum n’était pas tout à fait la même chose que l’hôtellerie ou maison ordinaire des hôtes dont s’occupe le chapitre lui de la Règle de saint Benoit. Au IX® siècle, dans plusieurs abbayes, l’hôtellerie était partagée en deux établissements, l’un pour les pauvres pèlerins, hospitate pauperum ou peregrinorum, l’autre pour les hôtes d’une condition et d’une fortune plus relevée, hospitate nobitium, qui probablement dans l’usage n’était pas, comme le premier, entièrement gratuit (3). C’était de « l’hôpital ou hôtellerie des pauvres » que Louhemel avait la charge ; il entendait que les pauvres y fussent bien traités, pour cela il s’ingéniait à lui constituer une dotation solidement assise. En 870 il acquit au prix de 21 sols, pour son hôpital, deux salines situées dans le plou de Wenran, dites saline de Penpont et saline Samoëtit, contenant ensemble 40 capitetti, c’est-à-dire, 40 de ces aires, œittets ou foyers, dans lesquels l’eau de mer emprisonnée forme en s’évaporant le sel marin. Et comme cette acquisition avait été faite avec le pécule spécial de l’hôpital des pauvres, Louhemel, craignant peut-être de voir quelque jour ces deux salines absorbées par le domaine général de l’abbaye, stipula formellement qu’elles resteraient toujours affectées à l’entretien de son hôpital (4).
On trouve dans nos actes du IX® siècle un certain nombre de ventes de salines, toutes ventes à réméré avec faculté de rachat à des époques déterminées pendant 9, 15, ou 21 ans. Ces prix sont pour la plupart notablement supérieurs à ceux des ranns. La moyenne est de 20 sols, atteinte exactement en 863 par la satina Permet vendue, ou si l’on veut engagée pour cette somme par Duil et son client
(1) « Factum est hoc in loco nuncupante Concor, juxtapetram Concor,,. annoDomini dcgglviiii» {Ibid, n® 73, p. 57).
(2) Ibid, n®« 84 et 98, p. 64 et 74.
(3) Voir Du Gange, Gloss, med, latin, an mot Hospitate 2, édit. Didot, 111, p. 703 col. 1-2.
(4) < Pro duabus salinis, salina Penpont et salina Samoêlil, habentibus xl. capitellos, cum omnibus appendiciis suis, Leuhemel, qui tune hospitale pauperum providebat, dédit, ex hoc unde pauperibus cibum potumque emere debebat, xxi. solidos... ita tamen ut nullus cas a supradicto hospitale pauperum separaret » (Cartul, de Redon, n® 234, p. 181-182).
ÉCLUSES DE MARÉE, ÉCLUSES SUR LA VILAINE ET SUR l’OUT.
Catlowen (1). Au-dessous nous troavons diverses salines vendues 15 sols, 10 s. 6 d., 10 s., et 6. s. (2) ; au-dessus: 28 s. et 45 s. (3). Mais nous avons vu plus haut, par Texemple de Bron-Âril, que le bien appelé saline se composait souvent, outre la saline proprement dite, d’un domaine parfois fort important, ce qui explique l’élévation des prix ci-dessus comparés à ceux des ranns. Puis, pour plus d’un motif, le numéraire devait être moins rare dans la marche frankobretonne, surtout dans le pays Nantais, que dans la Bretagne proprement dite, patrie des ranns : le pouvoir de l’argent étant moins fort, les prix exprimés en numéraire étaient nécessairement plus élevés.
Ce qu’on appelait écluse (exclusa ou sclusa) au moyen-âge , c’était un barrage avec portes mobiles, établi sur une rivière ou sur un petit bras de mer, soit pour y opérer une retenue d’eau ou pour en modifier le cours, soit pour former une pêcherie, ou simplement pour lever un droit de passage sur les bateaux qui avaient besoin de franchir cette barrière.
Nous avons vu tout à l’heure une écluse de marée installée à Bron-Aril, en Guérande, sur un canal ou sur un petit bras de mer dans le but d’alimenter une pêcherie. Les autres écluses dont parlent nos actes sont presque toutes situées sur rOut ou sur la Vilaine. On n’a peut-être pas oublié celle de Corel Loëncras, en Avizac (Avessac), disputée contre tout droit à Conwoion, qui trouva là un bel exercice pour sa vertu de patience et de mansuétude (ci-dessus p. 162, 163, 168) ; ce nom d’aspect bizarre et un peu rébarbatif signifie littéralement ïécluse du Büisson-Sec (4). — Le monastère de Castel Uwel, aussi en Avizac, avait dans ses dépendances plusieurs écluses sur la Vilaine (5), et au-dessus de Redon , en Plaz (auj. Brain), le tigrann d’Ainbon en possédait aussi une sur cette rivière (6). — Sur rOut, très près du village de Mutsin ou Muzin (auj. Mussain), marquant la limite commune du canton de Ros (dans lequel s’élevait l’abbaye de Redon) et du reste du plou de Bain, il y avait là une écluse, donnée de bonne heure à cette abbaye par un particulier appelé Tréanton qui prétendait avoir des droits sur toute la partie du cours de l’Out comprise c entre Vécluse supérieure de Muzin et
l’embouchure de la rivière d’Artz. On voyait aussi dans ces parages l’écluse de Stumou, qui se trouvait probablement vers le confluent de l’Artz et de l’Out (7).
(1) CartuL de Redon, 169, p. 130, et ci-dessus p. 168 note 1. Le nom de salina Permet signifiant c saline du Milieu » était souvent donné, dans les groupes de trois salines, à celle du centre ; aussi la Permet de Dnil n*a rien de commun que le nom avec la Permet du prêtre Oremus, mentionnée plus haut et donnée à Redon en 861.
(2) c Salina üeril, » 15 s. {Cartul. de Redon, n» 104, p. 78). — c Salina Penpont et salina Samoêlil » ensemble 21 s., soit pour chacune 10 s. 6 d. (n« 234, p. 182). — c Salina Maorrem » 10 s. (n« 60, p. 48). c Salina Scamnowid » 6 s. (n» 170, p. 131).
(3) « Salina Lulu, salina Leiham, salina Propria, » ensemble 84 s., soit pour chacune 28 s. (Ibid., n« 95, p. 71). c Salina Penlan » 45 s. (n^ 73, p. 55).
(4) Goret en breton, en gallois cored, barrage sur une rivière, — loên ou loin, buisson, — cras, desUché, racorni » (Loth, Chrestomathie bretonne, p. 120, 146, 121).
(5) Voir ci-dessus p. 214 note 1.
(6) Voir ci-dessus p. 208 note 3.
(7) c Dédit Tréanton totum Ult flumen ab exclusa Muzin superiori usqne ad flnvium Atr, et medietatem Bach Hovori ab exclusa Stumou usque ad Loinprostan et medietatem villœ. Critoc cum manente nomine Connetcar... Facta est ista donatio juxta Muzin » f Cartul. de Redon, n» 74, p. 58). Sur la situation de Muzin ou Mutsin, voir la planche II du présent volume, p. 38 ci-dessus.