‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 189 sur 392 · ÉCLUSES DE CARNÜN ET DU PORT DU CHATEL · texte numérisé non relu

ÉCLUSES DE CARNÜN ET DU PORT DU CHATEL

Un autre acte, de Tan 846, relate une vente comprenant, entre autres choses, la moitié d’un rann situé au-dessous du village d’Henlis et s’étendant jusqu’à la Vilaine, plus le quart ou le cinquième d’une écluse située dans le voisinage dite sclusa Carnun, l’écluse de ou du Carnun (1). Ce Carnun était une petite rivière qui, suivant les chartes de Redon, coulait sur le territoire de Sixt, puis sur celui de Renac (2) et, d’après l’acte qu’on vient de rappeler, finissait par se jeter dans la Vilaine. Cela répond exactement à un cours d’eau qui coule du Nord au Sud, traverse l’étang de Renac (un peu à l’Ouest du bourg), puis tout le marais de Gannedel, et conflue à la Vilaine dans la partie supérieure de la boucle de Penfau (3). Cette petite rivière s’appelle aujourd’hui le Canut ; le Canut d’aujourd’hui est certainement le Carnun du IX* siècle, et l’écluse mentionnée dans l’acte de 846 devait être située vers son embouchure. — Enfin, en voici une autre dont je ne puis indiquer la situation ; elle figure dans un acte de date incertaine qu’on peut croire du milieu du IX* siècle, on la désigne sous le nom d’ c écluse inférieure près du port de Chàtel (4). » Ce nom du Chàtel fait assez naturellement songer à Pléchâtel ; mais il y a dans l’acte des personnages que leurs relations habiluelles rattachent au plou de Bain ; c’est donc de ce côté qu’il faut chercher.

§5. — Redevances et services imposés aux biens ruraux.

Nous avons indiqué plus haut la composition d’un assez grand nombre de rentes imposées à des ranns ou à d’autres biens ruraux tenus généralement par des colons (5). Elles se composent surtout de menu bétail : moutons, agneaux, béliers, porcs et porcelets; de grains : froment, seigle, avoine; de petites sommes d’argent ; une fois nous y avons rencontré une redevance en vin, ailleurs une redevance en miel. Dans les rentes dues par les censives, par les précaires et par certains bénéfices, domine le numéraire, auquel parfois il se joint du grain. En tout cela il n’y a qu’un droit ou plutôt un nom qui offre quelque difficulté ; c’est le droit de manaheda. La difficulté git à trouver la signification du mot, non à établir la consistance du droit, car les deux actes qui le mentionnent disent, l’un : c Pour droit de manaheda, 12 deniers; l’autre, après avoir inscrit sur le rôle rentier « un porc valant un sol, » ajoute de suite : t et un autre sol qu’on appelle manaheda. > Il faut donc absolument renoncer à voir là une redevance

(1) c Dimidiam partem (i. e. rann) qoæ sub ipso villare (Henlis) est mqut ad Visnonum flumen, et qnintam (ou quartam) partem kIusœ Carnun » (Ibid, n* 53, p. 43; cf. Loth, Chrestomathie bretonne, p. i62 note 6).

(2) c In plebe quœ vocatur Siz locum molendini in Karnun i (Ibid, n» 368, p. 321). En 844 : c Campum in condita plebe Rannac, in loco nuncupante ViUare... Factum est hoc in loco nuncupante Pont Caubalhint super fluoium Carnun » {Ibid. app. n* 11, p. 357-358). En 866 : c Petiolam teiræ quœ vocatur Camp Caubalhint, qui est in plebe Rannac super ripam Carnun » {Ibid. n<* 207, p. 160).

(3) Et même le Canut de Renac, car il y a en llle-et-Vilaine un autre Canut, à peu près de même importance, du côté de Baulon et de Guichen ; voir la Carte de France de TÉtat-migor, feuille de Redon (n* 90), — et notre planche II ci-dessus p. 38.

(4) Arzwiu donne à Redon c dimidium Ran Rihwant et dimidium prati quod sibi pertinet, circnmcinctum de uno latere flumine quod dicitur Nonn, arbores pirinou usque ad passim superiore (sic, passum superiorem) quod dicitur Gon, et unam exclusam inferiorem juxta portum Castelli » (Cartul. de Redon, n« 15. p. 14-15).

(5) V'oir ci-dessus les pages 203 à 205, et les passages indiqués dans la note 4 de la page 203.

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