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LES SERVICES BIEN DISTINGUÉS DES REDEVANCES

« payée d’ordinaire en chevreaux ou en brebis, correspondant au multonagium » du pays gallo (1). Cette redevance devait être, au contraire, essentiellement payée en argent et son taux habituel semble avoir été d’un sol. Mais que signifie le nom de cette redevance, le mot manaheda 9 Cela reste à déterminer.

Dans les rôles rentiers des ranns et autres sortes de tenues que nous avons citées (2) il n’y a nulle mention de services ni de corvées. Cependant il en existait, et même beaucoup de terres y étaient astreintes, car on a toujours grand soin de mentionner dans les actes la situation privilégiée de celles qui en sont exemptes; les notaires en ce cas ne manquent pas de dire que ces terres sont données ou vendues sine opéré, sine angario ulli homini sub cœlo, c’est-à-dire cc sans devoir » aucun service (opéré) ni aucupe corvée (angario) à aucun homme sous le » ciel (3). ) Mais si certaines terres en étaient exemptes » beaucoup y étaient sujettes.

Ainsi de 841 à 848, le prêtre Ridweten fils d’Hinweten, qui habitait le plou de Motoriac (auj. Médréac), donna au monastère de Redon tout son patrimoine, d’importance notable, comprenant entre autres deux terres, Coêtbot et Lis-Ros, sur lesquelles il existait au moins six manses secondaires de tenanciers ou de colons (4). Mais ces terres devaient des rentes et des services à la noble dame Roiantdreh, qui semble avoir possédé en Medréac les droits de chef de plou. Quelque temps après sa donation, Ridweten embrassa l’état monastique à Redon, où il mourut en 863. Alors Conwoion se rendit dans le plou de Maêlcat (auj. Plumaugat) où résidait Roiantdreh, et il la pria de céder à l’abbaye de Redon tout ce qu’elle avait le droit d’exiger des terres de Ridweten ; aux termes de l’acte relatif à cette affaire, c’était : annonam, une redevance en grain, — argentum, une redevance en argent, — opéra, des services (5). Les services ou corvées entraient donc normalement, habituellement, dans les obligations des tenanciers envers le seigneur mailre du fonds. Roiantdreh octroya à l’abbé de Redon sa requête et envoya même, avec le clerc de Conwoion, son propre chapelain Roentworet publier cette donation devant le plou de Motoriac.

De même, en 869, un particulier dit Rethwobri ayant donné à Redon une tenue qui était astreinte à divers services (opéra) envers le machtiern Conan, fils de Portitoë, il fallut, pour affranchir l’abbaye de Redon de la prestation de ces services, une concession spéciale de Conan (6). Vers le même temps (en 869), un tiern du nom de Pritient fils de Maêloc, après s’être emparé indûment de certains villages appartenant à l’abbaye de Redon sur les bords de la Vilaine, dans les

(1) Cartulaire de Redon, Prolégomènes, p. cccv. Voir ci-dessus, p. 204, note 1 et p. 225, note 7.

(2) Ci-dessus, p. 203-205 et aux lieux indiqués, p. 203, note 4.

(3) En 842 : Tnouloscan en Guillac, « sine opéré alicui homini sub cœlo (Ibid., n« 136, p. 103). — En 892, en Fougerai : a sine angario, ulli homini sub cœlo » (Ibid., n» 272, p. 22i). L’éditeur a daté cette dernière charte de l’an 910, date inadmissible, puisque le roi de Bretagne Alain le Grand qui mourut en 907, est mentionné comme vivant dans cet acte, ainsi que le prouve le texte complet publié en note p. 377 du Cartulaire de Redon ; la vraie date est 892.

(4) Voir Cartul. de Redon, n® 188, p. 145.

(5) c Exivit Conwoion abbas ad domum Roiantdreh in plebe Maêlcat, postulans ab ea ut donaret ei in sua elemosina omne debitum quod debeat accipere ex hereditate Ritwetcn presbyteri in plebe Motoriac, et ipsa Roiantdreh propria voluntate donavit omne debitum, et annonam et argentum et opéra, et quicquid debeat accipere, Conwoion! monacho et suis fratribus » (Ibid., n® 190, p. 147).

(6) Voir ci-dessus p. 157 note 5.

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