‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 198 sur 392 · ET LE CHATIMENT DE SES ASSASSINS · texte numérisé non relu

ET LE CHATIMENT DE SES ASSASSINS

nous nous prosternons de nouveau la face contre terre, les bras étendus en croix sur le sol, dans le parvis qui entoure la basilique du côté du midi, là où le prêtre était enterré ; nous continuons à prier en pleurant, et de concert avec la foule du peuple réuni en ce lieu, et qui aimait ce bon prêtre, nous supplions Dieu du fond du cœur, afin que le Seigneur Jésus-Christ fasse un miracle par le moyen de saint Léri et nous montre ces scélérats restés jusqu’à ce moment inconnus. Nous nous levons ensuite, nous dressons la tête vers le ciel, le visage tourné dans l’attitude de la prière ; nous tenons nos bras étendus autour de nous en forme de croix, et d’une voix très haute mêlée de larmes, tous debout nous chantons ensemble le répons :

€ Regardez-nous, Seigneur, du haut de votre trône et ne nous oubliez pas! » Prêtez-nous l’oreille, vous qui êtes notre père, et écoutez-nous ! Ouvrez vos B yeux et voyez notre afQiction ! b

« Nous ajoutons encore plusieurs prières et à la fin de chaque prière tout le peuple qui nous entoure répond : Amen I Qu!il en soit ainsi! — Ensuite désespérant du succès, chacun commence à se retirer vers son logis, quand enfin, grâce aux mérites de saint Léri, Dieu intervient...

B Quelques-uns d’entre nous, plus avisés que d’autres, découvrent sur les vêtements des meurtriers des traces de sang non lavé et même quelques petites gouttes de sang encore apparentes. On cherche avec stupeur d’où vient ce sang. Suivant la coutume des menteurs et des coupables, les assassins se mettent à trembler, changent de couleur et deviennent pâles comme des morts. Ainsi leur crime se trahit lui-même. Puis éclatant en paroles furieuses, ils racontent devant la foule toutes les circonstances de leur forfait.

B Notre tristesse alors se change en joie, nous étendons nos bras en croix d’allégresse, et nous chantons à pleine voix cette hymne au Seigneur : Te Deum laudcunus, te Dominum confitemur. Et tout le peuple, hommes et femmes, qui naguère gémissait avec nous, s’écrie maintenant : — cc Nous vous louons, B Seigneur, nous vous adorons, nous vous glorifions ! parce que vous seul faites » des miracles au ciel et sur terre, parce que vous venez d’en accorder un aux » mérites de saint Léri — ce bon saint accablé par nous d’injures et de mépris, B mais que maintenant, grâce à vous, nous vénérons plus que jamais I b

c Par le juste jugement de Dieu, ces voleurs, ces parricides, ces sacrilèges sont livrés à la justice. On commence par leur couper les mains, on les pend ensuite chacun à une potence, le supplice ordinaire des larrons.

B Pour la gloire du Dieu tout-puissant et pour l’honneur de son saint j’ai écrit ce récit, b

Difficile de trouver un document qui peigne plus vivement les mœurs du IX^ siècle. L’histoire, l’archéologie ont à y cueillir des renseignements précieux. L’église du petit moutier de Saint- Léri était à coup sùr modeste, cependant on l’appelle basilica, preuve que dans l’usage courant de ce temps, ce mot ne désignait point, comme certains le veulent, des églises d’une importance spéciale. Il semble qu’elle était tout en bois : quand il est question de la voûte ou plafond qui surmonte l’autel, et de la chambre où le prêtre serre son argent,

Page 1