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LA RÉFORME MONASTIQUE DE LOUIS LE DÉBONNAIRE

on ne parle ni de pierres ni de murailles, mais seulement de poutres ou madriers, trabes. — On étale devant nous, par terre, tout le mobilier de cette modeste église, et il est assez complet : tentures (palliolat, nappes et linges sacrés (sindonesj, voiles d’autel (vêla altaris), livres, croix, chandeliers ou candélabres fcandelabraj. Le personnel répond très bien aux indications des chartes de Redon : le prêtre qui gouverne l’église ou la paroisse (presbyter ecclesiœ ou presbgter plebis/, c’est Winegrial ; avec lui deux auxiliaires, deux clercs, (les deux assassins), seulement comme c’est ici un clergé monastique, les deux clercs portent le nom de n disciples, b c’est-à-dire qu’ils sont des moines soumis à un supérieur. Enfin nous trouvons aussi le portier ou gardien (casiosj, chargé de la police et de la bonne tenue de l’église.

§2. — Les monastères.

L’existence d’un clergé séculier en Bretagne au IX® siècle n’avait point fait disparaître le clergé régulier. Moines et monastères y étaient encore très nombreux. Toutes les grandes abbayes de l’époque mérovingienne — Landevenec, Castel- Paul et Batz, Trécor, Champ du Rouvre, Lan-Aleth, Dol, Gaël, Ruis, etc. — continuaient de subsister au siècle ; celle de Saint-Guenaël à l’embouchure du Blavet, tombée en décadence, fut restaurée par Nominoë (1). Beaucoup d’autres surgirent nouvellement du sol, nous en citerons plus loin quelques exemples, mais pour s’en convaincre, il suffit de relever, parmi les témoins des chartes de Redon, les nombreux abbés (une vingtaine au moins) qu’on y rencontre, dont les abbayes sont inconnues. Plusieurs de ces monastères devaient se trouver dans le Vannetais oriental, car les actes relatifs au seul plou de Rufiac fournissent, à diverses dates, jusqu’à neuf de ces abbés (2). Donc, au IX® siècle, le clergé régulier était encore très nombreux en Bretagne.

Quant à la substitution de la règle bénédictine aux vieilles règles scotobretonnes, c’est Louis le Débonnaire qui entama cette campagne en 818, aussitôt après avoir triomphé de Morvan. Matmonoc abbé de Landevenec étant venu lui rendre visite peut-être par son ordre, l’empereur s’enquit avec soin de la discipline et de la tonsure observées dans les monastères de Bretagne. Comme les Irlandais depuis Colomban avaient chez les Franks assez bon renom, l’abbé crut bien faire en répondant que les moines bretons suivaient les usages monastiques des Scots — usages (nous l’avons dit dans notre premier volume) identiques à ceux des Bretons, par l’excellente raison qu’ils étaient venus des Bretons aux Scots (3). L’empereur, nullement touché des mérites scotiques, rendit une ordonnance solennelle prescrivant, non seulement aux moines de Landevenec mais à ceux de toute la Bretagne, d’abandonner ces vieux us, qui faisaient tache

(1) Voir notre tome p. 455 note 1.

(2) Savoir, Tetviu en 831 Cartul. de Redon, p. 120); Hiawid et lamdetwid, 835 à 857 (p. 105); Conhaêl, 840 (p. 132); Sulmin, 840 à 871 (p. 132 et 123); Haëldetwid, 840 à 850 (p. 118); Morweten, 846 (p. 124); luna (860 ou 866, p. 106); Loiesbritou, 867 (p. 109, 115, 119).

(3) Voir notre tome I^% p. 385-386 et 507-508.

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