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MAL OBSERVÉE PAR LES PREMIERS MOINES DE REDON

sur la grande unité de l’église romaine, et de se soumettre désormais en tout à la règle de saint Benoît et à la tonsure de Rome (1).

Malgré la généralité des termes de cette ordonnance, avant qu’elle fût obéie partout, il se passa du temps. Lors de la fondation de l’abbaye de Redon en 832, Conwoion et ses compagnons ne s’imposèrent point la règle bénédictine, ils ne la connaissaient même pas, et ce fut seulement l’année suivante que le moine Gherfred, sorti de Glanfeuil, leur en donna les premières notions (p. 37 ci-dessus). Quelle règle suivaient-ils auparavant? Sans doute un de ces vieux coutumiers scoto-bretons mentionnés par Matmonoc, s’écartant beaucoup sur certains points de la législation bénédictine — du moins si l’on s’en rapporte à un acte de Redon qui est comme le premier procès-verbal capitulaire de cette communauté.

L’a vaut- veille de la Saint-Martin 832, les moines de Redon rassemblés au nombre de douze, Conwoion en tête, dans leur sacristie où étaient exposées des reliques de saint Melaine, arrêtèrent entre eux diverses résolutions sur la vie qu’ils comptaient mener désormais Chacun d’eux n’aurait plus rien en propre ; 2® ils ne se mêleraient plus des affaires du siècle que sur l’ordre de leur abbé et de leurs frères; 3^ tout ce que chacun acquerrait désormais par son travail ou autrement, serait employé au profit de la communauté. Voici les noms des douzes moines qui se soumirent à ce régime : Conwoion l’abbé, Conhoiarn, Wincalon, Tethwiu, Condeloc, Louhemel; c’étaient les six premiers fondateurs, auxquels s’adjoignaient dès lors Rihowen, V^etenwoion, Artwolau, Riwelen, Cumdelu et Cunneur. Ce même jour un treizième se présente pour être admis dans cette association, promettant d’observer les trois presciptions ci-dessus mentionnées et de donner à la communauté tous ses biens. Il demande seulement l’autorisation de faire un pèlerinage à Rome et de n’entrer dans la vie commune qu’à son retour. Cela lui est accordé , mais pour l’obtenir — d’après ce curieux acte que je suis toujours — il avait donné aux moines « un tonneau de vin et quatre pourceaux gras (2). b Ce don final semble bien destiné à la nourriture de la naissante communauté. Il y avait en effet chez les Bretons des monastères où on mangeait de la chair; mais chez les Bénédictins jamais (art. 39 de la règle). Donc les moines de Redon ne suivaient pas dans le principe la loi de saint Benoit ; ils s’y rallièrent bientôt ; mais ce fait n’en prouve pas moins que Tordonnance du Débonnaire n’était encore guère observée en Bretagne.

Voyons si elle le fut mieux dans une autre fondation dont on connaît assez bien les circonstances, qui sont à divers points de vue fort intéressantes, celle de l’abbaye de Lebon sur la Rance, en l’an 850.

Vers la fin de 849, dans un intervalle entre deux campagnes, le roi Nominoê

(1) Cette ordonnance est adressée à tout le clergé de Bretagne ; c Hludowicus imperator Augustus omnibus episcopis et universo ordiui ecclesiastico Britanniœ. » Voir la première partie de cette pièce dans notre t. p. 508 note 1. En voici le complément : € Et ideo jussimus (continue Tempereur) ut et juxta regulam S. Benedicti patris (monachi Britanniœ) viverent quæ possibilis et laude digna estf et de tonsura capitis juxta taxatum modum cum sanctæ Romanæ æcclesiœ, quæ per orbem dilatata est, concordent unitate » (Cartul. de Landevenec, édit. A. de la Borderie, p. 75-76).

(2) < Postea iterum se Deo tradidit ipse Budworet cum omnibus alodibus... hoc tantum deprecans ut licentiam darct ei Conwoion abbas suique Ira très Romam pergendi causa orationis... Quod impetravit a supradicto abbate et ejus monachis, data eîs pro hac licentia una tonna vint et quatuor porcU crassie i» Cartul, de Redon, append. n» 2, p. 354).

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