LA DÉLIVRANCE DE LA BRETAGNE
§ 1. — Le Libérateur.
mois de juillet 819, moins d’un an après la mort et la défaite de Morvan, l’empereur avait tenu à Ingelheim une assemblée politique ou plaid général (conventusj, dans lequel parurent, comme d’habitude, plusieurs des tributaires de l’Empire, surtout de ceux qui avaient été soumis l’année précédente, entre lesquels nécessairement plusieurs chefs bretons. Parmi ceux-ci il en était un, jeune encore, sur lequel s’arrêta l’attention de l’empereur et auquel, sans doute sur la recommandation de Lantbert ou de Wido, il conféra l’office de comte de Vannes.
Le Breton ainsi honoré — ou affligé — de la confiance des Franks s’appelait Nominoë (1). D’où venait-il? quelle famille, quelle origine? On ne sait. A en croire les bavardages de ses ennemis, complaisamment recueillis par une poésie liturgique, ce n’était dans le principe qu’un pauvre paysan travaillant de ses mains la terre, auquel sa charrue ayant heurté un trésor donna du même coup richesse et importance (2). Le fait n’a rien d’impossible, mais la source est suspecte. Très probablement l’origine de Nominoë était mince ; peut-être fut-ce pour s’élever, pour faire fortune, qu’il prit d’abord le parti des Franks et devint eu 819 l’auxiliaire de celui qui avait mis sa nation sous le joug — le comte Wido. De 820 à 826, pendant les efforts si énergiques de Wiomarc’h pour briser les chaînes de la Bretagne, Nominoë, loin de s’y associer, répondit à la confiance des Franks au point que l’empereur, le lendemain de la mort de Wiomarc’h, dans un autre plaid général tenu encore à Ingelheim en 826, l’éleva de la dignité de comte de Vannes à celle de duc ou gouverneur de toute la Bretagne, jusque-là possédée par Wido, qui fut réduit depuis lors à l’office de comte de Vannes et à la situation subalterne d’auxiliaire subordonné à Nominoë (3). Dans les chartes de Redon, de 826 à 840, celui-ci reçoit le titre de missus Imperatoris , envoyé de
(1) Nominoë est qualiOé princeps Veneticæ civitaiis, dans un acte du Cartulaire de Redon, de l’an 820, et cornes Veneticæ civitatis dans un autre de l’an 827 (n® 252, p. 204) copié, à la date près, sur le précédent ; voir le Cartul. de Redon, p. 202 et 204, n®* 250 et 252 ; voir aussi A. de la Borderie, La chronologie du Cartulaire de Redon, dans les Annales de Bretagne (revue de la Faculté des Lettres de Rennes), t. V, juillet 1890. p. 552.
(2) Voir la prose de l’abbaye de S*-Florent sur l’incendie de ce monastère par Nominoë, dans D. Morice, Preuves de Vhist. de Bret., I, 277, et dans D. Bouquet, VII, p. 306.
(3) « Anno Domini dcccxxxvii {lisez dcccxxvi) Numineio apud Ingeinheym ducatus ipsius gentis [Britanuorum] traditur. » (Reginonis Chronic. édit, de Francfort 1566, f. 35.)