‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 21 sur 392 · NOMINOË GOUVERNEUR DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

NOMINOË GOUVERNEUR DE BRETAGNE

Tempereur en Bretagne (1), de duc en Bretagne, diix in Britannia (2), de gouverneur de Bretagne, gubernans Britanniam (3), et autres analogues (4), tandis que Wido n’est plus que comte de Vannes et disparaît après Tan 831 (5).

La disgrâce de ce dernier ou du moins Tamoindrissement de sa situation s’explique assez facilement : de 818 à 826, quatre ou cinq révoltes en huit ans, dont deux avaient nécessité l’intervention de l’empereur en personne, prouvent bien que ce comte, habile homme de guerre mais triste administrateur, s’entendait mieux à faire une conquête qu’à la gouverner et à y maintenir la paix. Puis, en 826, le vainqueur de 799 devait être vieux et avoir besoin de repos. — D’ailleurs, le gouvernement confié à Nominoé n’était point celui de la Marche frankobretonne embrassant les comtés de Rennes et de Nantes; sur ces comtés Nominoë n’avait rien à voir, mais il était chargé de gouverner le reste de la péninsule armoricaine, c’est-à-dire tout le territoire occupé par les Bretons d’Armorique, y compris la ville de Vannes et tout son diocèse jusqu’à la Vilaine.

Le motif de Louis le Débonnaire pour confier le gouvernement des Bretons à un Breton fut évidemment le désir de leur rendre la soumission moins dure, l’obéissance moins pénible, en faisant passer ses ordres par un homme de leur race chargé de mettre dans l’exécution beaucoup de ménagements. Et Nominoë, quel fut dans le principe son but, son mobile, en acceptant de la part des ennemis de sa race, des conquérants de sa patrie une pareille mission? Voir en lui un ambitieux sans scrupule décidé à satisfaire ses convoitises même au prix d’une trahison envers son pays, juger de la sorte Nominoë serait une injure que repoussent absolument et son caractère et son histoire. Mais, esprit net et pratique, il jugeait sans illusion la situation de la Bretagne. Les soulèvements, les sacrifices de Morvan et de Wiomarc’h, si méritoires et si généreux, avaient eu pour résultat d’enfoncer de plus en plus ce pauvre pays dans la servitude et la misère ; de pareilles entreprises, si elles se fussent renouvelées, auraient comme nécessairement amené la ruine complète et définitive des Bretons. Nominoë accepta donc d’être l’agent des Franks, pour prendre entre ceux-ci et ceux-là le rôle de médiateur et de modérateur; pour empêcher ses compatriotes de se jeter dans de nouvelles révoltes, dont le résultat risquait fort d’être la fin, l’anéantissement complet de la Bretagne ; et d’autre part, en usant envers eux de tous les ménagements possibles, pour leur rendre moins cruel, plus tolérable, le poids de la domination étrangère.

Nominoë, dans le principe, n’eut probablement pas d’autre but que d’empêcher l’extermination de sa race, de panser ses plaies saignantes et quasimortelles, sans aucune visée plus haute ni plus lointaine, du moins dans le sens d’une revanche, d’une restauration de l’indépendance bretonne, réputée

(1) Voir actes de 826 à 839, 834, 837, 838, 839, dans Cartul. de Redon, p. 156, 2, 136, 139, 148, et D. Morice, Preuves I, 272.

(2) Actes de 834, 834 à 839, 840, Ibid. p. 355, 358, et 151.

(3) Actes de 833, 834, 837 et 838, Ibid. p. 7, 94, 5, 138, 357.

(4) L’antorité de Nominoë en Bretagne de 826 à ^0, comme délégué de l’empereur, est encore désignée par les mots : N. magistro in Britannia, — dominante ou possidente Britanniam, et même régnante in Britannia, voir actes de 833, 834, 835, 840, Ibid. p. 6, 8, 11, 156, 132.

(5) Voir actes de 826, 827, 830, 831, dans Cartul, de Redon, p. 206, 101, 100, 153, 120.

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