‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 204 sur 392 · ET ABOLITION DE LA COUTUME DE PORZ-QUEINVAN · texte numérisé non relu

ET ABOLITION DE LA COUTUME DE PORZ-QUEINVAN

» nostres est accoutumée estre faite à ce port. Quand une maison ne peut fournir les taxes royales qui lui sont imposées, on y prend deux ou trois enfants, on les vend comme serfs aux marchands étrangers fréquentant ce port et « le prix » d’iceux serfs d est consacré au paiement de la taxe. Cette coutume odieuse, cruelle, quia fait donner à ce lieu le nom de Porz-Queinvan (Port des Lamentations), déplaît certainement au saint apôtre. Abolissez-la donc, seigneur roi, donnez au saint désormais, vouez à son service ces malheureux enfants qui étaient arrachés à leurs familles, emmenés au loin comme esclaves, et le saint apôtre ne refusera plus de séjourner sur une terre qui lui devra un pareil bienfait.

Aussitôt, Salomon levant son sceptre, posant la main sur le sarcophage qui contenait les reliques du saint, prononça solennellement ces paroles :

— € Glorieux apostre de Dieu, Ma thé, je te donne, par concession de mon privilège, que ceste coustume soit dorénavant ostée pour la reverence de toy, et que ceux qui pour accroislre le trésor du prince estoient vendus aux estrangers soient et demeurent dorénavant sujets à ta seigneurie et à ceux qui serviront en réglise où reposera ton corps. Et afin que moi ni mes successeurs ne puissions enfreindre ni violer ce privilège, je te le confirme par Timpression de mon anneau (1). d

A peine ces paroles prononcées, la nef d’elle-même, sans que nul y mît la main, c saillit à la terre seiche. Adonc le roi et les seigneurs saisirent celui saint » corps précieux et avec grande assemblée de chantans, ô cierges et ô lampes, ^ le portèrent à une église que le roi Salomon c fîst reformer d’arcs voultiz, » d’apparoiz et de columnes dorées, et en icelle fist mettre le saint corps de l’apostre, ou nom duquel il la fist dedier (2). »

Telle fut, selon Paulinus, la fondation de l’abbaye de Saint-Mathieu de Fineterre (3), si célèbre dans l’histoire de Bretagne et dont les murailles romanes, plantées à la pointe extrême du vieux continent occidental, dominent encore, du haut de leur promontoire granitique, la sempiternelle colère des vagues toujours aboyantes de l’Océan. Le corps de saint Mathieu ne reposa pas longtemps dans ce site sauvagement grandiose. Après la mort du roi Salomon — mais à une date nullement précisée — il fut enlevé par des écumeurs de mer (4), et au X® siècle,

(1) Le Baud, Hist. de Bret, impr. p. 48.

(2) Bibl. Nat. ms. fr. 8266, f. 120 y«.

(3) On a cru trouver un abbé de Saint-Mathieu dans un « Simeon abbas Leon[en8is] » témoin d’une charte de 870 (CartuL de Redon, n» 233, p. 181), ce qui, dit-on signifierait ; fa Siméon, abbé dans le diocèse de Léon. » Il y avait dans ce diocèse plusieurs abbayes; ainsi, même avec cette traduction, rien ne prouverait qu’il s’agit là d’un abbé de Saint-Mathieu. Mais en réalité, jamais on n’a désigné un abbé par le nom du diocèse où se trouve son abbaye; c’est par le nom de cette abbaye qu’on le désigne toujours. D’après cela abbas Leonensis veut dire certainement « abbé de Lehon. » Etant données les incorrections orthographiques si nombreuses dans les manuscrits du moyen-âge, surtout en ce qui touche les noms propres, il n’y a nullement à se préoccuper de l’absence de l’/i.

(4) Voir le récit de cet enlèvement dans Le Baud, Histoire de Bretagne impr. p. 49, toujours d’après Paulinus, mais avec des interpolations évidentes, car Paulinus rapporte toute cette histoire au 1X« siècle et au roi Salomon successeur d’Erispoê, et un pédant interpolateur a introduit dans son récit le nom de l’empereur Valentinien pour transporter le fait au V« siècle et se procurer ainsi un Salomon roi de Bretagne qui n’a jamais existé (Voir Biographie Bretonne, 11, p. 825 à 827, art. Salomon /®^). Ce qui est curieux, c’est que Le Baud, dans la première version (inédite) de son Histoire de Bretagne, a maintenu en dépit de l’empereur Valentinien — l’histoire de la translation des reliques de S. Mathieu au IX* siècle, ainsi que la fondation de l’abbaye. Mais, dans son Histoire imprimée, il a malencontreusement cédé à Valentinien et transporté tous ces faits au V* siècle.

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