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RELATIONS DE L’ÉGLISE BRETONNE AVEC L’ÉGLISE GALLO-FRANKE

§ 3. — Les évêchés.

Vers la fin du VI® siècle, quand les Bretons insulaires se trouvèrent en contact avec les missionnaires envoyés de Rome par saint Grégoire le Grand pour convertir les Anglo-Saxons, il se manifesta entre Téglise romaine et Téglise bretonne certaines dissidences ne touchant en rien au dogme ni à la discipline, portant seulement sur quelques usages liturgiques. Mais excitées, envenimées par les vieilles haines nationales entre Bretons et Saxons et aussi, il faut le dire, par le zèle intempérant de certains fauteurs des usages romains, ces dissidences, que Ton grossit à tort comme un schisme, portèrent aux VII® et VIII® siècles un trouble fâcheux dans la vie de l’église scoto-bretonne.

Ces dissidences concernaient (1) la manière de calculer la Pâque et l’époque où on la devait célébrer en certaines années, — la forme de la tonsure ecclésiastique, — et diverses observances dans l’administration du baptême, dans l’ordination des prêtres et des évêques, dans la liturgie de l’office divin. Sauf la tonsure et la Pâque, on n’a guère sur l’objet précis de ces dissidences que des conjectures, ce qui prouve leur peu d’importance. L’ardeur de la lutte porta sur les deux premiers points, surtout sur le premier.

Quand s’accomplit l’émigration des Bretons insulaires en Armorique, ces dissidences existaient déjà ; seulement elles n’avaient point éclaté, elles n’avaient point été signalées, nul n’y prenait garde. On ne peut douter toutefois que les missionnaires bretons venus de l’ile sur le continent ne suivissent les usages reprochés plus tard aux insulaires. Mais leur contact avec l’église gallo-franke puissamment organisée paraît avoir de bonne heure modifié ces coutumes spéciales, du moins sur le point le plus essentiel, l’époque de la célébration de la Pâque. Il n’y eut jamais à cet égard de dissidence entre les Bretons d’Armorique et leurs voisins de la Gaule, du moins on n’en trouve nulle trace (2). En ce qui touche la tonsure et les règles monastiques, les Bretons conservèrent, au contraire, leurs coutumes nationales (3), mais personne n’en prit ombrage, personne ne songea à les troubler, jusqu’au moment où Louis le Débonnaire, pour sanctifier sa victoire sur Morvan, s’avisa de décréter une réforme monastique qui d’ailleurs, nous l’avons vu, ne fut pas très ponctuellement obéie.

Il y eut pourtant pendant la période mérovingienne quelques difficultés entre les Bretons d’Armorique et l’église gallo-franke, comme le prouve le 9® canon du concile de Tours de 567, qui porte :

« Nous défendons à tous d’ordonner pour évêque, dans le pays d’Armorique,

(1) Voir à ce sujet l’excelleut mémoire de feu P. Varin, intitulé : Mémoire sur la dissidence entre Véglise bretonne et Véglise romaine relativement à la célébration de la fête de Pâques, dans les Mémoires présentés par divers savants à V Académie des Inscriptions, Série t. V. (1858), p. 90, 153, 156, 160, 165, et surtout p. 205 à 227 ; cf. Haddan and Stubbs, Councils and ecclesiastical Documents (1869) I, p. 152-155 ; Warren, Liturgy and ritual of the Celtic chiirch (1881), p. 63 à 75.

(2) Le 1*' canon du 4* concile d’Orléans, de Tan 541, indique le moyen de calculer la Pâque de façon à la célébrer partout le meme jour ; mais il ne mentionne ou ne suppose à cet égard aucune dissidence volontaire.

(3) On en a eu la preuve, ci-dessus p. 252-253.

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