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ORGANISATION ÉPISCOPALE EN BRETAGNE DU VI® AU IX® SIÈCLE

soit un Breton soit un Romain sans l’autorisation du métropolitain et des B évêques comprovinciaux. Quiconque violera cette prescription sera retranché » de notre communion (1). b

Les Bretons, cela se conçoit aisément, ne voulaient pas abandonner à des prélats de race étrangère le choix de leurs évêques, ils entendaient se le réserver à eux-mêmes, et sans doute après ce canon ils persistèrent dans cet usage; toutefois ils se préservèrent du schisme en soumettant leurs choix à la sanction du métropolitain de Tours, qui ne pouvant tirer d’eux une soumission plus complète les approuvait sans difficulté. Ainsi, comme nous l’avons vu, saint Malo élu évêque d’Aleth alla se faire consacrer à Tours, et selon la légende de saint Corentin il en avait été de même précédemment du premier évêque de Quimper (2). Aussi la présence de Mansuetus au concile de Tours en 461 , celle de saint Samson au concile de Paris en 557, prouvent-elles que l’église bretonne d’Armorique vécut à l’époque mérovingienne eu bonnes relations avec celle des Gaules (3).

Au VIII® siècle, abstraction faite des évêchés de Rennes et de Nantes gallofranks, et de Vannes mi-parti breton et gallo-frank, dans le reste de la péninsule il existait quatre diocèses bretons à limites fixes : Cornouaille, Léon, Dol et Aletb. Dol embrassait d’abord toute la Domnonée; mais dès le commencement du VIII® siècle l’évêché de Lan-Aleth s’était constitué en diocèse territorial à limites fixes (4). Mais ou ne peut douter d’ailleurs que dans plusieurs de ces diocèses, sinon dans tous, il existait plus d’une abbaye dont le chef joignait à la dignité d’abbé la puissance épiscopale exercée par lui dans son principal monastère et dans ses dépendances. D’après la Vie de saint Tudual, abbé-évêque du monastère de Trécor, son successeur dans la dignité abbatiale, appelé Ruilin, hérita aussi de son épiscopat (5), et il est très naturel de croire qu’il transmit cette double autorité à ses successeurs.

En ce qui touche l’abbaye du Champ du Rouvre on pourrait faire quelque difficulté, car la Vie ancienne du premier abbé saint Brioc ne donne point à cet illustre fondateur le titre d’èvêque et ne lui en attribue point les fonctions. Elle ne contient toutefois rien qui l’en exclue; on n’y voit au-dessus de Brioc aucune autre autorité ecclésiastique; dans la colonie du comte Rhigall c’est lui qui est le seul chef spirituel. Puis, en son état actuel, cette Vie étant fort altérée, transposée, interpolée, il est permis de croire qu’avant ces altérations le texte primitif gardait des traces de l’épiscopat de saint Brieuc, — attesté d’ailleurs par un monument authentique notablement ancien, je veux dire l’inscription placée par le roi Erispoê dans le tombeau du saint avec ses reliques,

(1) « Adjiciraas etiam ne quis Britannum aut Romanum in Armorico, sine metropolitani aut comproüincialium voluntate vel literis, episcopum ordinare prcesumat. Quod si quis contrarie tentaverit, sententiam in anterioribus canonibus prolatam observet et a nostra caritate usque ad majorem synodum se cognoscat remotum et excommunicatum : quia merito a caritate nostra vel nostris ecclesiis segregautur qui patrum statuta contemnunt. »

(2) Voir notre tome I»^, p. 320-321, et 467.

(3) Ibid. p. 203, 250, et 432.

(4) Voir notre tome I«*^, p. 500-501.

(5) « Finita electione et concesso pontiflcali honore prænotato Ruillino, sanctissimus Tutgualus migravit a seculo • (Vit. 2* S. Tuduali, cap. 12, dans Â. de la Borderie, Les trois Vies anciennes de S. Tudual, p. 19).

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