‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 22 sur 392 · POUR LOUIS LE DÉBONNAIRE · texte numérisé non relu

POUR LOUIS LE DÉBONNAIRE

alors par tous les sages, après tant de désastres, chimérique et impossible. Mais, après une étude approfondie de la situation — celle de la Bretagne et celle de Tempire, — il jugea à propos, sans engager rien, de préparer discrètement Tavenir en vue d’éventualités qui en se produisant rendraient peut-être un jour l’impossible possible. Les divisions de la famille impériale, de l’empereur et de ses fils, et de ses fils entre eux, n’étaient un mystère pour personne ; de là devait sortir tôt ou tard une crise, une série de crises et de guerres civiles qui affaibliraient singulièrement la puissance des Franks et donnerait beau jeu à leurs adversaires. Pour pouvoir profiter d’une telle aubaine, il fallait une Bretagne non seulement guérie de ses affreuses blessures, mais en possession de toutes ses forces et toute prête à les unir dans une action commune.

Pour en arriver là, le plus urgent c’était la paix, le repos, l’immobilité pendant un temps assez long, comme on l’impose même de force à un malade qui se tuerait en s’agitant violemment ou en essayant de soulever un poids trop lourd pour sa faiblesse.

Pendant ce repos forcé, il fallait imposer aux Bretons si volontaires, si réfractaires jusque-là, une discipline d’unité qui les fondît en une seule nation, qui les ployât à l’obéissance en paix comme en guerre sous un seul chef, afin de pouvoir concentrer, au moment favorable, toutes leurs forces en un effort unique et irrésistible contre l’ennemi commun.

Enfin il fallait fermer cette brèche fatale de la frontière, par où les envahisseurs arrivaient sans coup férir, d’une seule marche jusqu’à Vannes, c’est-à-dire au cœur du pays breton, brèche qui demeurerait béante et mortelle tant que tout le territoire compris entre Vannes et la Vilaine, n’aurait pas été conquis par une forte occupation bretonne.

La puissance impériale, au nom de laquelle Nominoê commandait en Bretagne et pouvait briser toute résistance, lui donnait un moyen très naturel d’accoutumer les Bretons à reconnaître, au-dessus de tous leurs comtes et chefs particuliers , une autorité souveraine et unique. Si un jour il rejetait le joug impérial, leur soumission envers lui, formée par l’habitude, lui serait d’autant plus fidèle qu’il ne l’exigerait plus au nom d’un maître étranger, mais au nom de la patrie et de la race.

Maintenir la Bretagne en paix fut une tâche plus difficile, même à vrai dire extrêmement ardue. Depuis la conquête de 799, les guerriers franks revendiquaient comme un droit le monopole de la Bretagne : province à gouverner, métairie à exploiter, terre conquise à dévaster, race vaincue à opprimer — elle était à eux sous toutes ces formes; tout le monde chez eux, du comte au goujat, y trouvait son gain. Le choix d’un Breton, d’un vaincu, pour régir la race vaincue, fut à leurs yeux une iniquité criante, un vol, une trahison. Et quand ils virent Nominoê résolu d’interdire la Bretagne aux pillages et aux vexations des Franks, leur colère devint rage et leur plan fut tout de suite fait pour perdre le nouveau gouverneur. Il suffisait de lancer de temps en temps sur la frontière bretonne quelques troupes de pillards, afin de provoquer des représailles de la part des Bretons qui évidemment tomberaient dans le piège : dès lors, pour les réprimer, les comtes des Marches seraient fondés à envJhir,

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