ÉVÊQUES DE LÉON
ancien document relatif à Conogan (notice du XI* siècle dans le Cartnlaire de Landevenec, n® 41, p. 165) ne fait nulle mention de son épiscopat et ne voit en lui qu’un abbé. Les calendriers de Léon et de Saint-Méen (beaucoup plus récents que cette notice) lui donnent le titre d’évêque (1). Tout au plus peut-on nommer, au VII® siècle, un personnage appelé Mgnw, Menw ou Menow, né en Irlande et qui, après avoir séjourné dans la Grande-Bretagne, vint de là au temps du roi Dagobert (2), traversant TOcéan, débarquer à Corisopitum, où il reçut la prêtrise des mains du successeur de Corentin, puis fut, à la mort de cet évêque, choisi par le peuple de Cornouaille pour lui succéder. Après un épiscopat plus ou moins long, Menow, selon sa légende, alla faire un pèlerinage à Rome et mourut au retour, avant d’avoir revu son diocèse, en un lieu voisin de Bourges appelé Maliacus, où il fut inhumé et honoré depuis lors comme saint (3).
Au IX® siècle, Félix, Frank de cœur et de race, était évêque de Quimper (Corisopitensis episcopus) dès 834. Il fut l’un des évêques simoniaques poursuivis par Conwoion et Nominoë; il alla à Rome en 847, avec Susannus de Vannes, pour défendre cette détestable cause. Quand il eut, ainsi que ses coaccusés, donné sa démission en 848 au synode de Coêtlouh, il fut remplacé par Anaweien, qualifié évêque de Cornouaille (episcopus Cornogallensis) dans un diplôme du roi Erispoé (4). Les autres évêques de Cornouaille au IX® siècle nous sont inconnus.
Dans le Léon, les documents hagiographiques et liturgiques ont gardé le souvenir d’un certain nombre d’évêques des VI® et VII* siècles.
Saint Paul Aurélien parait avoir usé assez largement de ces évêques auxiliaires, dont l’emploi, nous l’avons vu (5), était fréquent dans l’île de Bretagne. Parmi ces auxiliaires on doit compter S. Houardon mentionné dans la Vie de S. Hervé (6) ;
(1) Les deux catalogues épiscopaux de Vannes et de Cornouaille existent dans le Cartnlaire de Vabbage de Sainte-Croix de Quimperlé, dont le texte a été édité, en 1896, avec beaucoup de soin par MM. Léon Maître et Paul de Berthou, voir p. 47-49 de cette édition.
(2) « Cum fides sanctæ Ecclesiœ in omni regimine Dagoberti regis Francorum pace uteretur tranquilla » etc. Vit. S. Mennlfi, dans Boll. Jul. 111, p. 293, édit, de Paris.
(3) A cause du lieu qui conserva son corps et sou culte, la Vie ancienne ou légende latine de S. Mynw ne nous est arrivée qu’après avoir été écrite par des Franks et récrite par des Français, qui les uns et les autres n’entendaient rien aux choses de Bretagne et qui l’ont nécessairement plus ou moins travestie. — D’abord le nom très celtique Mgnw ou Menw a reçu la forme germano-latine Menulfns, à laquelle il n’y a pas lieu de s’arrêter. — L’hagiographe semble confondre ensemble la Grande-Bretagne et l’Irlande. — Enfin le récit primitif portait que Menw aborda dans le pays dont S. Corentin avait été évêque : <i In provinciam civitatis quæ ab antiquis Oximorum nuncupatur, cujus S. Chorentinus antistes erat (ou fuerat). » 11 ajoutait que l’évêque de cette cité avait conféré à Menw la prêtrise : la légende actuelle, brouillant tout cela, comprend que c’est S. Corentin qui avait fait Menw prêtre. Méprise dont il n’y a guère lieu de s’étonner, car sans doute, dans le texte primitif, Corisopitum était appelé episcopatus S. Corentini, comme dans nos chartes du 1X« siècle, Âleth est dit episcopatus S. Machuti, et Dol episcopatus S. Samsonis (Cartul. de Redon, n® 109, p. 83). — Quoi qu’il en soit, cette histoire d’un Celte d’Irlande venant au Vil® siècle gouverner l’église de Cornouaille, histoire conservée à travers les siècles, non en Bretagne mais au beau milieu de la France, n’a certainement pu être inventée de toutes pièces dans le Berri : elle procède nécessairement d’une tradition antique, primitive, et par conséquent digne de croyance.
(4) Voir ci-dessus p. 40, 54; les Gesta SS. Roton., lib. I, cap. 11, et II, 10, dans D. Morice, Preuves I, 241 et 252. — Cartul. de Redon, append. n® 31 , p. 366.
(5) Voir notre tome p. 277-278.
(6) Après rassemblée du Menez- Bré, S. Hervé revint dans son monastère de Lan-Houarné avec S. Houardon : « Venerabilis Dei famulus cum suo præsule nomine Hoardone ad patriam est reversus. n Vit. S. Hervei, cap. 30, dans Mém. de la Soc. d’émulation des Côtes-du-Nord, XXIX, p. 270.