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ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES DE DOL

entre autres en 833, et qui Tannée suivante, étant à Thionville quand Conwoion vint demander à Louis le Débonnaire la confirmation des dons de Nominoê, soutint avec empressement la cause du saint abbé de Redon (1). Jarnwalt et Mahen, successeurs d’Ermor, figurent dans nos actes, le premier de 835 à 840 environ, Tautre depuis 840; il était évêque au moment de la bataille de Ballon (845) : Breton de race, son nom Tindique, sans doute aussi Breton de cœur, car on ne voit point que Nominoê, dans sa lutte contre les simouiaques, Tait inquiété (2). Après Mahen, le siège d’Aleth fut occupé de 853 à 866 par Rethwalatr, puis par Ratwili mentionné en divers actes de 866 , 870 , 872, etc., et qui est, au IX® siècle, le dernier titulaire de ce siège dont le nom soit venu jusqu’à nous (3). — Tous ces évêques étendaient leur juridiction à la fois sur la cité d’Aleth avec le pays qui Tentourait et sur le Poutrocoêt, c’est-à-dire sur tout le diocèse comme il était constitué dès le VIII® siècle (4).

Quant au siège épiscopal de Dol, fondé par saint Samson qui mourut vers 565, on connaît les successeurs du fondateur pendant un siècle environ après sa mort et nous en avons déjà parlé (5). Ce sont : saint Magloire qui passa rapidement sur le siège de Dol, puis se retira dans la solitude, — saint Budoc, qui semble avoir eu au contraire un long épiscopat, — Leucher, vers la fin du VI® siècle ou le commencement du VII®, — Tighernomaël vers 615, qui fit écrire la plus ancienne des Vies de saint Samson, et eut pour successeur saint Turiau (6), — enfin Rethwal dont Tépiscopat dut commencer sous le pape Sévérinus, c’est-à-dire en Tan 640. On admettait aussi à Dol au IX® siècle (en 866) l’existence de Juthmaël (ou JudmaëlJ qui aurait été évêque de ce siège sous le pape Adrien I®** (772-795); mais cet épiscopat est moins certain (7).

(1) « Eo namque tempore erat Hermor episcopas, simul et Félix episcopns, in palatin regis. Statim autem ut audivit Hermor causas et nécessitâtes ejus (i. e. Conwoionis abêtis), gavisus est, intimavitque régi omnia de eo. » fGesta SS. Roton., lib. I, cap. 11, dans D. Morice, Preuves l, 241). Quant à Félix, évéque de Quimper et Gallo-Frank, il ne s’inquiète nullement de l’abbé de Redon.

(2) Voir, sur Ermor, Cartul. de Redon, n®* 5, 116, 123, 128, 219, append. n® 7, pp. 6, 89, 94, 98, 169, 356. — Sur Jarnwalt ou larnwalt, D. Morice Preuves 1, col. 265, 271 ; Cartul. de Redon, n® 179, p. 139. — Sur Maên ou Mahen, Ibid., n®< 136, 194, append. n®* 15 et 24, pp. 104, 151, 360, 362.

(3) Voir, sur Rethwalar ou Rethwalatr (Rethwaladrus), Cartul. de Redon n®* 24 (et 204), 25, 26 , (et 174), 78, 193, append. n® 31 ; pp. 20 (et 159). 21, 30 (et 134), 61, 134, 150, 366. - Sur Ratwili, Ibid., n®« 49, 109, 222, 241, 247, 257 ; pp. 83, 172, 192, 199, 207.

(4) Voir notre tome I**', p. 500-501.

(5) À propos de l’évêché de Dol, notons que M. l’abbé Duchesne n’a rien répondu aux graves critiques que la nécessité de défendre notre opinion et la doctrine de dom Lobineau sur les origines bretonnes nous avait obligé de formuler contre les systèmes de cet abbé, notamment en ce qui touche les premiers évêques de Dol, les anciennes Vies de saint Samson, de saint Tudual, etc. Voir notre tome 1®% p. 564-566 et les pages précédentes depuis 558. Cf. dans le présent volume, p. 99 note 6, p. 477 note 2 et pages suiv., p. 484 notes 2 et 4, etc.

(6) Sur ces cinq évêques de Dol, de Magloire à Turiau, voir notre tome I®', p. 460, 489, 492 et 566.

(7) Sur Rethwal et Juthmaël, voir ci-dessus p. 99 et les notes 3, 4, 5, 6 de cette page. L’existence, le nom, la suite de ces évêques s’appuient sur des textes, des traditions, des documents hagiographiques et liturgiques d’un caractère sérieux. Il en est autrement de la prétendue suite des archevêques de Dol, de S. Samson à S. Turiau, produite en 1199 par l’église de Dol dans le procès contre la métropole de Tours et publiée par D. Morice, Preuves I, 753. C’est une liste purement fantaisiste, qui ne s’appuie sur rien , qui n’a aucune valeur. — Deux des noms qui s’y trouvent (Genevée et Ârthmaël) n’ont aucun droit d’y être ; deux qui ne s’y trouvent pas (Leucher et Tigemomaél) devraient au contraire y figurer; enfin parmi ceux qui y sont et méritent d’y rester, trois (Restoald ou Rethwal, Juthmaël, Turiau) sout classés dans un ordre très défectueux. Bref, il n’y a nul cas à faire de cette rapsodie.

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LE PAPE'jEAN VIII ET l’ARCHEVÉQUE MAIN.

Au IX* siècle, le plus ancien évêque de Dol dont le nom soit venu jusqu’à nous est Salacon, mentionné formellement par la lettre du concile de Boissons de 866 comme titulaire du siège de Dol et comme l’un des évêques simoniaques contraints par Nominoë à se démettre de leurs sièges en 848 dans le synode de Coêtlouc’h (ci-dessus p. 55). En 866, d’après cette lettre , Salacon vivait encore , mais sur son siège abusivement érigé en métropole par les Bretons il avait eu déjà deux remplaçants successifs, élus tout à fait en dehors du métropolitain de Tours (1) : toutes circonstances parfaitement certaines et authentiques, car nul ne pouvait mieux les connaître que les pères du concile de Boissons , où siégeaient entre autres, l’archevêque de Tours, l’évêque de Coutances très voisin de Dol , Actard évêque de Nantes qui écrivit ou dicta la lettre conciliaire.

Nous ne connaissons pas le premier successeur donné à Salacon immédiatement après le synode de Coêtlouc’h; le second fut Festgen, Festien ou Festinien, évêque dès l’an 853 (2), dont il est souvent question, en 865 et 866, dans les lettres du pape Nicolas I*' mentionnées ci-dessus (p. 96 à 99); on le trouve encore qualifié c évêque sur le siège épiscopal de saint Samson > dans le diplôme solennel du 29 novembre 869, par lequel la noble dame Roiantdreh adopte pour fils et héritier le roi Salomon (3). — Un point curieux à relever, c’est le style employé par le pape vis-à-vis de cet archevêque de Dol : dans ses deux premières lettres, qui sont de 865 et 866, il le désigne sous le titre de « Festinien, notre frère et » notre confrère dans l’épiscopat, qui gouverne l’église de saint Samson, — > Festinien le vénérable prélat de Dol (4). Nous n’avons point la suscription de la lettre adressée par Nicolas I" à Festinien lui-même ; mais, bien qu’elle soit assez sévère pour lui parce que ce prélat avait manqué, dans sa correspondance, à certaines marques de respect exigées par le Saint-Siège, malgré cela le pape l’appelle dans cette lettre Dilectio Vestra, « Votre Charité (5). » La portée de ces diverses expressions est très claire : Nicolas I*'', nous l’avons vu (p. 97-98 ci-dessus), n’était pas disposé à admettre la dignité métropolitaine attribuée par les Bretons au siège de Dol ; néanmoins puisqu’il reconnaissait le titulaire de ce siège pour < son frère et son confrère dans l’épiscopat, > il ne voyait pas en lui un intrus, mais un véritable évêque pourvu de pouvoirs réguliers; c’est-à-dire que ce pape ne croyait guère à l’illégitimité de l’expulsion des évêques simoniaques, et dans ce fait il ne blâmait que la forme (6).

Après Festinien on rencontre encore à Dol, avant la clôture du IX* siècle, trois

(1) Voir le texte de la lettre du concile de Soissons de 866 dans Labbe, Conciles VIII, 837; dans Chron. de Nantes édit. Merlet, p. 64; dans D. Morice Preuves I, 322; Bouquet VII, 687. Voir aussi aux Eclaircissements du présent volume la note sur les Affaires ecclésiastiques de Bretagne au IX* siècle,

(2) Il figure sous le nom de Festgen dans le diplôme du roi Erispoê (851-867) pour la liberté des élections abbatiales de Redon {Cartul, de Redon, append. n«31, p. 366) : diplôme non daté, mais attribué formellement à l’an 853 par le Chronicon Britannicum , dans D. Morice, Preuves, I» 3.

(3) f Festieno episcopo super episcopatum sancti Samsonis » (Cartulaire de Redon, n® 109, p. 83). Il est aussi témoin dans une charte du roi Salomon du 4 mars 860 {Ibid, n® 30, p. 24).

(4) Voir ci-dçssus p. 96 note 3, et p. 97 note 1.

(5) D. Morice Preuves 1 , 320.

(6) Dans sa If® lettre an roi Salomon (qui est en réalité la 3«), Nicolas I®' ne défend les simoniac^es qu’en soutenant que, dans leur procès , les formes canoniques n’ont pas été exactement observées; sur le fond il n’essaie ni de les défendre ni même de les excuser ; voir cette lettre dans D. Morice , Preuves 1 , 316 et 317.

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