ÉVÊQUES DE TRÉGUER ET DE SAINT-BRIEUC
archevêques : Main ou Mahen, en 870 et 878 ; Jean vers 880 ; et tout à la fin du siècle Louénan, dont l’épiscopat se prolongea au siècle suivant. Nous parlerons des deux derniers dans l’histoire des invasions normandes en Bretagne, qui fera le sujet de nos prochains chapitres. Du premier nous dirons de suite quelques mots, en raison des deux lettres (venues jusqu’à nous) adressées à ce prélat par le pape Jean VIIL
Dans la première, que l’on place par conjecture vers 870, le pape donne à Main sans hésiter le titre d’archevêque et le comble des plus flatteuses épithètes : « Jean, évêque du siège de Rome, à son cher et illustre fils Varchevêque Main et n à tous les évêques de Bretagne salut et bénédiction apostolique (1). ) L’objet de la lettre est curieux. Deux moines bretons, Resgallon et Corvili, en faisant le pèlerinage de Rome, informèrent le pape qu’eux et plusieurs autres moines avaient reçu la prêtrise des mains de leur abbé Hélocar. Le pape déclare qu’Hélocar ne tenait de personne le droit de faire ces ordinations, donc elles devraient être nulles ; pourtant le pape décide qu’elles sont valides et produiront leur effet à cause de la bonne foi de ceux qui les ont reçues. — Hélocar était un abbé-évêque ; il avait donc le pouvoir de faire des ordinations ; mais il n’en avait pas le droit, parce qu’il usurpait ainsi sur la juridiction de l’évêque diocésain. Le pape maintient néanmoins ces ordinations à titre exceptionnel, sous la condition que cela ne se fera plus (2).
En 878, pour se soustraire aux violences de Lambert duc de Spolète, le pape Jean VIII vint en France, et à Troyes il présida un concile de trente évêques. A ce concile assistait Âdalard, successeur d’Aclard dans la métropole de Tours (3), qui profita de la présence du pape pour lui exposer la querelle de Tours et de Dol et le gagna entièrement à sa cause. Le 5 septembre 878, Jean VIII lança à Main une nouvelle lettre, dans laquelle non seulement il le réduit au titre d’évêque, mais il le menace durement, lui et tous les évêques de Bretagne, des foudres de l’excommunication, s’ils ne renoncent au plus vite à leur métropole doloise pour rentrer humblement dans le giron de celle de Tours (4). Le ton de cette pièce, rude et violent, montre l’intention d’exercer sur les Bretons une sorte de terreur. Cet orage ecclésiastique tomba sur la Bretagne au milieu d’une tempête d’un autre genre, bien autrement désastreuse, — le début des grandes invasions normandes dans la péninsule bretonne. Dans le fracas des événements la lettre pontificale fut noyée, elle passa inaperçue, on n’en tint nul compte, elle ne produisit aucun effet. Elle marque toutefois, au IX« siècle, le dernier incident de la lutte engagée depuis 846 par Nominoê.
De Saint-Brieuc, au IX® siècle, on ne connaît nominativement aucun évêque ; de Tréguer on en connaît un seul dont nous parlerons plus loin dans l’histoire des
(1) « Johannes, Romanœ sedis episcopus, dilecto atque prœclaro filio Maino archiepiscopo » etc. (D. Morice Preuves, I, 333).
(2) « De ordinatione Resgallon et Corvili et aliorum monachorum per ignorantiam ah Helocaro dbhate accep/a, judicavimus (dit le pape) ut, si ipse indigne usurpavit, istis tamen sit perfecta ordinatio, quia mali possunt bona bene ministrare, cùm sint nequam. Ille veto ncminem amplius ordinet » (D. Morice, Preuves I, 333).
(3) Adalard gouverna Téglise de Tours de 874 à 890 (Gall. Christ. XIV, col. 43-45).
(4) Voir D. Morice, Preuves I, 333-334; Bouquet IX, 174; Mansi, Concilia XVII, p. 94.