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ORIGINE DE CES DEUX ÉVÊCHÉS

invasions normandes (au chapitre XIV ci-dessous). Cependant ces sièges avaient l’un et Tautre des titulaires réguliers, cela est incontestable, car on a vu le pape Nicolas I®** dire à Festinien évêque de Dol qu’il compte dans sa métropole, plus ou moins légitime, sept évêques (1). Et comme jamais Rennes et Nantes ne reconnurent cette métropole (2), pour faire ce nombre de sept il faut nécessairement à Dof, Aleth, Léon, Quimper et Vannes, adjoindre Saint-Brieuc et Tréguer. Mais quand et comment furent fondés ces deux évêchés? Selon la Chronique de Nantes, ils auraient été créés de toutes pièces par la puissance civile agissant abusivement seule et sans le concours de l’autorité ecclésiastique : du même coup, par le même acte qui engendra la métropole schismatique de Dol, Nominoê eût créé ces deux évêchés; création non moins illégitime, non moins schismatique que celle de la métropole et qui, si elle s’était produite, n’eût pu manquer d’exciter, de la part des évêques franks et des papes, les mêmes protestations indignées et les mêmes objurgations. Impossible d’admettre qu’Actard eût négligé de se servir de cette arme contre les Bretons et contre l’œuvre de Nominoê. Et pourtant, que l’on épluche la longue série des piècés relatives à cette longue querelle, on n’y trouvera rien, pas une plainte, pas un mot, pas une allusion contre la prétendue érection d’évêchés prêtée au <c tyran breton d. C’est qu’en réalité cette érection n’a pas eu lieu, c’est une invention intéressée de la Chronique de Nantes (3).

Mais alors quelle origine assigner à ces deux diocèses? Nous l’avons dit plus haut : cette origine se trouve naturellement dans la qualité d’abbé-évêque afferente aux chefs des grands monastères du Val Trécor et du Champ du Rouvre, et dans la délégation que, dès l’époque mérovingienne, le prélat de Dol, originairement évêque de toute la Domnonée, leur aurait donnée d’exercer les fonctions épiscopales dans les régions de son vaste diocèse les plus éloignées de sa résidence. Nous avons vu tout à l’heure que, vers 870, il existait encore en Bretagne des abbés-évêques faisant des ordinations ; cette délégation donnée aux abbés-évêques de Tréguer et de Saint-Brieuc était donc toute naturelle. Il faut aussi tenir compte dans cette question d’un document déjà mentionné par nous, mais dont nos historiens ne se sont pas assez préoccupés, — la lettre de Léon IV aux évêques bretons en 848, où ce pape dit : « Chaque paroisse doit être régie, » sous la surveillance et la garde de Vévêque, par des prêtres et d’autres clercs, D dont Vévêque craignant Dieu les pourvoira, car dest son droit de les choisir (4). »

(1) -« Vos, qai tantum septem episcopos habetis (dit le pape à Festinien), quœ causa ecclesiasticæ traditionis vos sinat habere metropolim, ignoramus. 9 (D. Morice Prennes I, 320). Voir aussi p. 99 ci-dessus.

(2) Voir ci-dessus p. 99 note 2.

(3) Dans l’excellente édition qu’il a donnée de cette chronique, M. René Merlet démontre : 1» que la Chronique de Nantes a été composée vers 1055 d’après des documents de valeur très inégale ; 2® que l’auteur, très dévoué aux intérêts de l’église de Tours, avait pris à tâche de combattre par tous moyens la cause de la métropole de Dol , ce qui ôte presque toute valeur aux parties de son œuvre relatives à cette question. 3® En effet il pousse sur ce point l’impudence (ou, si l’on veut, l’ignorance) jusqu’à prétendre que l’évêché de Dol n’existait pas avant Nominoê qui l’aurait fondé en 848, — alors que la Vie quasi-contemporaine de S. Samson démontre clairement que c’est ce saint qui fonda cet évêché au VI® siècle, alors que le concile de Soissons de 866 affirme formellement que Dol avait un évêque avant 848 et les entreprises de Nominoê. On peut juger d’après cela de la confiance que mérite sur ce point la Chronique de Nantes.

(4) Voir D. Morice, Preuves, 1, 290, et ci-dessus p. 58, note 1, où par mégarde Ton a traduit le mot parochia de ce texte par diocèse.

SITUATION DE l’ÉPISCOPAT BRETON

— Cette disposition, qui tend à exclure les moines du gouvernement des paroisses, est dirigée également contre les abbés-évêques, puisqu’elle réserve le choix du clergé paroissial à Véuêque seul qui, dans les idées romaines, ne peut être qu’un évêque de diocèse territorial à limites fixes. Il est donc très naturel d’admettre que pour tenir compte de cette prescription, Nominoë, dans le synode de 848 et du consentement de l’évêque de Dol, transforma les deux arrondissements ainsi délégués en deux diocèses territoriaux à limites fixes, sur chacun desquels chacun de ces deux abbés-évêques exerça depuis lors une juridiction épiscopale propre et indépendante. Réforme agréable à Rome, qui ne put susciter aucun grief.

Par suite de l’établissement de ces trois diocèses — Aleth, Tréguer, Saint- Brieuc, — l’évêché de Dol, qui embrassait d’abord toute la Domnonée du Coêsnon au Kefleut, c’est-à-dire presque le tiers de la Bretagne, se trouva réduit à un étroit territoire autour de son siège comprenant à peine (au dernier siècle) une cinquantaine de paroisses. Par un privilège spécial, il est vrai, l’évêque de Dol continua d’exercer sa juridiction épiscopale sur toutes les paroisses et tous les monastères relevant de celui de Dol quoique situés en dehors de son diocèse et enclavés dans le territoire des diocèses voisins (1). Avec cela encore, le nombre des paroisses de l’évêché de Dol, au dernier siècle et pendant tout le moyen-âge, montait tout au plus à une centaine. La véritable compensation pour Dol fut la dignité métropolitaine, qui l’éleva au-dessus de tous les diocèses de Bretagne et en soumit directement six — Aleth, Saint-Brieuc, Tréguer, Léon, Quimper, Vannes — à sa supériorité hiérarchique. Celte glorieuse prérogative, vivement contestée par Tours mais fortement défendue, eut toujours, il est vrai, un caractère précaire. Il y eut pourtant d’assez longues périodes pendant lesquelles, la querelle sommeillant, Dol put jouir paisiblement de sa haute situation ; ainsi depuis la lettre de Jean VIII de 878 jusqu’à l’an 1049, rien ne vint troubler la jouissance métropolitaine de l’église de Dol, si ce n’est, vers 970, une lettre du pape Jean XIII (2) restée lettre morte, sans plus d’écho ni de suite que celle de Jean VIII. Ainsi pendant tout ce temps — sauf les désastres causés par les invasions normandes — Dol put exercer sans inquiétude sa prérogative.

Nous rencontrerons d’ailleurs plus d’une fois sur notre chemin les divers incidents de cette longue querelle, jusqu’au jour bien éloigné encore (1199) qui donnera à ce litige une solution définitive.

(1) C’est ce qu’on appelait les enclaves de Dol; toutes ces enclaves ou paroisses enclavées se trouvaient, excepté trois, sur le territoire de la Domnonée, savoir; dans l’évêché d’Aleth ou Saint- Malo, 23 paroisses formant le doyenné de Bobital; — dans l’évêché de Saint-Brieuc, le doyenné de Coëtmieux comprenant 5 paroisses et 2 trêves; le doyenné de Lanvollon, 6 paroisses et 3 trêves; — dans l’évêché de Tréguer, le doyenné de Lannion, 4 paroisses; le doyenné de Lanmeur, 4 paroisses et 2 trêves. — Les trois autres paroisses enclavées étaient Rimou , la Fontenelle et Saint-Rémi du Plain dans le diocèse de Rennes, provenant d’une donation du roi Childebert !•*“ mentionnée dans la 2* Vie de S. Samson. Enfin il y avait encore à l’embouchure de la Seine un autre territoire donné par le même roi comprenant quatre paroisses : Saint-Samson de la Roque , Saint-Samson sur Risle , Conteville et le Marais-Vernier.

(2) Cette lettre est adressée par le pape Jean Xlll « fratribus universis citerions Britanniœ • pour enjoindre aux Bretons de se soumettre à la métropole de Tours. Elle fut écrite à la requête d’Hardouin archevêque de Tours qui était allé à Rome. La date est établie par la mention de Conan le Tort, des comtes Hoêl et Guerech. Voir le texte dans D. Morice, Preuves, 1, 347.

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