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LES CONTRATS SANS ÉCRITURES, « LES BOUTEILLÉES

Redon, était aussi notaire (1), Mais celui qu’on rencontre le plus souvent, c’est Haëldetwid, originaire (ce semble) de RuQac, clerc d’abord, puis abbé; nombreux sont les actes du Cartulaire de Redon au pied desquels on lit : n Haeldetwid clericus, ou Haeldeiwid abbas scripsi et subscripsi. — Je Haëldetwid clerc (ou) Haëldetwid abbé, ai écrit et souscrit cet acte (2). »

Il n’était pas d’ailleurs absolument besoin de notaire pour former des conventions et conclure des marchés solides et valables; il suffisait que les parties eussent proféré devant témoins les paroles qui constituaient de leur part un engagement ferme. En décembre 837, un Breton nommé Rethwobri avait donné à Redon l’importante villa de Clegher et ses dépendances, il en fut dressé un apte écrit par Conwoion lui-mème (Conwoion scriptorj. Huit jours après, Rethwobri ajouta à cette donation celle d’un rann dit Ran Lousoc sans avoir besoin de rien écrire : il fit la tradition de ce domaine en remettant aux mains de Rihowen, moine de Redon, un symbole quelconque, très probablement une motte de terre, en même temps qu’il prononçait ces paroles :

— « Quand je Rethwobri serai mort en cette pérégrination terrestre, je veux D que ce domaine de Ran Lousoc reste à jamais, à titre d’aumône pour le salut » de mon âme, la propriété de Saint-Sauveur (de Redon) et de ses moines, sans » être sujet à aucun cens ni tribut sinon envers Saint-Sauveur (3). »

A cette déclaration assistaient douze témoins, et ainsi la donation était parfaite sans aucune écriture, reposant en cas de contestation sur la parole des témoins. Les témoins pouvaient mourir, s’absenter; d’ailleurs pour les invoquer il fallait savoir leurs noms. Aussi, au bout d’un temps plus ou moins long, quelques jours ou quelques mois, parfois plus d’un an, on se décidait presque toujours à fixer le souvenir de cette convention ou déclaration verbale dans un récit ou notice écrite contenant aussi les noms des témoins. Et comme on datait souvent, sans distinguer, l’acte et la notice du jour où celle-ci était mise par écrit, il arrive parfois que le récit de la déclaration verbale renferme des circonstances qui ne s’accordent pas avec la date : de là certaines difficultés chronologiques dont nous avons plus haut (p. 39, noie 3) un exemple notable.

Une formalité qu’en Bretagne, en ce siècle pas plus qu’aux suivants, les parties contractantes n’oubliaient guère, c’était de boire ensemble pour assurer la conclusion du marché, c Boire ensemble, dit Lobineau, étoit une des conditions essentielles des traités entre «particuliers. ^ Rarement relatée dans les actes, elle n’en était pas moins amplement observée, comme le prouve, entre autres, ce contrat de vente où, « pour les bouteillées (poticulasi que nous avons bues » ensemble (disent les parties), l’acheteur paiera 18 deniers » — ce qui était alors une grosse somme (4).

(1) En 820, c Condeloc scripsi et subscripsi, » au pied d’une vente de terre en Peillac, Cariai, de Redon, n® 212, p. 163.

(2) Haëldetwid clericus, Ibid., p. 86, 114, 120, 132, 150 , 214. - Haeldetwid abbas, p. 92, 110, 117, 118,124,155.

(3) « In sequenti sabbato , donavit Rethwobri Ran Lousoc in manu Rihowen monachi , dicens : c Ciim ego mortuus fuero in ista peregrinatione, permaneat ista snpradicta Rann Lousoc, in elemosina pro anima mea, ad Sanctum Salvatorem et monachos, sine censu, sine tributo ulli homini, nisi Sancto Salvatori. » (Cartul. de Redon, n* 177, p. 136-137).

(4) Environ 75 francs d’aujourd’hui. — En 846 : « Ad poticulas quas simul bibimus, denarios xviii (Ibid., n» 53, p. 43).

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