NOMINOE MAINTIENT LA PAIX EN BRETAGNE
à dévaster de nouveau la Bretagne, et si le gouverneur s’y opposait, on se débarrasserait de lui en l’accusant de trahison auprès de l’empereur.
Plan d’une perfidie machiavélique (avant Machiavel) et qui mit Nominoë dans une situation très difficile, ainsi décrite par un document contemporain : ft Au temps de l’empereur Louis, la discorde se mit entre les Franks et les » Bretons, parce que ceux-là voulaient de nouveau exercer leurs violences par » toute ta Bretagne, comme ils avaient accoutumé de faire auparavant; mais » le très vaillant prince Nominoë s’y opposait de tout son pouvoir (1). » En dépit de tous ses efforts, il ne réussit pas toujours à maintenir la paix. Il y eut entre les deux nations des chocs plus ou moins graves en 830, 834, 835, 837.
La sédition de 830 semble avoir été la plus importante, du moins elle fut représentée comme telle à l’empereur par son favori le chambellan Bernard, qui le poussa à aller de sa personne faire en Bretagne une expédition. Le rendez-vous de l’armée impériale fut fixé à Rennes ; Louis le Débonnaire partit pour s’y rendre d’Aix-la-Chapelle le mercredi des Cendres (2 mars 830) et se dirigea d’abord en suivant le rivage jusqu’à Saint-Omer. Là il apprit la révolte (autrement grave que celle des Bretons) des fils de son premier lit, causée par l’extrême faveur de Bernard et les intrigues de l’impératrice Judith, seconde femme de Louis, révolte qui amena, on le sait, la captivité de l’empereur. Sous le coup de ces troubles, l’armée dirigée vers Rennes et qui était arrivée à Paris, n’alla pas plus loin, l’expédition de Bretagne fut abandonnée (2) ; Nominoë étouffa lui-même la sédition bretonne, qui n’eut pas de suite.
En 833, nouvelle révolte des fils du Débonnaire, formellement déposé cette fois de la dignité impériale (qu’il reprit quelques mois après). Nominoë voyait donc ses prévisions se réaliser : l’empire des Franks se disloquait, se déchirait de plus en plus. Le moment semblait singulièrement favorable pour la revanche de Morvan et de Wiomarc’h, la tentation devait être grande pour Nominoë; cependant il ne broncha pas, il resta inébranlablement fidèle au vieil empereur dont il avait reçu sa charge et à qui il avait prêté serment. C’est que Nominoë n’était point, comme ses ennemis l’ont peint, un fourbe ni un parjure. Le serment le liait envers le prince à qui il l’avait prêté, — non envers son successeur : pour donner cours aux grands desseins politiques qui peu à peu s’étaient formés dans son esprit, il attendit patiemment la mort du Débonnaire.
Sa fidélité à l’empereur Louis semble même avoir attiré sur la Bretagne, en 834, une expédition des comtes des Marches favorables aux rebelles, qui d’ailleurs n’alla pas loin et n’eut pas grand résultat (3). La loyauté du Breton eut sa récompense en cette année même, comme nous le verrons tout à l’heure en parlant de son ami saint Conwoion.
(1) Gesta Sanctorum Rotonensium, lib. 1, cap. 12 dans Mabillon, A, SS. O. S. B. Sæc. IV, part. 2 p. 202 ; et dans D. Morice, Preuves de Vhist. de Bret., I, col. 242.
(2) Voir, sous l’an 830, les Annales de S»-Bertin et celles de Metz, dans D. Bouquet, Rec. des hist. de Fr. VI, p. 192 et 212.
(3) On ne connaît cette invasion que par une charte du Cartulaire de Redon, du 27 janvier 834, ainsi datée : « vi“ kl. Februarii, régnante domno Ludowico xx. anno ejus, Nominoë dominante Britanniam, et Francis iterum intrantibus in eam. » (Cartul. de Redon, p. 11, n» 11.)