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DEVOIRS DES PARRAINS ENVERS LEURS FILLEULS

Un autre genre d'adoption consacré par la loi religieuse, c’était le lien formé entre le parrain et l’enfant tenu par lui sur les fonts du baptême. Les devoirs du parrain en Bretagne au IX® siècle étaient sérieux et l’obligeaient de suivre, d’assiler son filleul dans les principales phases de sa vie. Ainsi quand celui-ci entrait dans la cléricature, le privilège du parrain était de faire tomber la chevelure de son filleul, ou du moins de présider à l’exécution de la tonsure cléricale qui donnait lieu à une sorte de fête, dans laquelle le parrain faisait d’habitude au nouveau clerc un présent considérable. Nous avons vu plus haut, dans le plou d’Anast (aujourd’hui Maure), vers l’an 830, l’histoire curieuse du clerc Worcomin et de son parrain larncoglin (ci-dessus p. 162). Dans le plou d’Alcam (Augan) nous rencontrons, un peu avant 867, un jeune homme du nom de Fréoc, fils de Winlowen femme de bonne race, neveu et filleul d’Arzwiu qui était en ce pays (vers Rufiac, ce semble) non un machtiern mais un noble ou notable d’importance. Fréoc ayant résolu de se faire clerc, fixa un jour pour la cérémonie de la tonsure, qui eut lieu chez lui, dans sa maison de Lis Prat en Alcam. Le parrain y assista et fit tomber sous le ciseau la chevelure de son neveu, cérémonie accompagnée d’un repas, pendant lequel Arzwiu donna à son filleul la terre de Ran Tomaioc renfermant des terres arables de 4 muids de semence, d’importantes dépendances en prés, en pacages, en terres vagues et en pièces d’eau, plus un village (villarisl ou groupe de bâtiments servant à la demeure du tenancier et à l’exploitation du domaine, bâtiments situés tout près de l’église de Rufiac. Deux prêtres, trois clercs et plusieurs laïques conviés à la fête furent témoins de cette donation. L’immeuble étant situé en Rufiac, Arzwiu se rendit le dimanche suivant avec Fréoc dans l’église de ce plou, et là avant la grand’messe il renouvela à haute voix sa donation, il en fit aux mains de son neveu la tradition solennelle, en présence des prêtres et de tous les paroissiens réunis pour assister à l’office (1).

Dom Lobineau signale le grand nombre de donations faites à cette époque aux monastères et il en indique les formes : « Ces donations (dit-il) se faisoient ordinairement en un lieu public exposé à la vue de tout le monde, en présence de témoins et avec le consentement du prince ou du seigneur du lieu, tantôt dans une église soit à l’intérieur soit à la porte, 4antôt même dans un grand chemin ; et l’on publioit la donation dans la paroisse où se trouvoient les terres données, afin que si quelqu’un s’y opposoit, on lui rendit justice. Cette publication se faisoit par les machtierns et par les autres seigneurs, comme obligés par le devoir de leur charge de conserver à chacun son bien, et d’empêcher les surprises et les usurpations. Une donation n’estoit pas censée légitime si les frères ou les enfans du donateur ne la confirmoient, et il falloit que toute la famille en parût contente, sans en excepter les petits enfans. On investissoit du bien donné

(1) « Quando totundit Fréoc clericum in Lis Prat in plebe Alcam... tradidit et cedit Arthwius dimidium Ran Tomaioc nepoti suo bis filiolo Freoc... in domo ûlioli per cibiim et potum. Et postea, in ecclesia Rufiac, die dominico, ante missam, tradidit ^tque firmavit ipsam terram nepoti suo Freoc » etc. {CartuL de Redon, n®* 45 et 157, pp. 36-37 et 121-122).

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