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LE CORPS DE SAINT HYPOTHÈME, ÉVÊQUE D*ANGERS

se mit à examiner avec ses frères comment ils pourraient s’y prendre pour se procurer le corps de quelque saint qui serait leur intercesseur près de N. S. Jésus- Christ, et leur patron, leur défenseur en ce monde et en l’autre. Pendant qu’ils priaient ardemment Dieu dans ce but, Conwoion se rendit à Angers avec deux moines, Heldemar et Louhemel, et tous trois prirent leur logement dans la maison d’un habitant de cette ville appelé Heldewald. » Celui-ci leur ayant demandé ce qu’ils y venaient faire, comme ils avaient en lui toute confiance, ils ne lui cachèrent rien de leurs intentions :

— « Nous voudrions (dirent-ils), si Dieu le permet, enlever quelqu’un des corps saints qui reposent en cette cité et le transporter dans le monastère que nous venons de construire (1). ^ — Preuve que cette histoire se rapporte aux premiers temps de la fondation de Redon.

Une pareille déclaration n’eût pas dû, ce semble, faire plaisir à un Angevin. Heldewald pourtant, assure-t-on, en ressentit une grande joie, et faisant approcher les trois moines comme pour leur révéler un secret d’importance :

— 0. Ecoutez-moi (dit-il), mes chers frères, et faites ce que je vais vous dire. En cette ville repose un très saint évêque appelé Hypotemius (2), homme incomparable, et par lequel Dieu fait beaucoup de miracles. Il y a quelques années, des moines de France /monachi de Francia) tentèrent pendant la nuit de l’emporter avec eux, ils n’y purent réussir. C’est à vous qu’il appartient de le conquérir, si toutefois le saint veut bien partir avec vous (3). Restez donc encore chez moi deux jours ; le troisième jour passé, allez à l’église où repose le saint, restez-y jusqu’à la nuit. Alors levez-vous, dépêchez-vous, agissez vivement, ouvrez le sépulcre sans bruit pour que les gardiens de l’église ne s’en aperçoivent pas. Pendant le jour, il y a toujours foule de peuple et grand concours de fidèles devant ce sépulcre ; c’est pourquoi il faut saisir, pour agir, le moment du calme et du silence. »

Conformément à ces instructions, le quatrième jour après leur arrivée, les moines s’en vont à l’église avec des instruments propres à soulever la dalle du sépulcre, « car la pierre dans laquelle gisait le saint était très grande et impossible à mouvoir (4). D’abord en chantant des hymnes ils s’approchent du tombeau ; puis ils viennent y prier en grand silence. Dès qu’ils jettent la main sur le cercueil, la pierre cède et se déplace très facilement. S’élant, par la grâce de Dieu emparés du saint corps, ils l’emportent avec eux, traversent toute la ville sans parler à personne ni que personne leur parle, et arrivent enfin sains et saufs, fort joyeux, dans leur patrie (5). »

Tel est, fidèlement traduit, le récit de l’antique historien de Redon. Il y reste certaines obscurités. Comment les moines purent-ils demeurer seuls dans l’église

(1) « Hœc est volantas nostra, si Deus permisisset, unum, de sanctis corporibus qaœ in bac civitate requiescnnt , nobiscum auferre et ad nostrum monasterium nuper œdiftcatum deducere » {Gesta SS. Hoton. lib. II, cap. 9, dans D. Morice Preuves I, 250).

(2) C’est le nom que lui donnent constamment les Gesta SS. Rotonensium, mais on l’appelle plus communément Apothemius.

(3) « Si ipse sanctus voluerit ut vobiscum eat » f Ibid. J.

(4) « Quia lapis in quo jacebat sanctus, magnus erat et immobilis, et vix moveri prie magnitudine poterat. » (Ibid.) — Ce devait être un sarcophage ou cercueil de pierre de l’époque gallo-romaine.

(5) Gesta SS. Roton. lib. Il, cap 9, dans D. Morice Preuves I, col. 251.

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