RITES FUNÉRAIRES, SARCOPHAGES
un brancard, et des porteurs, parfois parents ou amis du défunt, le chargeaient sur leurs épaules et le conduisaient au lieu de la sépulture. Ce cercueil était le plus souvent en bois ; cependant depuis les derniers temps de l’époque romaine jusqu’aux XI®, XII® siècles, beaucoup de corps, surtout ceux des personnages de quelque importance, furent déposés, on le sait, dans des sarcophages de pierre ; mais quand on songe que plusieurs de ces sarcophages sont composés de six pierres simplement juxtaposées, que quelques-uns même sont rallongés au moyen de briques, il est difficile d’y voir le cercueil (feretrumj qui servait à la cérémonie funèbre. Il faut probablement distinguer le feretrum du sepulchrum : celui-là d’un poids maniable, celui-ci très lourd coffre de pierre difficile à transporter, qui attendait au lieu de la sépulture le mort que lui apportait le feretrum, et dont le sepulchrum devait être la demeure définitive.
On rencontre encore çà et là en Bretagne, dans quelques coins d’églises ou de vieilles chapelles, de ces sarcophages en pierre formant le plus souvent un coffre monolithe de 2 mètres à 2 mètres 50 de long sur 60 à 80 ou 90 centimètres de large, souvent la place de la tête marquée en creux et le coffre s’étrécissant de la tête aux pieds. Le calcaire coquillier ou la pierre calcaire ordinaire, le schiste, le granit fournissent, selon les lieux, la matière de ces vénérables sarcophages ; ceux de l’époque carolingienne et ceux de l’époque mérovingienne se ressemblent beaucoup ; je doute que les caractères indiqués par quelques archéologues pour distinguer une époque de l’autre soient bien assurés.
Les Bretons de ce temps marquaient le lieu de leur sépulture par un genre de monuments dont il existe encore en Bretagne d’assez nombreux spécimens. On leur a donné le nom de lec*h (prononcez lefh) qu’on trouve dans les vieilles poésies galloises pour désigner un lieu funéraire. Il y en a de deux sortes,^es 1er* h hauts et les 1er* h bas. Les premiers sont des piliers de pierre, qui se distinguent essentiellement des menhirs préhistoriques en ce que ceux-ci sont demeurés bruts, non taillés, tels qu’on les a tirés de la carrière, au lieu que tous les ler’hs ont été taillés, la main de l’homme s’est efforcée de leur donner une forme régulière se rapprochant en général plus ou moins de la forme pyramidale. L’aspect le plus fréquent est celui d’une pyramide à quatre faces, aux angles rabattus ou épannelés, au sommet arrondi ou aplati. Quelques-uns sont des cônes tronqués assez réguliers, d’autres cannelés, d’autres assez semblables à des fuseaux, à des quenouilles, en ont même reçu le nom (1). La hauteur varie de 80 centim.
ante beati viri pertulerunt sepulcrum.... Factum est autem, cum omnes hune ad sepeliendum déferrent, pro foribus ecclesiæ cœlitus pristinæ redditus est vitœ. Cum omnes qui ipsum suis deferebant humeris feretrum quo jacebat hue illucque fluctuari sentirent, ad terram déponentes miserunt. Isdem vero confestim cilicium simul cum linteo, quibus erat accinclus, coram circumstante populo dissolvit, et sudarium quod fuerat super capiit ejus a se removit, et exiliens et laudans Deum, sanum et incolumem omnibus se manifestavit. » (Mé/n. delà Société Archéol. des Côtes-du-Nord , 2* série, t. IV, p. 255-256, Miracula S. Maglorii, § 30). — « Cilicia Arabes nuncupant velamenta pilis caprarum contexta, ex quibus sibi tentoria faciunt > (Isid. Hispal. Origin. xix, 26). Sidoine Apollinaire {Epistol. II, 9 et IV, 24) nomme ces tentures Cilicum vêla, parce qu’on attribuait l’invention de cette étoffe aux Cilicieiis; voir les notes sur ces deux passages de Sidoine dans l’édition de Savaron, p. 136 et 145, 289 et 293. ^
(1) M. Rosenzweig dans sa Statistique archéologique de Varrond, de Lorient (1860, In-8«, p. 35) signale, en Locoal-Mendon , « près du village du Plec, » un lec’h t de forme cylindrique de 3™ de hauteur et 1™ 90 de circonférence connu dans le pays sous le nom de Queguil Brehet (Quenouille de Brigitte), » et un autre assez voisin dit Gourhet Brehet (Fuseau de Brigitte), haut de 0“75, large de 0"> 35 , épais de 0*° 25.
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LES LER’hS, monuments FUNÉRAIRES DES BRETONS.
OU 1 mètre à 2 mètres 60, 3 mètres au plus. Beaucoup portent sur leur surface des croix gravées, les unes pattées et à branches égales, les autres montées sur des hampes ou inscrites dans des cercles : toutes ces croix assez caractérisées pour n’être pas confondues avec des œuvres du même genre postérieures aux IX® et X® siècles. Parmi ces ler’hs, il en est certainement d’antérieurs à Tan 800, car on ne peut douter que ce genre de monuments, qui existait dès le V® siècle dans rile de Bretagne, n’ait été introduit en Armorique au temps des émigrations bretonnes. Mais dans les inscriptions que l’on rencontre sur plusieurs d’entre eux, le caractère de l’écriture dénonce le IX® siècle, d’où l’on peut conclure que la plupart des ler’hs venus jusqu’à nous se rapportent à cette époque. Ces inscriptions débutent habituellement par le mot crux iCroix}, fort mal orthographié la plupart du temps et suivi du nom du personnage inhumé sous le ler’h. Sur l’un de ces monuments, à Langonbrach en la commune de Landaul, on lit : crox brit... ET MULiERis etc. ; — à Kervili en Languidic : crax harenbiuib... ; à l’entrée du pont de l’ile de Locoal, en Locoal-Mendon : crouxx prostlon, mais il ne peut s’agir là de la femme de Pascweten qui avait, nous le savons, sa sépulture au monastère de Redon. — Parfois , le mot lapis /pierre/, à un cas quelconque , remplaçait crux, par exemple dans le ler’h de Crach Qguré en tête de ce chapitre : LAPiDEM HERANNUEN etc. — Dans le cimetière de PlouagabChàtelaudren, il y a une pierre en forme de pyramide tronquée, quadrangulaire d’un mètre de hauteur, portant sur une de ses faces un seul mot, vormvini, sans doute le nom du Breton gisant sous ce ler’h, et sur une autre face une Qgure au trait, grossièrement gravée, qui avait probablement l’intention de rappeler tellement quellement la physionomie du défunt.
Les ler’hs bas atteignent au plus 80 centimètres de hauteur et sont souvent moins élevés. Ils ressemblent à des bornes au sommet arrondi, parfois même à de grosses boules tronquées, plutôt qu’à des piliers et des pyramides. Comme ils se rencontrent presque toujours — ainsi que les ler’hs hauts — dans des cimetières ou au proche voisinage d’églises ou de chapelles ; comme beaucoup d’entre eux portent des croix gravées, on ne peut voir en eux autre chose que des monuments funéraires.
Ces ler’hs, hauts ou bas, — dit le premier révélateur en notre Bretagne de ces curieux monuments (1), — ces ler’hs, cc ils sont innombrables autour des églises et des chapelles bretonnes, Et de fait, dans le seul département du Morbihan, un autre explorateur en signale environ 150 (2).
Il était bon d’insister sur ces curieux monuments spéciaux à la race bretonne,
(1) Ce révélateur est M. Charles de Kerauflec’h. qui le premier parmi les archéologues bretons a ÿarlé de ces monuments et en a décrit les plus curieux dans les Congrès de l'Association Bretonne de 1855, 1857, 1858; il faut voir surtout son mémoire intitulé Les lec*hs des anciens Bretons, lu au dernier de ces congrès et imprimé dans le Bulletin archéologique de V Association Bretonne, t. VI (année 1858), p. 329 à 345.
(2) Voir Rosenzweig (archiviste du Morbihan) , Statistique archéologique des arrondissements de Lorient, — de Napoléonoille (Pontioi), — de Vannes, — et de Ploërmel, publiée dans le Bulletin de la Société archéologique (aujourd'hui polymathique) du Morbihan, années 1859, 1860, 1861, 1862. M. de Keranflec’h et M. Rosenzweig sont les deux premiers archéologues qui ont fait connaître les ler'hs ; c'est eux qu’il faut lire sur ce sujet. Sur les 150 ler’hs du Morbihan , il y en a 65 hauts et 80 à 85 has. Hauts ou bas, les arrondissements de Vannes et de Lorient comptent ensemble 135 à 140 de ces monuments ; ceux de Ploérmel et de Pontivi n'en ont que 10 à 15.