‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 24 sur 392 · MALGRÉ LES COMTES DE LA MARCHE FRANKO-BRETONNE · texte numérisé non relu

MALGRÉ LES COMTES DE LA MARCHE FRANKO-BRETONNE

En 836, de nouvelles provocations des Franks amènent de la part des Bretons des représailles, que Nominoë réprime promptement (1). Les comtes franks veulent s’en autoriser pour envahir de nouveau toute la Bretagne et la remettre à feu et à sang. Nominoë, poussé à bout, entre en lutte ouverte avec ces odieux envahisseurs; il envoie à l’empereur une députation pour lui faire connaître l’état des choses et lui demander si c’est par son ordre que se commettent ces violences et que l’on renouvelle, contre toute justice, la prétention de piller, de brûler, de ruiner les Bretons (2). L’empereur donne raison à Nominoë. Et néanmoins, ces enragés comtes des Marches, soutenus par un fort parti à la cour impériale, reprennent dèg l’année suivante (837) leurs perfides invasions. Irrités de ces provocations incessantes, les Bretons cette fois encore repoussent la violence par la violence, et leurs ennemis arrachent à l’empereur l’ordre de diriger contre, la Bretagne une nouvelle expédition (3). Nominoë n’avait pu prévenir cet orage, il sut en arrêter les effets. Les Bretons s’étaient emparés, près de leurs frontières, de quelques terres des comtés voisins; Nominoë les fit rendre. Il donna des otages, il redoubla d’assurances de fidélité, il conserva le gouvernement des Bretons — et cette épreuve fut la dernière. Depuis lors jusqu’à la mort de Louis le Débonnaire (20 juin 840), la Bretagne ne fut plus troublée et jouit d’un repos complet.

Donc sur ce point encore, à travers les obstacles les plus rudes, Nominoë atteignit son but. Grâce à lui, la Bretagne jouit de la paix pendant quatoi-ze ans (826-840) et se trouva, au jour des grandes luttes, non seulement toujours vaillante, mais solide, réconfortée, en possession de toutes ses forces.

§ 2. — - La conquête d'une frontière.

Dans la frontière bretonne, telle qu’elle était lorsque Nominoë prit le gouvernement de la Bretagne, il existait, vers l’angle sud-ouest, une large trouée, lamentable, fatale pour la défense du pays : c’était Vannes et la partie de son diocèse située entre cette ville et la Vilaine, ce que nous avons fréquemment appelé le Vannetais gallo-frank. De tout temps, sous Waroch, sous Pépin, sous Morvan, de tout temps cette brèche avait été et devait être, tant qu’elle subsisterait, le chemin fatal de l’invasion, le défaut de la cuirasse de la Bretagne, par où le fer de l’ennemi pouvait entrer, glisser jusqu’au cœur. Pour marcher aux luttes futures avec chance de succès, il fallait nécessairement clore cette trouée.

Sous les Mérovingiens, ce terrain intermédiaire, ce border sans cesse foulé hostilement en sens contraire par les deux races qui y venaient d’accord commun vider leurs querelles, devait être fort peu habité : qui se fût soucié de

(1) Vit. Ludov. Pii auct. Astronomo, cap. 56, dans D. Bouquet, VI, p. 119.

(2) « In tempore Ludovic! imperatoris... Franci volebant per vim totam Britanniam occupare, sicut ante solebant lEacere. Sed fortissimus princeps Nominoë, quantum valebat, illis contradicebat. Eodem tempore, transmisit legatos suos ad eundem imperatorem, qui ei dicerent : Utrum ex jussione illius hœc ita essent? » (Gesta SS. Roton. lib. I, cap. 12, édit. Mabillon, p. 202; D. Morice, Preuves 1, 242.)

(3) Annal. Berlin, anno 837, dans D. Bouquet, Vl, p. 199.

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