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FONDATION DU MONASTÈRE DE DÉAS (AVANT

ment civilisateur, il était dans ces hordes de bandits affamés de meurtre et de pillage, lancées presque tous les ans par la Norwège et le Danemark sur le centre et sur le Midi de l’Europe, et que les écrivains de ce temps désignent d’habitude sous le nom générique et exécré d’hommes du Nord, Northmanns, Normands.

§ 2. — Les Normands et les moines. — Le Monastère de Déas.

Dans la première moitié du IX« siècle, jusque vers 860, c’est surtout la Loire et les pays qu’elle traverse qui eurent à souffrir des ravages de ces pirates, non seulement le pays Nantais au Nord du fleuve , mais aussi l’Outre-Loire, pays de Retz et d’Herbauge (1), entré dans le royaume de Bretagne en 850, mais déjà avant cette date en rapports fréquents avec les Bretons, dont l’influence s’y faisait sentir sous diverses formes. Dès le VIR siècle les marins bretons visitaient souvent cette région, sans doute pour y faire quelque négoce, vendre leur grain et s’approvisionner de sel. L’illustre saint Philibert, qui fonda en 674 le monastère d’où l’île d’Her, contiguë à la côte du pays de Retz, a tiré son nom de Her-moutier, Ner-moutier, puis Noirmoutier, — saint Philibert vit plus d’une fois, de 674 à 684, les Bretons aborder dans son île (2), et ces relations maritimes et commerciales persistaient — nous en aurons la preuve — dans la première moitié du IX» siècle.

A cette époque les pirates normands s’étaient déjà montrés sur ces côtes; la situation de l’ile d’Her ou Noirmoutier, si commode pour des écumeurs de mer, devait fortement les attirer ; ils avaient fait de bonne heure contre elle des tentatives, et quelques années avant 819, l’abbé de Noirmoutier Ârnulf, craignant de nouvelles attaques, s’était résolu à préparer sur le continent, à bonne distance de la côte, pour lui et pour ses moines, un asile moins exposé aux insultes de ces odieux forbans. Sur un sol appartenant à l’abbaye, à dix lieues de la mer ou environ, il édifia on monastère et une église. Le lieu portait de vieille date le nom de Déas, mais était jusque-là sans importance, un hameau tout au plus (3). La situation ne laissait pas d’être avantageuse, à l’extrémité Sud do lac de Grandlieu, à l’embouchure du cours d’eau le plus important qui s’y déverse, la Boulogne, et par cette rivière et par le lac en communication aisée avec l’intérieur dans toutes les directions. L’utilité de ce refuge fut reconnue par l’empereur Louis le Débonnaire, car le 15 mars 819, un diplôme de ce prince, donné sur la requête d’Ârnulf, permit à cet abbé de faire une prise d’eau dans la Boulogne, même de couper une chaussée formant la voie publique pour amener cette eau sans obstacle au monastère de Déas, à la condition toutefois

(1) Pagus Ratensis, pagus Arbatilicensis , Arbatilicm , Herbadilicm.

(2) Vit, S. Filiberti, auctore anonymo subæquali, § 27 et 28, dans Boll. Aug. IV, p. 80, édit, de Paris.

(3) « In loco ci^us vocabulum est Deas i» dit la charte de Louis le Débonnaire de 819, dans D. Bouquet , Rec, des hist, de Fr, VI , 516. — c In locum qui antiquo vocabulo Deas nuncupantur » (Ermentharii Translatio S. Filiberti, in prœfat., dans Mabillon, Acta SS, ord. S, Bened., Sœc. IV, parte 1>, p. 539). Ce nom locus, donné à Déas, montre qu’il n’y avait là ni paroisse, ni église, ni groupe d’habitation de quelque importance qui eût été qualifié villa.

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