‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 234 sur 392 · EST TRANSFÉRÉ DE NOIRMOUTIER A DÉAS (EN · texte numérisé non relu

EST TRANSFÉRÉ DE NOIRMOUTIER A DÉAS (EN

tire des Pyrénées. Le couvercle de même matière, aussi d’une seule pièce, figure un toit à double pente d’un angle peu accentué; pas d’autre ornement qu’une petite croix gravée à la tête. — Au chant des hymnes on transporta processionnellement ce précieux cercueil et son plus précieux contenu, on le mit sur une barque ; d’autres bateaux reçurent les moines, et au bout de quelques minutes toute la flotille prit terre de l’autre côté du détroit au port de la Fourche, à peu de distance du lieu d'Ampenn répondant au bourg actuel de Beauvoir. Dans l’histoire de la Translation de saint Philibert, écrite par Ermenther, moine de Noirmoutier et témoin oculaire, Ampenn, est qualifié villa, ce qui implique un village de quelque importance , centre d’un domaine considérable et, nouvelle preuve d’importance, ce village possédait une église. Le tout appartenait aux moines de Noirmoutier. Ils installèrent le sarcophage dans l’église et il y resta trois jours. Pendant ce temps nombre de malades et d’infirmes — boiteux, aveugles, paralytiques — vinrent vénérer le saint corps et demander leur guérison, en s’efforçant de toucher le brancard (scala! sur lequel était posé le sarcophage et la toile de lin dont il était couvert (1); d’autres buvaient du vin où avait trempé le pied de la crosse abbatiale (baculus! de saint Philibert (2). Selon Ermenther, tous furent guéris.

D’Ampenn à Déas — ou de Beauvoir à Saint-Philbert de Grandlieu — il y a environ 35 kilomètres (3). L’énorme poids du sarcophage, porté sur les épaules des diacres et des moiues contraints de se relayer, de se reposer fréquemment, obligea de fractionner ce trajet en trois étapes : les deux stations intermédiaires furent Varinna (4) et Pains, qualifiées l’une et l’autre locus (lieu) dans Ermenther; à peine s’y trouvait-il quelques cabanes. Dans le trajet d’Ampenn à Varinna, le cortège grossi par une foule de gens du pays fit deux haltes, l’une à midi, l’autre plus tard, et il arriva vers le soir à Varinna (5). Rien n’y était préparé pour le recevoir ; les moines durent dresser eux-mêmes des tentes pour abriter le sarcophage et pour se loger.

Le lendemain matin, dès l’aube, la pieuse caravane se remit en marche; Ermenther la montre traversant la campagne pendant que le soleil monte sur l’horizon, en tête des chœurs de religieux chantant des psaumes, derrière eux un long cortège de moines et de peuple, au milieu duquel s’avance comme en triomphe le saint corps (6). Dans ce second trajet dirigé vers Palus il n’y eut pas

(1) Sanctissimnm corpus poniturin navi, cursu citissimo fertur ad portum qui Furcæ yocatur. Inde vero sacerdotum , levitarum simul et monachorum humeris elevatum y ad Ampennum , suam defertur villanif atque in ecclesia coUocatur. Fit populi concursus non modicus, gaudent omnes vel scalam qua vehebatur, seu etiam linteum quo tegebatur, se posse contingere » (Ennent. lib. I , cap. 2 y éd. Mabill. p. 540).

(2) « De vino in quo ablutus beati confessons baculus fuerat » (Erment. 1,9, Ibid. p. 541).

(3) De Beauvoir à Bois de Cené 12 kilom., de Bois de Gêné à Paulx 11 kilom., et 12 kilom. de Paulx à Saint-Philbert.

(4) Varenna ou Varinna, plur. Varennœ ou Varinnœ. On trouve toutes ces formes. — On identifie ordinairement Varinna avec Bois de Cené ; cependant Bois de Cené est à peu près à égale distance de Beauvoir et de Paulx. Or, dans le trajet d’Ampenn à Varinna le cortège fait deux haltes ; tandis qu’il va tout d’un trait et assez promptement de Varinna à Palus , ce qui prouve que Varinna devait être beaucoup plus près d’Ampenn (Beauvoir) que de Palus (Paulx), et dès lors ce ne serait pas Bois de Cené.

(5) Voir Erment. Transi. S. Philib. I, cap. 10, 11, 13, éd. MabUl. p. 541, 542.

(6) « Cum aurora tenebras cœlo depulisset, sole jam altius ascendente, choris psallentium præeuntibus atque universo agmine subséquente, tendimus ire ad locum réception! prseparatum qui Palus nuncupatur ; ibi namque tentoria fixa erant » (Erment. I, 17, Ibid, p. 542).

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