‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 235 sur 392 · ARRIVÉE TRIOMPHALE À DÉAS, ÉNORME AFFLUENCE DE PEUPLE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE TRIOMPHALE À DÉAS, ÉNORME AFFLUENCE DE PEUPLE

de halte, et Ton arriva au but d*assez bonne heure, car avant le soir le saint eut le temps d’y faire huit miracles, et parmi les infirmes guéris de la sorte il y eut un sourd-muet nommé Bernefred qui, avant de recouvrer la parole « resta (dit Ermenther) longtemps étendu à terre près du sarcophage (1). » Là, d’ailleurs, on avait fait des préparatifs et dressé des tentes d’avance pour recevoir les religieux et leur précieux fardeau.

Néanmoins le lendemain, 12 juin 836, à l’aurore, les moines quittant Palus se dirigèrent vers Déas; dès qu’ils y furent arrivés, le sarcophage fut déposé au milieu de l’église construite par l’abbé Arnulf (2). Cette entrée du saint dans sa nouvelle demeure fut un triomphe; une foule énorme, émue et joyeuse, se pressait à ce spectacle, s’étouffait pour pénétrer dans la basilique. Les jours suivants, ce fut mieux encore. Le bruit des guérisons obtenues par l’intercession du saint à Ampenn, à Varinna, à Palus, s’était répandu au loin; de vingt lieues à la ronde on accourait vénérer, supplier ce puissant ami de Dieu, — les bien portants implorant, par lui , le pardon de leurs fautes, les malades et les infirmes le recouvrement de leur force et de leur santé.

Ermenther nous les montre affluant vers Déas de tous côtés, dans toutes les attitudes et dans tous les équipages, a les uns sautillant sur un seul pied, les » autres sur des béquilles, les culs-de-jatte s’accrochant à leurs escabelles, ceux-ci » en chariot, ceux-là dans de grands paniers formant litière, d’autres en chaise » à porteurs, etc. (3) » Toutes les routes en étaient couvertes, et comme, selon Ermenther, presque toutes les demandes de guérison étaient exaucées, ce concours se renouvelait constamment, cette foule incessamment accrue ne cessait de se presser autour du sarcophage qui, descendu de son brancard, avait été installé dans l’aile droite de l’église, c’est-à-dire — l’église de l’abbé Arnulf ayant la forme d’une croix, — dans le bras droit du transept, tandis que dans le bras gauche on avait déposé le brancard dont l’attouchement passait pour opérer des miracles (4), si bien que vers le brancard comme vers le sarcophage se portait constamment l’affluence foisonnante, bourdonnante des pèlerins, dont le bruit, les poussées, les gémissements plaintifs, les prières souvent faites à haute voix, ne pouvaient manquer de troubler gravement les psalmodies, les cérémonies de l’office monastique qui se célébrait dans le chœur, à deux pas de là. L’abbé Arnulf, en construisant son église, n’avait pas prévu qu’elle deviendrait un jour l’asile d’un corps saint ; il n’y avait ménagé (comme on le faisait d’habitude en pareil cas), pour loger le précieux cercueil, ni crypte ni caveau où l’on pût le visiter sans troubler les offices de l’église. Nous dirons plus loin comment l’abbé Hilbod remédia à cet inconvénient.

(1) « Hic vero (Berncfredus) diu prope venerabilem recubans tumulum » (Erment. 1, 21, Ibid. p. 543).

(2) c Cum moDasterium (Deas) ingressi fuissemus atque in medio ecclesiœ, quœ est instar crucis constructa, scalam cum sacro tumulo in quo sanctissimum corpus habctur deposuissemus , turbis undique conflucntibus atque intro ingredi cupientibus » etc. (Erment. 1, 25, éd. Mabill. p. 543; édit. Maître I, 24, p. 133.) — A la suite d’un excellent Rapport sur rétablissement de Déas, sur la translation des reliques de saint Philibert, et sur Vâge de Véglise de Saint- Philbert de Grandlieu, M. Maître, archiviste de la Loire-Inférieure , a réédité, avec traduction française , le premier livre de la Translation des reliques de S. Philibert d’Ermenther, dans le Bulletin de la Société archéologique de Nantes, tome XKXV (année 1896), p. 115-173 ; c’est là ce que nous appelons « l’édition Maître. »

(S) Voir Erment. I, 38, édit. Mabill. p. 544; I, 27 édit. Maître p. 135.

(4) Erment. 1, 29, Mabill. p. 544 ; I, 28, Maître 136.

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