‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 239 sur 392 · LE TRANSEPT, LA CRYPTE, LE SARCOPHAGE · texte numérisé non relu

LE TRANSEPT, LA CRYPTE, LE SARCOPHAGE

époque. Elle est donc nécessairement du IX® siècle. Elle en est encore nécessairement à cause de ses dimensions : c Cette église (dit M. Maître) a 54 mètres de 9 longueur, 8 mètres de largeur sans compter les bas-côtés, qui ont chacun B 2 mètres 75. L’architecte n’a pu concevoir ce vaste plan qu’à l’époque où il y B avait là une communauté à loger et une grande affluence de pèlerins à recevoir. B Après le IX® siècle l’abbaye est tombée au rang de prieuré desservi par deux B ou trois religieux, qui n’auraient jamais pu entreprendre une pareille cons- B truction (1). b Enfin, d’après toutes les circonstances du récit d’Ermenther, cette église est certainement l’œuvre des deux abbés Arnulf (avant 819) et Hilbod (836).

Ce qui reste de l’œuvre d’Arnulf, c’est la nef et le chœur. L’œuvre d’Hilbod, c’est d’abord le transept dont il doubla la profondeur, où il éleva les quatre grands arcs de l’intertransept (ou carré central) dont trois subsistent encore et dont la courbe très développée est d’une élégante hardiesse ; dans le mur E^t de ce transept furent ménagées deux absidioles. Mais la partie la plus importante de l’œuvre d’Hilbod ce sont les constructions édifiées par lui pour loger le sarcophage de saint Philibert et pour en faciliter l’accès aux pèlerins. D’après les règles liturgiques, le corps saint devait être placé sous l’autel. Hilbod releva donc fortement l’aire du chœur ; en dessous il fit construire un caveau ou couloir voûté assez étroit dont le plan figure une croix à trois branches, et au centre de ce caveau il plaça le sarcophage — qui y est encore. Autour du chevet il ajouta un déambulatoire terminé par trois absides placées en arrière et au-dessous du chevet, et dont le sol était de niveau avec celui de la crypte. En face de celle de ces trois absides située dans l’axe de l’église, un passage était ménagé vers la crypte, mais s’en trouvait séparé par un mur transversal formant le fond de ce passage, mur percé d’une petite fenêtre — qui existe encore — ayant vue sur le sarcophage du saint (2). Outre cette fenêtre, le couloir, crypte ou caveau renfermant le sarcophage « était éclairé par deux oculi (petites ouvertures circulaires) pratiqués B dans les voûtes d’arête qui couvrent ce couloir; on pouvait encore l’éclairer B en y descendant deux lampes par le sommet de deux niches étroites ménagées B aux deux extrémités (3). b

Une porte extérieure devait donner accès dans l’arrière-chevet qu’on vient de décrire et permettre aux pèlerins d’arriver près du tombeau sans traverser l’église et troubler l’office des moines. Il était facile d’ailleurs, en cas d’alerte, de dissimuler complètement l’existence de la crypte ; il suffisait pour cela de murer le passage conduisant à la fenêtre, de boucher les oculi et l’orifice des niches, ce qui pouvait se faire en très peu de temps. Dès lors, les murs enveloppant

(1) L. Maître, Rapport sur Déas, Ibid., p. 87.

(2) « Je toame autour de l’abside par le déambulatoire, et J’arrive devant une vaste baie en plein cintre pratiquée juste dans Taxe principal , qui me conduit à une lucarne carrée par laquelle mes yeux plongent dans une sorte de cave étroite et sans lumière. Les contemporains d’Ermentaire n’avaient pas d’autre moyen de regarder le tombeau du saint, et il leur était impossible d’en approcher davantage » (Léon Maître, Rapport sur Déas, dans Bull, de la Soc. archéol. de Nantes, XXXV, p. 94).

(3) LÀ>n Maître, Rapport sur Déas, Ibid. p. 95. ~ Notre description de l’église carolingienne résume à la fois les notions fournies par l’étude très complète , très intéressante de M. Léon Maître et les impressions d’une visite que nous avons laite — en sa compagnie, en celle de M. Le Meignen, président de la Société archéologique de Nantes , et de plusieurs autres membres de la même Société ~ à ce monument exceptionnel.

Page 1