‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 246 sur 392 · DIVISION DE LA BRETAGNE ENTRE GURWANT ET PASCWETEN · texte numérisé non relu

DIVISION DE LA BRETAGNE ENTRE GURWANT ET PASCWETEN

ce prince étant due à une révolte contre l’institution de la royauté suprême en Bretagne, le lendemain de sa chute fut le triomphe des ennemis de cette institution et dut voir effectivement tous les comtes bretons se proclamer rois chacun chez lui. Mais les chefs de l’entreprise, Pascweten et Gurwant, ne l’entendaient point ainsi; ils voulaient maintenir à leur profit les honneurs et les prérogatives essentielles de la royauté. Outre qu’ils avaient été la tête et le bras de la révolte, leur droit à la succession royale était évident. Des deux fils de Salomon, Riwallon et Wigon, le premier était mort avant son père, l’autre fait prisonnier par les rebelles avait disparu dans la catastrophe finale. Le seul enfant encore vivant du malheureux roi, c’était sa fille Prostlon, femme de Pascweten. Gurwant de son côté était marié à la fille d’Erispoë. Chacun de ces deux chefs, par son épouse, était donc héritier de l’un des deux derniers rois de Bretagne. Aussi au premier moment, contre cette meute aboyante des comtes qui voulait raser par le pied l’institution royale iis s’unirent, ils convinrent de partager entre eux deux et la royauté et la Bretagne ; et comme ils étaient euxmêmes les plus puissants des comtes, ils forcèrent les autres à reculer, ils se proclamèrent princes ou rois de Bretagne, ils furent reconnus pour tels, et les actes publics furent ainsi datés : < Régnant sur la Bretagne Pascweten et Gurwant (1). »

Pascweten, déjà sous Salomon comte du Bro-Weroc, y joignit, à titre de domaine propre, le comté de Nantes (2) ; ainsi il eut pour sa part le Sud de la Bretagne, avec, sans doute, la suzeraineté de la Cornouaille. Gurwant eut le Nord : au témoignage de Réginon, il possédait le comté de Rennes (3) comprenant dès lors les territoires du diocèse d’Aleth et du Poutrocoët ; il avait ou devait avoir sous sa suzeraineté l’Ouest de la Domnonée c’est-à-dire les comtes de Pentevr et de Goëlo, et au delà encor celui de Léon. Mais ces comtes et aussi celui de Cornouaille, qui, selon la chronique citée plus haut, se prétendaient chacun chez soi roi et souverain, ne pouvaient être que des vassaux forts récalcitrants.

Entre Gurwant et Pascweten l’union dura peu. On se brouilla bientôt pour le partage, chacun voulant augmenter sa part aux dépens de l’autre, ou plutôt évincer son rival pour rester seul roi. Dans cette lutte Pascweten avait de grands avantages. Gendre de Salomon et gendre chéri, en possession de toute la confiance, de toute la faveur de ce prince, il avait dès lors et depuis longtemps une grande situation politique, une nombreuse clientèle, beaucoup d’amis. Excellent diplomate — négociateur du traité de Compiègne de 867 si avantageux pour la Bretagne (ci-dessus p. 89-90) — il n’était pas moins fin politique dans ses relations avec ses compatriotes : en 862, durant une grosse maladie de Salomon, il se tenait près de son lit pour le soigner et faisait de grosses donations aux églises

(1) « Régnante Pascweten et Worhwant Britanniam > — acte du 29 Juin 875 {Cartul. de Redon, n* 236, p. 184). Et un autre acte, du août 875, porte : « Pascuethen et Gurwant ipsum Salomonem perimerunt et postea ipsius regnum obtinuerunt et inter se diviserunt » [Ibid,, n» 243, p. 194).

(2) C’est prouvé par les chartes de Redon. On voit Pascweten, en qualité de « prince de Bretagne, princeps Britanniœ, » exercer son autorité en Bain près Redon (Bro-Weroc), et donner au monastère de Redon des terres situées en Fulkeriac (Fougerai) et en Wenran (Guérande) au comté de Nantes, et d’antres dans le plou de Gabla, aujourd'hui Pléaule ou Péaule (Bro-Weroc). Voir Cartul. de Redon , no- 260 (8 janvier 876), 261 (874-876), 262 (19 juin 875), p. 209-210, 210-212, 212-213.

(3) Réginon ne lui donne pas ce titre, mais son récit prouve que Rennes était sa capitale (Regin. Chron. lib. 11, édit. 1566, f. 43). Le no 243 du Cartul. de Redon (p. 194) met dans le partage de Gurwant la paroisse de Pléchâtel, qui faisait partie du comté de Rennes.

Page 1