‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 248 sur 392 · BATAILLE DE RENNES GAGNÉE PAR GURWANT · texte numérisé non relu

BATAILLE DE RENNES GAGNÉE PAR GURWANT

troupes démoralisées, vaincues d’avance, l’abandonnèrent; bientôt il ne lui resta qu’un millier d’hommes. — A ce moment on annonce la marche sur Rennes de l’armée ennemie, forte de plus de trente mille hommes. A cette vue, les mille guerriers de Gurwant — les braves des braves — viennent lui représenter qu’une lutte dans ces conditions serait on combat de fous, pour tous une mort certaine sans aucun profit; ils le supplient de battre en retraite ;

— c A Dieu ne plaise, braves compagnons (dit Gurwant), que je fasse en ce jour ce que je n’ai jamais fait et que je tourne le dos à l’ennemi. Plutôt une mort glorieuse qu’une vie honteuse (1) ! Mais pourquoi vous croire vaincus d’avance? Marchons à l’ennemi. Ce n’est pas le nombre qui donne la victoire, c’est Dieu I »

Enflammés par ces paroles, c les mille, > suivant leur chef, se jettent sur les trente mille en poussant des cris terribles. Gurwant avec son petit bataillon rompt les lignes adverses, s’enfonce comme un coin au plus épais de la mêlée, disloque tous les corps de troupes; sous ses coups et ceux des mille, « les ennemis

> (dit Réginon) tombent comme l’herbe des prés sous le tranchant de la faulx ,

> comme la moisson sous une grêle furieuse. Rarement dans aucun pays , dans

> aucune bataille , il coula autant de sang (2). Voyant égorger les siens comme » un vil bétail, Pascweten s’enfuit avec une petite troupe échappée à grand

> peine au massacre. > Les Normands — c’était encore des Normands d’Hasting — ne tinrent pas mieux que les autres, toutefois une partie d’entre eux se sauvèrent dans l’abhaye de Saint-Melaine voisine du champ de bataille, s’y fortifièrent « à la mode normande (3), » puis dans la nuit réussirent à s’évader et à regagner leurs barques mouillées, à quelque distance de la ville, dans la Vilaine. — c Ce combat fut livré (dit Réginon) dans les champs qui touchent la

> cité de Rennes. » La « cité > enfermée dans ses murs gallo-romains ne s’étendait pas alors vers l’Est plus loin que le Champ-Jacquet et les rues actuelles de Chàteaurenault, de l’Horloge et de Rohan. Entre cette ligne, à l’Oùest, la Vilaine au Sud, Saint-Melaine au Nord, fut le théâtre de cette merveilleuse victoire , qu’on peut placer avec vraisemblance dans l’été de l’an 875 (4).

Le 19 juin de cette année, Pascweten était allé à Redon faire aux moines et au Sauveur, divin patron de l’abbaye, d’importantes donations de terres, probablement avant la bataille pour se rendre Dieu favorable. Le l*' août suivant, Gurwant y vint à son tour et déposa sur l’autel un don encore plus considé-

(1) C Melius nobiliter mori quàm ignominia vitam servare » (Reginonis Chronicon ad ann. 874, édit. 1566, f. 42 v»). Cest exactement la devise bretonne ; Potius mori quam fœdari,

(2) « Wrfandus in confertissimam hostium aciem irrumpit, et veluti herba pratorum recisa ante acnmen talcis cadit, et ubeirimœ segetes procella tempestatis desœviente prostemuntur, ita ferro cædit sternitque omnia. Raro in ullo regno, |n ullo prælio, tantum sanguinis fusum est. Pasquitanus ut mactari suos more pecudum vidit, cum paucis, quos gladius necdum consumpserat, fiigit » (Id., ibid., f. 43).

(3) c Nortmanni, qui in auxilium fuerant convocati, monasterium Sancti MelanH episcopi ingressi sunt, ibique se more solito communiant » {Id., ibid.). — Les Normands excellaient dans Fart de dresser des camps retranchés et la fortification de campagne était tout à fait dans leurs habitudes.

(4) Immédiatement après la mort du roi Salomon en 874, Réginon raconte, sous la rubrique de cette même année, toute Thistoire de Gurwant et de Pascweten jusqu’à leur mort. Comme il est certain que leur règne dura au moins deux ou trois ans, probablement jusqu’en 877, on ne peut mettre en 874 tous les événements de leur histoire ; pour des motifs trop longs à déduire ici il y a lieu d’attribuer la bataille de Rennes à l’an 875. Voir les Eclaircissements du présent volume.

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