‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 249 sur 392 · MORT HÉROÏQUE DE GURWANT, MORT DE PASCWETEN · texte numérisé non relu

MORT HÉROÏQUE DE GURWANT, MORT DE PASCWETEN

rable — qui pouvait bien être le prix de sa splendide victoire , payé au ciel par sa pieuse et libérale reconnaissance (1).

Dans les derniers jours de l’an 875 ou les premiers de 876, Pascweten perdit sa femme, la princesse Prostlon qui fut enterrée à l’ombre du monastère de Redon (voir ci-dessus, p. 204-205 et 287). Gurwant de son côté tomba malade. Au bout de quelques mois, on sut qu’il était perdu, mourant, le bruit courut même qu’il était mort. Pascweten retrouve alors assez de courage en son cœur pour venir l’attaquer et parait devant Rennes avec une armée pareille à la première. Les guerriers de Gurwant, voyant ce torrent rouler vers eux à grand bruit, viennent demander au prince ce qu’ils doivent faire :

— Marchez hardiment contre les ennemis, déployez ma bannière, vous serez vainqueurs.

— Sans vous, répondent-ils, nous n’oserons même pas les attaquer.

Alors, par un effort surhumain, retenant sa vie qui fuyait de son corps avec ses forces (2) , la concentrant tout entière dans son cœur :

— « Je ne puis marcher, reprend-il, ni à pied ni à cheval; mettez-moi sur une litière (in lecloj, portez-moi au premier rang devant l’ennemi , je combattrai de la sorte. »

On obéit. Les troupes de Pascweten, qui le croyaient mort, dès qu’elles le reconnaissent, fuient à tontes jambes. Quand la victoire est complète, ses soldats le rapportent en triomphe à son logis. Mais Gurwant ayant accompli son œuvre, qui était de préserver Rennes des odieux Normands , permet à la mort de faire la sienne : sa vie s’exhale de son cœur pendant ce trajet.

Peu de jours après , de son côté Pascweten mourut, — empoisonné, disent quelques auteurs, et selon d’autres, occis en trahison par ses alliés les Normands (3).

Cette double mort se produisit dans la seconde moitié de 876 ou, plus probablement, dans la première moitié de l’année suivante, c’est-à-dire du 13 juin 876 au 12 juin 877 — sans qu’on puisse avec certitude préciser davantage (4).

(1) Voir Cartul. de Redon, n» 262, p. 212, et n» 243, p. 195.

(2) « Spiritum, qui una cum viribus corporis jam pene effugerat, resumens, quia nec pedibus neque equo poterat ire, jubet se in lecto portari, ante aciem inimicorum exponi, et sic subire certamen. Quod cum satellites fecissent, ejus mox hostes in fugam vers! sunt. » {Id., ibid., f. 43 v®).

(3) Voir Le Baud, Hist. de Bret. inédite, Biblioth. Nat. ms. fr. 8266, fol. 126 v®.

(4) Sur cette date voir A. de la Borderie, Chronologie du Cartul. de Redon, dans Ann. de Bref., V, p. 575 à 577.

Les croix de Questembert : croix du Pont-Prié. (CUde»souB, p. 332, note 1.)

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